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Une FIAC classique et prudente

On 28 October 2016, by Alain Quemin

Avec le ralentissement du marché de l’art contemporain, trop d’audace n’est pas de mise. L’édition 2016 de la FIAC, clairement dominée par la peinture, se voulait rassurante… les risques ont été minimisés.

Une FIAC classique et prudente

Wael Shawky (né en 1971), Cabaret Crusades : The Secrets of Karbala - Marionette #47, 2014, verre de Murano, tissu, émail, fils, 47 x 15 x 10 cm.
Courtesy the artist and Sfeir-Semler Gallery Hamburg / Beirut
© Clemence Cottard

Après les années d’audace qui, voilà deux ans, poussaient encore la Fiac à tenter d’organiser sa propre foire «off»  Officielle , l’expérience a été abandonnée. Trop éloigné du site du Grand Palais, le bâtiment de la Cité de la mode et du design, situé dans le XIIIe arrondissement de Paris, n’est jamais parvenu à attirer les collectionneurs en nombre suffisant, rendant la participation à cette antenne finalement bien trop coûteuse pour les galeries. Pour beaucoup d’entre elles, il s’agissait surtout de soigner leur image en capitalisant sur le nom de la FIAC, fût-ce un off de celle-ci, en espérant également intégrer ultérieurement la manifestation principale.

Une FIAC resserrée dans Paris
En 2016, la la foire parisienne a donc opté pour une organisation spatiale beaucoup plus resserrée autour du Grand Palais. Il convient de s’en réjouir. Toutefois, là où précédemment le second bâtiment abritait des stands de galeries, celui ayant été investi cette année, le Petit Palais, n’hébergeait que des œuvres disséminées, avec un bonheur inégal. Bien sûr, le bâtiment du Petit Palais est magnifique, mais il s’avère difficile, dans son décor chargé, de présenter de l’art contemporain. Dans le jardin ne résistaient guère que les deux sculptures très épurées, mais reflétant leur environnement, de Not Vital ; et dans les espaces intérieurs, que les œuvres de Kehinde Wiley, puissamment décoratives et très en phase avec l’esprit du lieu, révélées lors de la FIAC mais exposées plus longtemps.

 

Vue du stand de la galerie In situ - Fabienne Leclerc lors de la FIAC 2016.
Vue du stand de la galerie In situ - Fabienne Leclerc lors de la FIAC 2016.

Un formidable espace de déambulation
Si l’on ne peut que saluer l’association avec le Petit Palais  qui était resté trop longtemps à l’écart de la foire  et souhaiter qu’elle soit renouvelée, il reste à revoir les modalités de la présentation des œuvres. Cette année, la fermeture à la circulation de la très empruntée avenue Winston-Churchill, entre Petit et Grand Palais, offrait un formidable espace de déambulation et permettait aux visiteurs de la foire de se réapproprier les environs de celle-ci. Il faudra pourtant, hélas, s’éloigner de ce site après l’édition de la FIAC de 2020, durant deux saisons, le temps que le Grand Palais se refasse une beauté. Facilement accessible depuis le site précédent, le jardin des Tuileries accueillait cette fois encore, et comme depuis dix ans, un ensemble de sculptures, dont ressortaient notamment Les Injonctions paradoxales mêlant bois et métal de Vincent Mauger.

