Une peinture de concours

On 23 October 2019, by Caroline Legrand

Présenté au prix de Rome de 1848 par Gustave Boulanger, ce tableau avait disparu depuis près de deux siècles. Il est réapparu dans une petite maison nichée dans la campagne creusoise. Un beau morceau à saisir à Guéret.

Gustave Boulanger (1824-1888) Saint Pierre introduit dans la maison de Marie, mère de Jean, toile, signée en bas à droite et datée 1848. 147,5 114 cm (détail).
Estimation : 20 000/30 000 

Comment cet imposant tableau de Gustave Boulanger a-t-il atterri dans le grenier de cette petite maison d’une zone rurale de la Creuse ? On ne le saura jamais, les aléas de la vie n’épargnant pas la peinture. Ce Saint Pierre introduit dans la maison de Marie, mère de Jean avait disparu depuis bien longtemps, peu après sa présentation au concours du prix de Rome, en 1848. Le jeune Gustave Boulanger, âgé de 24 ans, est alors un élève appliqué, étudiant depuis deux ans à l’École des beaux-arts de Paris dans les ateliers de Pierre-Jules Jolivet et de Paul Delaroche. La peinture académique est à son apogée ; elle règne sur les Salons parisiens et propose ses réinterprétations de la mythologie ou de l’histoire de France, mais aussi de scènes orientalistes, qui constitueront la seconde partie de la carrière de Boulanger. Thomas Couture en fixe les codes avec la présentation au Salon de 1847 des Romains de la décadence. Voulant renouveler la grande peinture française, il puise son inspiration dans la Grèce antique et dans l’art des maîtres de la Renaissance, celle d’un Raphaël par exemple. Il s’agit de peindre des personnages plus vrais que nature, grâce à une maîtrise parfaite du dessin, des couleurs froides et une lumière solaire égale sur toute la scène, sans ombre. Des principes que Gustave Boulanger applique avec maestria dans cette toile, réalisée une année plus tard. Il se permet toutefois d’innover, abandonnant les thèmes mythologiques pour aborder un sujet biblique, toujours avec les codes de la grande peinture d’histoire.
La dynamique de la narration
C’est en 1838 qu’un peintre propose pour la première fois au Salon une composition sur le thème de saint Pierre. Un personnage fascinant : le premier des apôtres de Jésus fut le chef de la première communauté chrétienne de Jérusalem ; jeté en prison par Hérode, il est délivré par un ange avant de trouver refuge chez Marie Salomé et son époux Zébédée, pêcheur sur le lac de Galilée. Marie Salomé, mère des apôtres Jean et Jacques, est également l’une des plus ferventes disciples du Christ. Elle le suivra jusqu’au Calvaire, sa mise au tombeau et sa résurrection. Ici, malgré la désapprobation visible des hommes barbus à gauche de la toile, elle accueille Pierre dans sa maison, son plus jeune fils étant quant à lui en adoration devant le saint. Une peinture très dynamique, grâce à sa composition et à son caractère narratif. Gustave Boulanger place la scène dans un intérieur antique tout en pierre, la délicate frise «crétoise» en partie haute du mur indiquant toute sa science dans ce domaine. Une maîtrise que le peintre confirmera dans l’une de ses œuvres majeures, aujourd’hui conservée au musée d’Orsay, la Répétition du «Joueur de flûte» et de la «Femme de Diomède» chez le prince Napoléon, véritable reconstitution d’une maison pompéienne. Mais une question demeure en suspens… Gustave Boulanger a-t-il gagné le prix de Rome avec cette peinture ? Eh bien, non : aucun artiste ne remporta le premier prix en cette année 1848. Il lui fallut attendre l’année suivante pour la consécration, avec Ulysse reconnu par Euryclée. Rome n’attendait plus que lui !

Saturday 09 November 2019 - 14:00
Guéret - 6, rue Georges-Clemenceau - 23000
Turpin
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