Une toile inédite de Pierre Soulages de 1975

On 22 April 2021, by Sophie Reyssat

Par ses contrastes de bleus et de noir et ses jeux de matière, cette peinture inédite de Pierre Soulages de 1975 marque une étape dans le cheminement de l’artiste.

Pierre Soulages (né en 1919), Peinture 16 avril 1975, huile sur toile signée et datée, 100 81 cm.
Estimation : 500 000/800 000 €
© adagp, PARIS, 2021

L’apparition d’un tableau inédit sur le marché est toujours un événement. Cette toile de Pierre Soulages ne devrait pas faire exception : très peu de personnes ont eu le loisir de la voir, celle-ci n’ayant jamais quitté le bureau où elle avait été accrochée par sa propriétaire. En pure collectionneuse, cette personnalité de la région montpelliéraine avait réuni un ensemble éclectique au gré de ses coups de cœur esthétiques, faisant œuvre de mécène pour nombre d’artistes. Ainsi a-t-elle acquis cette Peinture 16 avril 1975 un ou deux ans après son exécution, auprès d’une galerie de Montpellier. En excellent état de conservation, elle se présente telle qu’à sa sortie d’atelier, avec ses bords couverts de toile beige selon le choix de son auteur pour l’exposer sans cadre, et ses couleurs toujours aussi fraîches, vierges de toute intervention ultérieure. Pauline Helou de la Grandière, restauratrice de tableaux et spécialiste des œuvres de Soulages, les a identifiées. Du bleu de phtalocyanine a d’abord été appliqué avec légèreté sur une préparation blanche, qu’il laisse transparaître. Il est inégalement couvert par des bandes de noir d’ivoire, dont l’opacité a été raclée d’un geste continu avec des brosses larges d’une quinzaine de centimètres, produisant des stries dans cette matière plus dense. Également plus épais et soutenu que la première teinte azur, du bleu outremer foncé borde ici la partie droite, apposé en courtes touches horizontales d’une brosse trois fois plus étroite. Ces étapes mettent en valeur la profondeur du noir, par le contraste des tons, mais également des textures, les effets délavés des bleus les rendant plus lumineux et intenses. Présent dans le travail de l’artiste dès les années 1940, le noir envahit ses œuvres à partir des années 1970, représentant un tournant dans sa carrière. Entre les brous de noix et les outrenoirs créés à partir de 1979, Soulages n’a cessé d’expérimenter avec ses gouaches sur papier, mais aussi la gravure, à laquelle il s’est consacré de 1972 à 1974. Avec cette peinture de 1975, le signe est éclipsé par la lumière, dans une toile qui captive par sa présence. Quatre ans plus tard, le peintre fera disparaître toute forme dans une éclatante obscurité. Un retour aux sources en somme pour celui qui représentait la neige en traçant de grandes lignes noires sur le papier étant enfant, et qui a toujours été fasciné par le choix du noir dans les peintures rupestres baignant dans la nuit des grottes. «La peinture d’origine, c’est le noir», affirme le maître. La présentation de son tableau à Montpellier est un clin d’œil à une autre étape de sa vie : en 1941, à peine arrivé dans la ville pour préparer le professorat de dessin, il s’est rendu au musée Fabre, «le premier […] où j’ai commencé à regarder vraiment de près les tableaux», a-t-il confié, impressionné alors par les couleurs de Courbet, Zurbarán et Véronèse. Depuis 2007, l’institution lui consacre deux salles mettant en valeur ses dons et les dépôts de ses œuvres.

Saturday 08 May 2021 - 14:00 - Live
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