Lot n° 655

CAMBACÉRÈS Jean-Jacques-Régis de…

Vente terminée

MANUSCRITS avec corrections et ADDITIONS autographes, Eclaircissemens publiés par Cambacérès sur les principaux événemens de sa vie politique, [1821- 1824] ; plus de 3600 pages in-fol. ou in-4, et 64 pages autographes in-4 ou in-8. 

Important ensemble des manuscrits des Mémoires de Cambacérès, dans leurs versions successives, avec d’importantes additions autographes. Conçus après la chute de l’Empire, alors que Cambacérès vivait en exil à Bruxelles, la rédaction des Éclaircissemens fut entreprise en 1818, après le retour de Cambacérès à Paris, Louis XVIII ayant déclaré que la loi contre les régicides ne concernait pas l’ancien conventionnel (que Cambacérès n’ait pas voté la mort de Louis XVI fait l’objet de la note 1 de ces Mémoires). Cambacérès y travailla jusqu’à sa mort. Ces Mémoires sont restés inédits jusqu’à leur édition procurée par Laurence Chatel de Brancion (Mémoires inédits, Perrin, 1999, 2 vol.). Les Éclaircissemens se divisent en trois « livres ». Le premier explique les motifs de l’œuvre, résume les origines de l’auteur et raconte sa vie politique depuis le début de la Révolution jusqu’à son entrée au ministère, en 1799. Le deuxième suit la carrière de Cambacérès jusqu’après la proclamation de l’Empire en 1804, et le troisième, consacré à l’Empire, est resté inachevé et s’interrompt en 1813. Cambacérès a vraisemblablement dicté ces Mémoires à son ancien secrétaire des commandements, secrétaire général du ministère de la Justice, et son neveu par alliance, Jean-Olivier Lavollée. On distingue trois séries de manuscrits, que nous désignons comme A, B et C. A est la « 2ème rédaction », et B la « 3ème expédition » ; C est la version définitive, après révision, établie par Hubert de Cambacérès, neveu de l’Archichancelier, après la mort de son oncle ; c’est celle suivie
par Laure Chatel de Brancion pour l’édition des Mémoires inédits. Tous ces manuscrits sont écrits sur des bifeuillets (ou feuillets) de grand format, marge gauche tracée au crayon. A et B sont de la même main, C d’une autre. Le scripteur d’A et B (Lavollée ?) a fixé des onglets portant les numéros de chapitres au début de ceux-ci, pour les retrouver facilement. Ses deux manuscrits présentent des corrections marginales, et parfois interlinéaires, d’importance variable : du changement d’un mot à l’insertion de plusieurs phrases ou de paragraphes entiers ; on relève aussi des paragraphes barrés au crayon ou à la plume, et parfois d’importants béquets ajoutés (ainsi dans le Livre II de la version A sur les suites du 18 Brumaire, p. 30-31). Hubert de Cambacérès, lors de l’établissement de la mise au net, a porté des notes à l’encre noire sur le manuscrit B, à une époque ultérieure, notamment pour signaler qu’il a recopié tel document cité sur l’original, ou en repassant à l’encre une correction ancienne au crayon. Les retouches et corrections de A et B sont entérinées par la copie C, mise au net ne présentant que des corrections mineures ; le texte se fonde par endroits sur des documents originaux plutôt que sur le manuscrit B, pourtant revu de près par l’auteur en 1823 et au début de 1824. Une note insérée dans le livre II du manuscrit A permet de dater A de 1821, et B de 1823 (cette dernière date est confirmée par une note sur la chemise du Livre III de B). [Manuscrit A.] * Livre 1er : manuscrit de 258 pages, composé de 17 chapitres, dont le dernier s’interrompt au milieu d’une phrase. Le chapitre 1 sert d’avant-propos : « Des considérations qui ont déterminé cet ouvrage ». À partir du 2e , chaque chapitre est précédé d’un sommaire détaillé de son contenu (ainsi le sommaire du 5e chap. occupe 2 pages), accompagné, à partir du 4e , de la fourchette de dates concernées. Le récit couvre les années depuis la naissance de l’auteur jusqu’à la chute de Robespierre. S’y joint un feuillet de corrections autographes de Cambacérès (1 p. in-8), corrections reportées dans le manuscrit par des retouches au crayon. * Livre II : manuscrit de 476 pages (à l’origine, 492 ; y manquent les pages 21 à 28, 117 et 120, 149 à 152, qui ont été déplacées, telles quelles, dans le manuscrit B). Il comporte 20 chapitres ; il est abondamment corrigé, et développé par de longues additions dans les marges ; plusieurs corrections