Des galeries souvent classiques, des stands rassurants
La prudence était déjà de mise dans la sélection des 186 galeries venant de 27 pays, dont 43 exposants qualifiés de «nouveaux», dont certains avaient parfois participé à la foire avant 2015. La part des galeries françaises s’élevait à 28 %, celle de leurs homologues états-uniennes à 18 %, allemandes à 14 %, italiennes à 8 %, britanniques à 7 %, soit une répartition assez convenue. Comme souvent à la FIAC, certaines galeries états-uniennes n’appartenant pas au groupe des poids lourds semblaient avoir fait l’objet d’une particulière indulgence au moment de la sélection, comme s’il s’était agi de faire augmenter leur nombre pour des raisons de simple image  «international» se confondant de facto trop souvent, en art contemporain, avec «états-unien». Dans l’ensemble, les stands étaient très bien présentés, et les accrochages, parfaitement professionnels. Les galeries états-uniennes donnaient même particulièrement dans l’épure très formatée. Autre trait des plus grandes galeries internationales, celles-ci alignaient, cette année encore, des stands bien souvent en-deçà de leurs possibilités, montrant certes à la FIAC des artistes très reconnus, mais rarement des œuvres majeures et, surtout, des formats moyens, comme si elles ne croyaient pas entièrement au marché français. La grande Marian Goodman présentait ainsi un stand assez frileux ; David Zwirner aussi aurait pu faire bien mieux. Pourtant, ces mêmes galeries importantes étaient gratifiées pour la plupart des meilleurs emplacements, alors même que leurs consœurs françaises y auraient également eu toute leur place. À l’étage ressortait le stand de la galerie Laurent Godin, dont on se réjouissait du retour à la FIAC, avec notamment un tableau fourmillant de Marlène Mocquet et de beaux dessins très colorés de Mika Rottenberg. Chez Valentin se remarquaient deux grands tableaux de l’Allemande Anne Neukamp, figurant de grandes pièces de puzzle aux coloris très maitrisés. Malheureusement, dans le secteur des jeunes galeries soutenues par les Galeries Lafayette, celles-ci semblaient souvent plus soucieuses de soigner leur image de «galeries émergentes contemporaines» que de présenter avant tout leurs artistes, d’où des stands très codifiés et ressemblants (à l’exception de Marcelle Alix, bien plus audacieuse). Dommage. Toujours à l’étage se remarquait, chez Jocelyn Wolff, une vaste et vibrante œuvre à la craie noire sur papier de Miriam Cahn, les Franz Ehrard Walther étant, pour leur part, un peu trop sages. Si la grande galerie brésilienne Fortes Vilaça présentait un stand en-deçà de ses possibilités, on remarquait une épatante sculpture d’esprit très dadaïste, de Rodrigo Matheus, petit bijou d’équilibre. Déjà extrêmement présentes à l’étage dans les galeries plus jeunes et/ou plus petites, la peinture et la sculpture  soit les médiums qui se vendent le mieux  s’imposaient littéralement au rez-de-chaussée, qui accueille les structures les plus importantes. Comme souvent, le stand de la galerie Thaddaeus Ropac offrait une véritable fête au regard : Georg Baselitz, Robert Longo, James Rosenquist, Antony Gormley, Robert Rauschenberg, Yan Pei-Ming étaient tous représentés avec de belles œuvres. Chez Sfeir-Semler se démarquait une marionnette de Wael Shawky, issue de la série des «Cabaret Crusades». La galerie In Situ - Fabienne Leclerc occupait un stand d’angle très réussi, associant certains de ses artistes les plus en vue  Mark Dion, Joana Hadjithomas & Khalil Joreige, ainsi qu’Otobong Nkanga. Chez Art : concept éclataient les aquarelles d’Ulla von Brandenburg. Enfin, l’audace et la malice étaient de mise Chez Luciana Brito, avec le labyrinthe de cabines d’essayage de Leandro Erlich.

 

Georg Baselitz (né en 1938), Zero Ende, 2013, bronze moulé sur bois, 94 x 348 x 91,5 cm, éd. 1/3. Courtesy galerie Thaddaeus Ropac, photo Charles Dupr
Georg Baselitz (né en 1938), Zero Ende, 2013, bronze moulé sur bois, 94 x 348 x 91,5 cm, éd. 1/3. Courtesy galerie Thaddaeus Ropac, photo Charles Duprat

Des collectionneurs étrangers moins nombreux, surtout les Américains
De bons stands ne sachant suffire, le succès d’une foire se mesure également à l’affluence des collectionneurs (plus que des simples visiteurs ou curieux) et… aux acquisitions. Il n’est pas certain que le calendrier de la FIAC ait été optimal en 2016, cumulant certains inconvénients pour les amateurs étrangers. Située nettement après sa concurrente Frieze Londres, la FIAC pouvait moins facilement attirer les Nord-Américains qui auraient voulu faire un seul voyage pour les deux foires. Notons, par ailleurs, que la FIAC était programmée en pleine fête juive de Souccot, ce qui n’était ni très élégant ni bienvenu. Les Américains manquaient d’ailleurs souvent à l’appel, d’autant que l’image de Paris reste dégradée en termes de sécurité. Sans qu’aucun de ces facteurs ne soit déterminant, ils semblaient s’additionner. C’est pourquoi, au final, les galeristes exprimaient un certain soulagement à l’issue de la foire. Sans avoir connu une frénésie de ventes que personne n’osait escompter, en dépit d’achats assez lents à être conclus, la plupart des galeries ont été rassurées que l’arrêt du marché tant redouté ne soit pas survenu. En période de net ralentissement, il apparaît raisonnable de modérer ses ambitions.

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