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Une folie en forme de pagode chinoise, spectacle garanti !

On 07 October 2021, by Claire Papon

Certains greniers recèlent de bien curieux objets… C’est dans celui d’un château qu’a été retrouvée cette maquette d’une pagode chinoise, une folie construite dans le parc d’un hôtel particulier sur les grands boulevards à Paris.

Une folie en forme de pagode chinoise, spectacle garanti !
Atelier de Pierre Rousseau (1751-1829), Maquette du pavillon chinois de l’hôtel de Montmorency-Luxembourg, vers 1770-1780, bois, métal, carton, papier, tissu, h. 85 cm, base 51 40 cm.
Estimation : 15 000/20 000 

Allées cavalières, parcs, carrosses… Si l’on peine à l’imaginer aujourd’hui, il fut une époque où le boulevard Montmartre avait des allures de campagne avec ses jardins arborés, ses pièces d’eau, et parfois ses «fabriques». Comprenez des constructions pittoresques, éphémères pour certaines, nées en Angleterre au XVIIIe siècle et dont le style «anglo-chinois» devait séduire les aristocrates sous le règne de Louis XVI. Ainsi ont fleuri les folies de Chartres, dans le parc Monceau, de Bagatelle, le désert de Retz ou le parc d’Ermenonville cher à Jean-Jacques Rousseau… Notre objet est la réplique en miniature de la pagode construite dans le parc de l’hôtel d’Anne Léon II de Montmorency-Fosseux, duc de Montmorency (1731-1799), maréchal des camps et armées du roi, et de son épouse Charlotte Anne Françoise de Montmorency-Luxembourg (1752-1829). Bâti en 1704 par Lassurance pour Thomas de Rivié, secrétaire du roi, l’hôtel passe dix ans plus tard au contrôleur des Finances Desmarets, puis en 1728 au duc de Montmorency. Le grand jardin déborde sur le boulevard Montmartre ; les bâtiments ouvrent sur les rues Saint-Marc, Montmartre et Vivienne, dont le palais du même nom est la seule partie aujourd’hui visible. Cédant à la vogue de l’époque, les Montmorency font donc construire une «folie». Son auteur ? Pierre Rousseau, architecte nantais dont l’œuvre majeure reste l’hôtel de Salm, actuel palais de la Légion d’honneur, rue de Lille à Paris. Il n’a qu’une petite trentaine d’années quand il bâtit cette pagode inspirée des récits exotiques et des relations d’ambassades lointaines, ou encore des porcelaines rapportées par les navires de la Compagnie française des Indes orientales. Surprenante vision que celle de cet édifice en plein Paris, celui-ci servant aussi à lorgner le beau monde défilant sur le boulevard… Il disparaîtra dans la tourmente révolutionnaire, ou peut-être pour faire place au passage des Panoramas – bâtiments circulaires dont les murs intérieurs sont ornés de toiles figurant paysages ou scènes de batailles – et au théâtre des Variétés, inauguré en 1807. Il ne reste de la pagode que des gravures publiées, notamment dans Les Vues pittoresques des principaux édifices de Paris de Jean-François Janinet (musée Carnavalet), et notre maquette. S’agit-il du modèle de présentation ayant servi à Pierre Rousseau à décrire son projet en trois dimensions et ainsi remporter le marché ? Qu’en est-il alors des petites boîtes empilées tout autour, simulant astucieusement des rocailles ? L’expert, Philippe Crasse, avance l’hypothèse d’un jeu de devinettes dont les écrins contiendraient friandises, colifichets, bijoux et autres menus plaisirs, la base de l'ouvrage servant de cachette à un objet plus volumineux. Une sorte de cadeau de l’architecte à ses commanditaires lors de la présentation officielle de ce Temple de la sérénité… Nul ne doute que l’affaire ait été conclue ! Unique en son genre, cet objet pittoresque et plein de charme, complet de ses boîtes et de ses Chinois costumés, en bon état de conservation, devrait à son tour trouver preneur… sans faire de folie.

Tuesday 19 October 2021 - 11:00 - Live
Salle 1-7 - Hôtel Drouot - 75009
Coutau-Bégarie
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