Soulages avant le noir

Le 21 octobre 2020, par Caroline Legrand

Cette œuvre de jeunesse de Pierre Soulages, considérée jusqu’à récemment comme perdue mais aujourd'hui parfaitement référencée, illustre le parcours de l’homme et de l’artiste. 

Pierre Soulages (né en 1919), Le Pont-Neuf, 1938, huile sur toile, 46 x 55 cm.
Estimation : 120 000/150 000 

Seule la signature permet d’éclairer sur l’auteur de cette toile. En effet, si on ne reconnaît pas le style inimitable du maître de l’outrenoir, le nom de Pierre Soulages y est bien inscrit en bas. L’artiste a sans peine reconnu son travail et fourni un certificat d’authenticité, qui sera remis au futur acquéreur. Il faut dire que cette vue du Pont-Neuf est parfaitement référencée, notamment dans les ouvrages de Pierre Encrevé sur le peintre (Le Seuil), et que l’auteur se souvient du contexte de sa création. Le jeune artiste en devenir arrive à Paris à la rentrée de 1938 ; il a alors 18 ans et désire préparer le professorat de dessin. Il s’installe dans la capitale en compagnie d’un camarade de lycée de Rodez, André Lacome, dans une pension de famille sise rue du Commandeur, dans le 14e arrondissement. Son professeur René Jaudon est rapidement séduit par ses audaces, et lui conseille de tenter le concours d’entrée aux Beaux-Arts et par la suite, le prix de Rome. Bien que brillamment admis au printemps 1939, Soulages abandonne ce projet, déçu de l’enseignement extrêmement académique de l’institution, alors qu’il avait pu découvrir lors de ses visites dans les musées ou à l’occasion d’expositions consacrées à Cézanne ou Picasso, tout un pan de l’avant-garde qui l’attirait beaucoup plus. Il décide alors de repartir et n'emporte dans ses bagages que deux œuvres, souvenirs de son séjour parisien : une vue de la rue du Commandeur la nuit avec un réverbère allumé, à l’huile sur carton et qu’il a conservée, et une huile sur toile du Pont-Neuf, peinte en 1938. Il gardera cette dernière à Rodez durant sa préparation de la seconde partie du baccalauréat, puis aux beaux-arts de Montpellier en 1941, où il prépare le diplôme de professeur de dessin ; elle se trouve d’ailleurs au théâtre de la ville lors d’une exposition des élèves de l’école. C’est à cette époque que la toile fut achetée directement auprès de l’artiste par Monsieur C., un collectionneur montpelliérain avisé mais aussi cousin de son épouse, Colette Llaurens. Si les liens familiaux s’étiolent à la mort du collectionneur, Soulages en perdant alors la trace, l’œuvre restera bel et bien dans la descendance jusqu’à nos jours. Un témoignage des premières expériences picturales de celui qui délaissa la peinture de 1942 à 1945, s’installant dans une propriété viticole comme régisseur, avant de se lancer dans l’aventure abstraite.
 

Agenda
Présent avec une toile de début de carrière, Le Pont-Neuf, annoncée à 120 000/150 000 € (voir Gazette n° 37, page 110), Pierre Soulages sera entouré aux cimaises d'une technique mixte et encre sur papier de Philippe Pasqua, Anne, nu féminin (9 000/10 000 €), d'une huile sur bois de 2019 de Florentus, Notre-Dame en feu (5 000/6 000 €), ou d'une technique mixte sur toile de Vladimir Velickovic, Sans titre (4 000/6 000 €). Peter Martensen, Ivan Messac, Denis Schmitt, Michel Drass, Georges Ferrato ou encore Jacek Klys seront également de la partie. 
samedi 05 décembre 2020 - 14:30 - Live
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