Vol au musée Isabella Stewart Gardner : Rembrandt, mafia et cadavres

On 15 June 2021, by Camille Larbey

Une série documentaire Netflix revient sur le plus grand casse de l’histoire de l’art : le vol du musée Isabella Stewart Gardner à Boston.

Vol au musée : le plus grand cambriolage de l’histoire de l’art 

Genre jusqu’alors malmené par la télévision, le documentaire criminel est en train de regagner ses lettres de noblesse grâce à Netflix qui, depuis quelque années, signe des productions remarquées. Wild Wild Country, Tiger King, Amanda Knox, Don’t F**k with Cats, Ted Bundy : autoportrait d’un tueur figurent parmi ces true crime documentaries où l’on se surprend à aimer se perdre dans les méandres d’affaires aussi sordides que fascinantes. Avec Vol au musée, pas de scène de crime sanglante ni de tueur en série. Les disparues, au nombre de treize, sont des œuvres d’art. Les plus célèbres sont Le Christ dans la tempête sur la mer de Galilée, unique marine exécutée par Rembrandt, et Le Concert de Vermeer. Dans la nuit du 18 mars 1990, à Boston, deux hommes déguisés en policiers s’introduisent dans le musée Isabella Stewart Gardner. Ils ligotent et bâillonnent les gardes dans le sous-sol puis dérobent cinq Degas, trois Rembrandt, un Vermeer, un Manet, un Flinck, un gobelet chinois en bronze et un fleuron français en forme d’aigle. Valeur totale du butin : 500 millions de dollars. Les faux policiers viennent de commettre le plus grand vol de l’histoire dans un musée privé.
 

Vol au musée : le plus grand cambriolage de l’histoire de l’art 
Vol au musée : le plus grand cambriolage de l’histoire de l’art 

Le casse du siècle
Qui a fait le coup ? Les Irlandais affiliés à l’IRA ? Des porte-flingues de la Cosa Nostra ? Une faction renégate de la mafia italienne ? Une équipe d’« indépendants » engagée par un collectionneur véreux ? Y a-t-il eu une complicité interne ? Pourquoi avoir dérobé ce fleuron dont la valeur est anecdotique par rapport au reste ? Les questions s’accumulent. Le FBI ne possède aucune brigade spécialisée dans le vol d’œuvres d’art. Pire, la scène de crime a été contaminée par les allers et venues des policiers. Une récompense d’un million de dollars est alors proposée à quiconque permettra de retrouver le butin. L’affaire devient rapidement un sac de nœuds que le réalisateur Colin Barnicle tente de démêler. De nombreuses personnes impliquées se succèdent devant la caméra pour témoigner : gardiens, experts en art, conseillers en sécurité, journalistes, enquêteurs du FBI, avocats et procureurs, la conservatrice du Gardner au moment des faits. Et même un voleur d’art repenti et ex-rocker – le personnage le plus truculent de ce documentaire en quatre épisodes. L’enquête patine. La mort brutale des suspects, liés à la mafia, n’arrange pas les choses. D’une piste à l’autre, le spectateur est plongé dans la Boston des nineties : une ville rongée par la pègre. On découvre qu’à cette époque, le vol d’œuvres d’art était fréquemment utilisé par les pontes de la mafia pour « monnayer » auprès des juges une réduction de peine ou une sortie de prison. Mais en 1997, toujours aucune trace des œuvres, et la récompense se monte désormais à 10 millions de dollars : il s’agit moins de poursuivre les voleurs que de récupérer les tableaux. Comme toute grande affaire criminelle déclenchant une envie irrépressible de trouver la vérité –  l’instar du « syndrome de la Vologne » pour l’affaire Grégory –, des enquêteurs et journalistes se perdent en conjectures. Ils sont atteints du « syndrome du Gardner. »
À la recherche de la vérité
L’atout d’un bon true crime documentary de Netflix est ce moment inattendu où la narration déraille légèrement pour souligner un décalage de mœurs, pointer une tare sociale ou dénoncer une violence ordinaire. Dans Vol au musée, la séquence intervient au troisième chapitre. L’un des principaux suspects a préalablement été victime d’une erreur judiciaire le conduisant à faire seize années de prison. Après avoir été blanchi, il déclare dans une vidéo d’archive : « Je me souviendrais toujours de ce jour où ma mère m’a dit, c’était quelques jours avant sa mort : ‘‘T’en fais pas. Si t’as rien fait, t’as pas de souci à te faire.’’ Elle était persuadée que la vérité finit par triompher. Mais c’est pas toujours le cas. » L’homme, broyé par la machine judiciaire et lâché par la société, meurt d’une overdose en 1991. Puisque la vérité est ingrate, il emportera les siennes dans la tombe. On n’en dira pas plus sur les suites de l’enquête afin de conserver le suspense intact. Précisons simplement que la pop culture américaine prendra un malin plaisir à se réapproprier le casse du Gardner : Le Christ dans la tempête et Le Concert ont fait leur « réapparition » sur des pochettes d’albums, dans des films, dans des séries policières, et même dans un épisode des Simpson.

à voir
Vol au musée : le plus grand cambriolage de l’histoire de l’art (4 50 min), réalisation de Colin Barnicle. Disponible sur Netflix.
Welcome La Drouot Gazette offers you 4 Articles.
You still have 3 article(s) left to read.
I subscribe