Gazette Drouot logo print

Villa médicis, è finita la commedia !

Published on , by Vincent Noce

La tribune de Muriel Mayette-Holtz dans Le Figaro, sur son non-renouvellement à la villa Médicis, est hallucinante. Elle y dénonce «le mépris» dont elle se trouve victime. Il est vrai que la procédure est exceptionnelle, après seulement trois années d’un mandat que le très prudent quotidien Le Monde appelle «mitigé». S’il...

Villa Médicis, Rome.  Villa médicis, è finita la commedia !
Villa Médicis, Rome. 
© Wikipédia

La tribune de Muriel Mayette-Holtz dans Le Figaro, sur son non-renouvellement à la villa Médicis, est hallucinante. Elle y dénonce «le mépris» dont elle se trouve victime. Il est vrai que la procédure est exceptionnelle, après seulement trois années d’un mandat que le très prudent quotidien Le Monde appelle «mitigé». S’il fallait changer les personnels dirigeants de nos belles institutions culturelles dès lors que leur bilan paraît «mitigé», l’émeute menacerait la rue de Valois. L’intéressée, qui devait bien se douter que son sort était scellé depuis des mois, en dépit d’un rapport d’inspection éminemment favorable, est furieuse d’avoir été avertie par téléphone à la dernière minute, comportement cavalier qui n’est hélas pas nouveau. Françoise Nyssen, il est vrai, ignorait une semaine plus tôt si elle n’allait pas subir la même peine. Parler à son sujet de «bilan mitigé» serait un doux euphémisme. Son premier mouvement a donc été un geste d’autorité, après deux années passées à marquer à quel point elle en manquait. Elle en a profité pour ranimer la querelle avec l’Élysée, en faisant savoir qu’elle n’accepterait pas de passe-droit. Tout le monde a compris qu’était visée Claudia Ferrazzi, conseillère culture du président, dont celui-ci s’est manifestement lassé. Muriel Mayette-Holtz s’est du reste présentée en victime d’un règlement de comptes personnel, faisant fi de l’intervention de la ministre. «La culture n’est pas un jeu du pouvoir», écrit celle qui a dû oublier les ressorts de sa propre carrière. Tous les acteurs sans exception avaient fini par réclamer son départ de la Comédie-Française, en se plaignant de l’absence de direction artistique et de la faiblesse des mises en scène  à commencer par les siennes propres. Son bilan n’était pas si mauvais. Mais trop de foucades l’ont usée. Quand elle avait dû reculer devant la polémique après avoir voulu de son propre chef annexer la MC93, elle avait raconté que le gouvernement lui avait forcé la main.

L’ex-directrice se dit femme de théâtre. Effectivement, la Villa est devenue scène de commedia dell’arte.

Déjà, il lui avait été reproché de mélanger vie privée et publique, en affichant son mariage avec Gérard Holtz. Sa nomination à la villa Médicis, cette «femme libre» aujourd’hui la doit exclusivement aux jeux personnels de pouvoir : c’est son époux, poussé vers la sortie par France Télévisions, qui a sollicité son grand ami Manuel Valls, lequel a imposé le fait avec cette brutalité qui lui est propre. France Dimanche résumait le propos : «C’est avec une joie immense que Gérard Holtz s’apprête à vivre des moments on ne peut plus romantiques avec sa chère et tendre dans un superbe palais romain. Le poste proposé à sa tendre moitié est pour lui une merveilleuse opportunité de commencer une nouvelle vie à son côté… Qu’importe s’il y a des jaloux et des mécontents.» À son arrivée, «la belle rousse», comme l’appelait le journal, a lancé une «confiture villa Médicis» et choqué les Italiens en posant avec les élèves juchés sur un marbre antique représentant Rome. Dans son message à Françoise Nyssen, elle se dit femme de théâtre. Effectivement, la Villa est devenue scène de commedia dell’arte. C’était son Gérard, le journaliste sportif à la retraite, qui faisait les visites guidées du palais médicéen et ouvrait les conférences. Elle l’a fait jouer dans un Marivaux mis en scène par elle-même. Plus sérieusement, elle a mis l’histoire de l’art de côté et interrompu la réforme entreprise par le ministère avec son prédécesseur, sans d’ailleurs que sa tutelle ne réagisse. Elle aurait voulu enlever la limite d’âge des pensionnaires, éliminer les disciplines et remanier les jurys en supprimant la présélection des rapporteurs sur les candidatures, ce qui aurait facilité toutes les faveurs personnelles. Ingres disait bien que la Villa «est la seule voie économique et agréable d’aller à Rome».

Les propos publiés dans cette page n’engagent que leur auteur.

Gazette Drouot
Gazette Drouot
Welcome La Drouot Gazette offers you 2 Articles.
You still have 1 article(s) left to read.
I subscribe