Vlaminck, le tumulte de la matière au musée d’art et d’histoire de Dreux

On 13 October 2020, by Christophe Averty
Maurice de Vlaminck, La Tourillière, 1925, huile sur toile, 60,5 73,4 cm, collection particulière.
© Boris Veignant © Vlaminck, Adagp, Paris 2020

On ne verra qu’un seul portrait : le sien. La nature, la rudesse des saisons, les plaines d’Eure-et-Loir livrées à la force des éléments habitent, au musée drouais, les paysages intimes que Maurice de Vlaminck (1876-1958) est venu célébrer dès 1925. Vingt-six toiles et objets, issus principalement du fonds de dotation constitué par sa descendance, retracent le cheminement intérieur et pictural du peintre fauve qui, en quittant Paris, son urbanité trépidante, sa modernité invasive, libère peu à peu sa peinture dans une vision extrême, voire expressionniste du paysage. Entre exil volontaire et retour aux sources, ces œuvres campent un visage inattendu de Vlaminck – empreint d’une mélancolie désabusée –, et retracent les étapes de son éloignement de la capitale et ses connivences artistiques, de Chatou – auprès de Derain – à Rueil-la-Gadelière, près de Dreux. Là, pendant une trentaine d’années, sa peinture, baignée d’une lumière du Nord, retrouve pour mieux s’en affranchir la couleur vibrante des fauves, les leçons d’un Cézanne sombre ou d’un Van Gogh obsessif. Dans sa quête, il nourrit sa touche de sensations, du froid glacial à Brezolles sous la neige, de la touffeur de l’été dans ces Meules ou de l’obscur mystère de L’Étang campé sous un ciel menaçant. Par un choix sélectif et un accrochage aéré, dus au commissariat de Damien Chantrenne, directeur du musée et de Pascale Krausz, conseillère scientifique de l’exposition, se révèle ainsi un artiste qui s’est détourné des avant-gardes pour s’ancrer à son territoire et s’applique à renaître des désillusions héritées de la Première Guerre mondiale qui, dit-il, « lui ôta sa foi en l’humanité ». Quant à sa complaisance envers l’occupant allemand, dès 1940, et ses prises de position, l’exposition ne les évoque ni les suggère. Après-guerre, ses paysages, dont toute présence humaine s’est évanouie, campent, de routes bitumées en pompes à essence, les stigmates d’un monde moderne évinçant l’émotion d’une nature dont le peintre se dit ébloui. Repli ou déni ?

Musée d’art et d’histoire,
5, place du Musée, Dreux (28), tél. 
: 02 37 38 55 75
Jusqu’au 21 mars 2021.
www.dreux.com
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