autographes témoignent d’une relecture attentive par Cambacérès. Le récit s’ouvre au début du ministère de Cambacérès (20 juillet 1799) et s’achève en août 1804, époque du voyage de l’Empereur en Allemagne. * Notes sur le Livre II (18, pour les chapitres 1 à 8), en deux versions, la 1ère très corrigée (8 p.) avec corrections et additions autographes, la 2e formant 11 pages, dont une demi-page autographe de Cambacérès. * Manuscrit autographe de Cambacérès d’Annotations sur le livre 2ème (38 pages in-4) qui commentent et corrigent la rédaction ce Livre II, et témoignent d’une lecture très attentive de sa part ; plus 8 pages in-4 d’additions, de la main du secrétaire. * Livre III : manuscrit de 542 pages, soit les chapitres I à XI. Le récit s’ouvre en septembre 1804, au cours du voyage de l’Empereur en Allemagne, et s’achève à la fin de 1809, sur le divorce de Napoléon et le décret concernant les auditeurs au Conseil d’État. Cambacérès a laissé 5 pages in-4 autographes de commentaires et corrections pour le début de ce livre (jusqu’à la p. 111), auxquelles s’ajoute un cahier du secrétaire, indiquant des corrections à apporter à son manuscrit jusqu’à la p. 104 (21 p. in-4). [Manuscrit B.] * Livre 1er : manuscrit de 424 pages composé de 34 chapitres, et complété par des Notes sur le livre 1er (87 pages). Le texte du Livre 1er n’intègre pas les corrections du précédent manuscrit, mais en présente d’autres, nombreuses, ainsi que des appels de 40 notes. Le récit se prolonge jusqu’à la nomination de Cambacérès au ministère de la Justice, le 20 juillet 1799. * Corrections autographes (14 p. in-4), plus des « Observations sur le livre 1er des eclaircissemens » autographes, datées de 1823 et renvoyant à ce manuscrit (4 p.) ; plus un cahier in-4 de « Corrections sur la dernière rédaction du Livre 1er des Eclaircissemens », de la main du secrétaire, daté « 1823 et 1824 » (35 p.). * Manuscrit de travail du secrétaire avec corrections autographes (12 p. in-4) pour les notes 33 à 40, dont une demi-page autographe de Cambacérès ; plus une demi-page autographe de modifications au texte des notes 6, 7, 9, 11 et 12. Ces pages permettent d’appréhender le travail de Cambacérès en collaboration avec son secrétaire, car alors que les notes 34 à 40 de ce dernier, corrigées et augmentées, furent entérinées par la mise au net, les lignes raturées de Cambacérès furent sensiblement remaniées. Cambacérès écrit : « La politique de la majorité du comité de salut public et la mienne en particulier, tendoient essentiellement, a terminer la revolution par une paix raisonnable. Afin d’y parvenir je m’attachai a deffendre la
coalition sans me livrer a des vues d’aggrandisement et sans faire entrer comme hier dans mon plan des revolutions chez les autres peuples. Il eut été cependant facile d’en faire naitre, soit en Espagne soit en Allemagne, soit en Italie. Nos succes nous avaient reconquis l’opinion et l’esprit de liberté se manifestoit déja parmi les peuples »… Son secrétaire, rendit ainsi ce début de la note 33 : « Sous ma direction, la politique du Comité de salut public fut essentiellement pacifique. Le besoin de mettre un terme, aux calamités de la guerre, était généralement senti. Afin de satisfaire le vœu public et la volonté de la saine partie de l’Assemblée, le Comité reconnut, qu’il ne fallait pas se trop livrer à des vues d’agrandissement et renoncer à faire entrer, comme une base de notre plan, des Révolutions chez les autres peuples »… * Livre II : manuscrit de 519 pages, reproduisant le texte corrigé de A, sous chemise marquée « 4ème Rédaction 1822 ». * Notes sur le Livre II formant 53 pages, conservées sous chemise titrée, datée « 1822 » ; il y a 45 notes. * « Variantes sur les notes du Livre II » (cahier in-4 de 53 pages), de la main du secrétaire avec corrections autographes de Cambacérès, correspondant aux notes 4 à 45 (53 pages in-4) ; plus un fragment de copie corrigée de ces variantes (4 p. in-fol.), présentant de nouvelles corrections entérinées dans les Notes. * Livre III : manuscrit partiel sous chemise datée et marquée « 1823 3ème Expédition », paginé 1-118 et 505-855, donnant les chapitres 1 à 4 et 12 à 19, dont le texte se conforme à celui de A, corrigé (la lacune correspond à une reprise du texte de A) ; il se poursuit jusqu’à la fin de l’année 1813, qui laissait la France « dans un état presque désespéré »… En tête, un feuillet in-4 (avec ajout autographe) du sommaire primitif du chapitre 1.
