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Une pensée pour le patrimoine

Published on , by Vincent Noce

L’entrée en service de l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit (Aliph) est une bonne nouvelle en une année qui fait ses débuts sous de si sombres auspices. L’Aliph se veut une structure de financement flexible, capable aussi bien de lancer la longue restauration du musée de Mossoul...

Une pensée pour le patrimoine
 
© ALIPH

L’entrée en service de l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit (Aliph) est une bonne nouvelle en une année qui fait ses débuts sous de si sombres auspices. L’Aliph se veut une structure de financement flexible, capable aussi bien de lancer la longue restauration du musée de Mossoul que de soutenir des opérations ponctuelles dans l’urgence. L’équipe, d’une demi-douzaine de personnes à Genève, devrait rester de taille modeste. Les frais de gestion des projets devraient se maintenir en deçà de 10 %, ce qui est désormais la règle dans ce genre d’intervention. Ce pragmatisme trouve un précédent dans le fonds similaire lancé par le Royaume-Uni. Il ne peut qu’être renforcé par l’engagement de mécènes comme Thomas Kaplan et Jean Claude Gandur, qui sont avant tout des entrepreneurs. Le directeur de l’Aliph, Valéry Freland, en parle comme d’une «start-up». L’effroi provoqué par les attaques perpétrées par l’État islamique se dissipe ainsi devant l’émergence d’une nouvelle diplomatie culturelle, qui en vient à embrasser la défense du patrimoine dans toutes les guerres. Cette recherche d’efficacité et cette souplesse contrastent avec la lourdeur des organisations internationales. Pourtant, une structure aussi déconcertante que l’Unesco s’y est montrée sensible. Même si les financements sont bien moindres, elle a monté son propre fonds d’urgence pour le patrimoine, lui aussi facilement activable et qui est déjà intervenu dans une vingtaine de pays. Elle a aussi été mêlée au sauvetage de manuscrits au Mali. Plus largement, elle a ouvert la voie à cette mobilisation en convainquant le Conseil de sécurité de l’ONU d’adopter les résolutions visant à protéger le patrimoine irakien, puis syrien.

L’action sur le terrain a aussi besoin de s’appuyer sur un consensus international.

L’action sur le terrain a aussi besoin de s’appuyer sur un consensus international. L’ultra-droite américaine a beaucoup reproché à l’Unesco son bureaucratisme. Ce n’est pas totalement injustifié, mais c’est aussi oublier qu’elle n’a pas été conçue comme une agence de financement, mais comme un forum intellectuel capable de rédiger des conventions internationales, de proposer une formation aux états-majors pour respecter les sites culturels, d’aider au contenu des politiques d’éducation ou à l’installation d’une surveillance des océans. Il n’y avait rien de bien excitant dans les années 1950 à négocier une normalisation de la distribution des livres ou du copyright. Pourtant, chaque jour, elle est indispensable à la diffusion de la culture. L’Unesco n’est plus en ce temps glorieux. À la conférence sur la spoliation nazie, en décembre à Berlin, elle a brillé par son absence quand les chercheurs ont signalé combien leurs projets souffraient du manque de coordination et de normes communes. Qui plus est, les catastrophes, causées par l’homme ou par la nature, posent un défi particulier. Pouvoir financer le déménagement d’un musée menacé est un grand pas. Trouver la logistique sera une autre paire de manches. La mobilisation des populations et le courage des individus sont dans ces cas déterminants. Mais le déplacement de sculptures ou de rouleaux du XVIe siècle nécessite une expertise particulière. De même, la réhabilitation d’un couvent ou d’une mosquée ne prend son sens que dans celle de la cité qui l’entoure. Cette action d’ensemble a besoin d’une pensée, qu’il faudra bien reconstruire.

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