Variations normandes

On 07 April 2017, by Caroline Legrand

Sur les pas des impressionnistes, Gustave Loiseau a élaboré en Normandie, au fil de séances en plein air, un style tout simplement vivant. le peintre offre ici sa vision du port de Dieppe.

Gustave Loiseau (1865-1935) Dieppe, le port de la poissonnerie, 1908, huile sur toile, 54 x 65 cm (détail).
Estimation : 50 000/60 000 €

Gustave Loiseau a suivi le même chemin que ses illustres aînés, celui de la Normandie. Né trente-cinq ans après Camille Pissarro et vingt-cinq après Claude Monet, il a vécu dans l’ombre de ces grands inspirateurs du mouvement impressionniste, mais a su petit à petit imposer son style et sa peinture enlevée, tant auprès du marchand Paul Durand-Ruel que du grand public. Loiseau a de nombreux points communs avec ses deux aînés. Tout comme le premier, il vécut une partie de sa vie à Pontoise, où sa famille tenait une boucherie ; à l’instar du second, ses voyages sur les côtes normandes feront évoluer sa peinture vers une pratique de plein air pleine de vie, de variété et de couleur. Après avoir passé plusieurs étés à Pont-Aven aux côtés de Maufra, Moret, Bernard et Gauguin dans une ambiance de grande émulation artistique, Gustave Loiseau prend peu à peu son indépendance et part à la recherche de nouveaux paysages. «Je travaille dans mon petit coin, comme je peux, et m’essaye à traduire de mon mieux l’impression que je reçois de la nature […] C’est mon instinct seul qui me guide et je suis fier de ne ressembler à personne.» Ses touches croisées sont ainsi sa signature, qui lui permettent de faire vibrer la matière, de travailler au mieux la transparence de l’air et du ciel, mais aussi la fluidité de l’eau, un effet non négligeable en Normandie. D’ailleurs, le sol de notre vue de Dieppe paraît gorgé d’eau, dans laquelle se reflètent les nuages, les maisons, les carrioles de passage, mais aussi les voiles des bateaux amarrés au port.
Des variations climatiques bénies des peintres
Comme l’a démontré le musée parisien Jacquemart-André, à l’occasion de son exposition «Normandie impressionniste» l’année dernière, cette région est devenue un véritable atelier de plein air pour tous les peintres en quête de nature et d’émotion. Les premiers furent en réalité des Anglais, parmi lesquels les grands Turner et Bonington, qui seront bientôt suivis par les naturalistes, tels Daubigny, Millet ou Jongkind. Ce dernier prend bientôt ses quartiers à Honfleur, dans la ferme de Saint-Siméon, en compagnie d’Eugène Boudin et Claude Monet, au début des années 1860. Une école est née ! Et elle fera de nombreux émules dans toute la région parmi les peintres impressionnistes : Degas peint ses scènes de courses au Haras-du-Pin, Manet des marines à Cherbourg. La Normandie offre aux artistes la beauté de ses paysages, leur authenticité, des variations climatiques bénies des peintres, un riche patrimoine et quelques atouts d’ordre plus matériel, comme de nombreuses lignes ferroviaires… La mode des bains de mer, importée d’Angleterre, attire de plus en plus de monde. Et c’est à Dieppe, vers 1820, qu’elle s’est implantée en premier ! Si ses rivales Deauville et Cabourg sortent littéralement de terre pour accueillir aristocrates et bourgeois en villégiature, la cité remonte quant à elle à l’époque gallo-romaine. Ses côtes ont longtemps attiré les peintres de marines, notamment les romantiques ; les impressionnistes ont su, pour leur part, s’intéresser à son environnement naturel et humain, à ses falaises et à son port. Gustave Loiseau démontre ici qu’il en est le digne héritier.

Sunday 16 April 2017 - 14:30 - Live
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