[Manuscrit C ou mise au net.] * Livre 1er : manuscrit de 206 pages composé de 34 chapitres. Le texte intègre des corrections à l’encre apportées au précédent manuscrit, mais non les suppressions au crayon. Cette mise au net est accompagnée de Notes sur le livre 1er (36 pages). * Livre II : manuscrit de 204 pages, composé de 20 chapitres, et complété par 23 pages de Notes sur le Livre II. Cette copie entérine les corrections de B. Livre III : manuscrit incomplet de 258 pages, s’interrompant à la fin d’août 1812, au cours de la Campagne de Russie ; cette fin prématurée correspond à la page 667 du manuscrit B, mais le texte en dévie, le scripteur ayant copié certains documents (lettres, discours, Bulletins…) d’après d’autres sources. Citons quelques extraits de ces Mémoires, tirés du manuscrit B. « J’ai quitté la France, dans les premiers jours de Février 1816. Que de chagrins je me serais épargné, si j’avais pris deux ans plutôt, cette résolution ! Quand on a eu le malheur d’occuper un rang éminent, sous un régime détruit, il faut par une disposition prompte, appaiser les ressentimens de la haine et se soustraire, aux traits envenimés du mensonge et de l’envie. Des insinuations multipliées m’ayant fait sentir la nécessité, de prévenir par mon éloignement, le danger d’être compris dans une proscription, qui n’aurait pas dû m’atteindre, je me retirai dans le Royaume des Pays-Bas, où l’on me promit sûreté et repos. J’y trouvai l’un et l’autre »… (Livre I, chap. 1, « Des considérations, qui ont déterminé cet ouvrage », p. 1). Au sujet du projet de Code civil, Cambacérès souligne que son ouvrage ne contint que 297 articles, rédigés avec concision. Il cite in extenso son rapport à la Convention : « L’exercice des droits politiques est le principe de la liberté. L’exercice des droits civils est le principe du bonheur social et la sauve-garde de la morale publique. Régler les relations des citoyens avec la société, c’est établir l’ordre politique. Régler les rapports des citoyens entre eux, c’est établir l’ordre civil et fonder l’ordre moral. Combien grande est donc la mission du législateur ! Investi par le Peuple souverain de l’exercice du pouvoir suprême, tenant dans sa main tous les événemens sociaux, il les dispose, les arrange, les combine, les ordonne ; et tel que l’esprit créateur, après avoir donné l’être et la vie au corps politique, il lui imprime la sagesse, qui en est comme la santé morale et en assure la durée, en dirigeant ses forces et ses mouvemens »… (Livre I, note 22, p. 33). À propos du 18 Brumaire : « le Général Bonaparte, peu répandu, ne se montrant dans aucun lieu public, affectait une sorte d’indifférence et disait souvent, qu’il souhaitait de rentrer dans la vie privée. Les hommes de tous les partis et des diverses nuances de chaque parti, cherchaient à le conquérir et lui faisaient des propositions, propres à flatter son ambition. Barras et Moulin lui offrirent de l’aider, de leurs moyens ; et sans repousser les deux directeurs, ni ceux qui lui faisaient d’autres ouvertures, pour des changemens dans l’ordre politique, Bonaparte usa avec tous, d’une très grande réserve et continua de professer un profond attachement pour la liberté et un extrême éloignement, pour tout ce qui pourrait la détruire. Plus d’une fois, on lui a entendu dire : “qu’il n’y aurait qu’un fou, qui voulût faire perdre la gageure de la République, contre la royauté de l’Europe, après l’avoir soutenu, avec quelque gloire et tant de périls”. J’ai souvent cherché à démêler les motifs, qui avaient pu déterminer Bonaparte, à donner à Sieyes, la préférence sur Barras, qui aurait été entièrement à sa disposition, tandis