Une tabatière d’époque Louis XV très prisée

On 16 September 2021, by Sophie Reyssat

Incrustée de nacre mettant en lumière un décor de chinoiseries, cette boîte est une rareté du milieu du XVIIIe siècle, digne des plus belles collections.

Paris, 1757. Boîte en or jaune, gravé et ciselé de volutes et d’agrafes coquille, à décor incrusté toutes faces de nacre et de burgau figurant des scènes d’extérieur animées de personnages dans le goût chinois et de guirlandes de fleurs, maître orfèvre non identifié, 7,4 5,8 cm, poids brut 257,2 g, dans un écrin rapporté monogrammé.
Estimation : 60 000/100 000 

Passer la boîte d’une main à l’autre, la tapoter, l’ouvrir et la présenter à l’assistance… Tout un cérémonial, qualifié de «noble exercice de la tabatière», est requis par les codes de la bonne société du XVIIIe siècle avant d’être autorisé à prendre une prise. Ce geste doit naturellement se faire avec distinction, et sans grimacer au moment de respirer le tabac râpé ! À l’époque de Louis XV, sous le règne duquel fut réalisé cet élégant modèle, le contenant est plus important que le contenu. La tabatière fait partie des «objets de vertu», ces bijoux d’orfèvrerie pour lesquels les artisans rivalisent de fantaisie, et que la cour et les membres de l’aristocratie montrent à l’envi. Objet d’usage serré dans les poches des hommes comme des femmes, mais également produit de luxe par excellence, la tabatière revêt une importante dimension sociale. Elle est d’ailleurs souvent offerte, en gage de reconnaissance, d’amitié ou d’amour, et est déjà collectionnée. Le prince de Conti en aurait ainsi possédé près de 800… Ce modèle a quant à lui appartenu à la collection Wertheimer – son raffinement ne pouvait que séduire cette famille, propriétaire de Chanel. Il est rare de trouver une tabatière ornée de nacre, qui plus est sur toutes ses faces. Grâce aux grandes découvertes donnant accès aux richesses de nouveaux territoires, ce matériau précieux s’est répandu en Europe à partir du XVIe siècle, et son emploi s’est particulièrement développé dans la France du XVIIIe. Celle du burgau est considérée comme la plus belle. Appréciée pour ses reflets rouges, bleus et verts, elle permet de créer de spectaculaires marqueteries jouant avec la lumière, comme le montre à merveille cette boîte en or, emblématique des années 1740-1750. De cette période datent en effet des pièces associant l’exotisme des sujets chinois à celui du matériau – en témoigne notamment l’une de Michel de Lassus, conservée au Louvre. La qualité et la sophistication du décor sont mises en exergue par la sobriété de la forme de l’objet, les chantournements du début du Louis XV ayant été abandonnés au profit de modèles rectangulaires. Le regard est ainsi attiré par des scènes évoquant une Asie rêvée : la cérémonie du thé, un oiseleur, des pêcheurs ou encore une femme maniant un éventail. Leur pittoresque s’inscrit dans le goût de l’exotisme qui a conquis la France à la fin du règne de Louis XIV – contemporain de l’empereur Kangxi –, les récits des missionnaires et les marchandises importées par la Compagnie des Indes ayant ouvert d’autres horizons. La face des arts décoratifs en fut dès lors changée.

Wednesday 13 October 2021 - 11:00 - Live
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