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Uniforme du pouvoir de la société du Ngil chez les Fang

Published on , by Vanessa Schmitz-Grucker

Le masque ngil est un outil de pouvoir judiciaire dans les sociétés traditionnelles gabonaises fang jusqu’au début du XXe siècle. Utilisés lors de rites purificateurs, ils ne nous sont parvenus qu’en de très rares exemplaires.

Uniforme du pouvoir de la société du Ngil chez les Fang
Masque de la société du Ngil, peuple fang, Gabon, fin du XIXe siècle,
bois de fromager, kaolin, fibres végétales, tissu, h. 
: 55 cm.
Estimation : 300 000/400 000 

Un immense front semi-sphérique, bombé, ouvrant un dessin en forme de cœur, des volumes épurés, un nez démesurément allongé, de petits yeux à peine incisés et une bouche confondue avec le menton : le doute n’est pas permis, il s’agit bien de l’un de ces rares masques ngil, du nom de la société secrète qui officiait jusque dans les années 1920 au Gabon au sein du groupe ethnique des Fang. Il n’existerait qu’une petite dizaine de ces masques, en grande partie conservés dans des musées, ce qui rend leur présence d’autant plus spectaculaire sur le marché. Nous ne sommes pas ici face à un masque traditionnel destiné, par exemple, au culte familial des ancêtres. Le masque ngil est un outil de pouvoir judiciaire et policier, invoquant aussi l’esprit des ancêtres et des génies, mais utilisé exclusivement lors de rites purificateurs menés par la société secrète du Ngil, un groupe masculin chargé de traquer les sorciers et de rétablir l’ordre social au sein de la communauté. Ce sont les villageois eux-mêmes qui demandaient au groupe, emmené par un ngengan revêtant ce masque, d’intervenir, souvent la nuit, pour chasser les fauteurs de troubles parmi la population. En bois tendre et léger de fromager, il est recouvert de kaolin, symbolisant la force et la clairvoyance de l’esprit. Les observateurs de l’époque décrivent des rites de justice coutumière d’une rare violence. Ils furent ainsi interdits dans les années 1920 par les autorités coloniales qui voyaient, par ailleurs, d’un bien mauvais œil cette concurrence directe à leurs propres tribunaux. Lors de l’exposition « Les forêts natales », au musée du quai Branly Jacques Chirac en 2017, sur les cent quatorze chefs-d’œuvre exposés, seuls quatre étaient issus de la société du Ngil, ce qui représente tout de même un tiers de la production qui nous est parvenue. Celui-ci est resté jusqu’à aujourd’hui dans les mains des héritiers de René Fournier (1873-1931), gouverneur de 2e classe en 1916, proche de l’ethnologue et africaniste Maurice Delafosse qui l’initia sans doute à l’art africain. Hors de tout radar pendant plus d’un siècle, il est reproduit ici pour la première fois, alors même qu’il représente une découverte majeure pour l’histoire de l’art de l’Afrique équatoriale. Témoin précieux du continent, les quelques masques ngil qui sont apparus en vente, ces dernières années, ont battu des records à l’instar de celui de l’ancienne collection Pierre Vérité, vendu à Drouot en juin 2006 pour 5,75 M€, ou encore celui collecté par René Withofs et vendu 2,4 M€ le 30 octobre 2018, chez Christie’s.

Saturday 26 March 2022 - 14:00 (CET) - Live
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