que l’esprit difficile du premier pouvait lui susciter des contrariétés. J’aurais surtout souhaité savoir, s’il avait soupçonné Barras, d’avoir pris des engagemens avec les agens de la Maison de Bourbon. Mes efforts, à cet égard, n’ont jamais eu un plein succès ; Bonaparte a toujours évité d’approfondir ces questions » (Livre II, chap. 2, pp. 17-18). Sur son passé d’homme politique, puis de proche collaborateur de Napoléon : « Dans les deux époques, ma situation n’a pas été la même ; mais il y a eu entre l’une et l’autre un point commun, celui de faire tout le bien qui dépendait de moi et de diminuer le mal, quand le mal était inévitable. Dans l’exercice de mes fonctions législatives, j’ai pu quelquefois être entraîné par les circonstances ; mais le plus
souvent, j’ai agi d’après mes propres directions. Sous le Consulat, j’ai conservé dans mes opinions une grande liberté ; et sans m’écarter des égards dus au chef de l’État, je lui ai constamment dit la vérité. Devenu Archi-Chancelier, j’ai dû dans plusieurs occasions faire céder mes sentimens personnels à l’embarras de ma position ; mais […] je me suis constamment attaché à suivre la règle, que je m’étais prescrite »… (Livre II, chap. 20, pp. 518-519). Sur Austerlitz, victoire « qui mit aux pieds de la France, tout le continent européen », Cambacérès dédaigne de répondre aux calomnies des ennemis de l’Empereur. « Tout homme impartial reconnaîtra, qu’à cette époque mémorable, la générosité de Napoleon fut égale à sa gloire. Les vaincus voulurent exagérer nos forces et publièrent dans leurs journaux, que les Français avaient plus de cent mille hommes sur le champ de bataille. Il est de fait qu’il n’y avait à Austerlitz, que les corps de maréchaux Soult, Lannes et Bernadotte, la moitié du corps du maréchal Davout, la moitié de la cavalerie du Prince Murat et la garde impériale ; ce qui faisait à peu près soixante-cinq mille hommes. […] Voici ce que m’écrivit l’Empereur, le 15 frimaire. “La bataille d’Austerlitz décide du sort de la guerre. Par de nouveaux succès, j’aurais pu obtenir de grands avantages ; je préfère une pacification glorieuse. Vous savez que je n’en veux pas d’autre. Le 11 frimaire sera l’un des plus brillans jours de ma vie. Le lever du soleil
fut si beau, qu’on vit bien que le Ciel était pour nous.” »… (Livre III, chap. 3, pp. 85-86). Sur Marie-Louise, à qu’il devait donner des nouvelles de l’Empereur pendant la Campagne de Russie : « J’ai eu souvent l’occasion d’admirer l’égalité de son âme, la rectitude de son jugement, la sagesse de ses vues, en même temps que j’ai été pénétré des témoignages de bienveillance, dont elle n’a cessé de m’honorer »… (Livre III, chap. 17, pp. 661-662). En guise de conclusion, ces remarques sur le prestige diminué de l’Empereur à la fin de 1813, après la campagne d’automne en Allemagne, l’évacuation française de la Hollande et l’ajournement du Corps Législatif : « Napoleon, résolu de faire tête à l’orage, parut redoubler de zèle et d’activité et prenait toutes les dispositions qu’il croyait propres à le retirer de la situation pénible, dans laquelle il se trouvait placé. […] La Cour était sombre. L’Empereur, devenu taciturne, avait parfois des momens d’humeur, dans lequels il n’épargnait personne. […] L’Impératrice montrait du calme ; au fond, elle était inquiète et agitée. La famille impériale avait de vives allarmes. À l’exception d’un très petit nombre, la plupart des hommes en crédit prévoyaient une prochaine catastrophe et étaient secrètement occupés de s’y soustraire et d’assurer leur existence politique. » (Livre III, chap. 19, pp. 854-855).
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