Une évocation proustienne signée Vuillard

On 24 June 2016, by Anne Foster

Ces élégantes esquissées par le peintre sont Lucie Hessel et sa cousine. Quand le Tout-Paris artistique villégiature en normandie…

Édouard Vuillard (1868-1940), Femmes en blanc au bord de la mer, 1902, huile sur papier, 37 x 53 cm
Estimation : 20 000/30 000 €

Un jour au bord de la mer. Le temps est ensoleillé, le ciel conservant toutefois des passages nuageux. Les deux femmes tournent le dos à la plage, perdues dans leurs occupations respectives, lecture pour Lucie Hessel, peut-être un ouvrage de couture pour sa cousine Marcelle Aron. Édouard Vuillard a rencontré en 1900 à Lausanne, chez Vallotton, Jos Hessel, directeur de la galerie Bernheim-Jeune, qui deviendra son marchand attitré et son ami. C’est l’été… Invité en 1901 chez les Hessel, à Vasouy, près d’Honfleur, il le sera l’année suivante à Cricquebœuf, en Normandie. Le discret et amène Vuillard est l’hôte privilégié, même si l’on peut se demander s’il n’occupe pas le rôle d’un Proust peintre, chroniqueur des loisirs et des toilettes de ces dames de la haute bourgeoisie fortunée. Les diverses occupations de cette société que l’un évoque en longs méandres de mots, il arrive à les suggérer, ajoutant une atmosphère à la fois amicale et détachée. C’est sa profonde singularité, cette capacité à donner à des peintures de plein air toute l’intimité de ses première œuvres : des scènes d’intérieur qui avaient à l’époque séduit ses amis nabis et les critiques d’art, parfois désorientés par les variations de cet artiste original qui aimait rester en retrait. En fait, à l’aube du XXe siècle, il préfère renouer avec la tradition de l’école française, faite de mesure, «ce sens des tons et des valeurs rapprochées, cette prédilection pour le gris, qui, de tout temps, ont fait la grâce et le prestige de l’école française», note Jean-Paul Monnery dans le catalogue de l’exposition «Édouard Vuillard. La porte entrebâillée» du musée de l’Annonciade à Saint-Tropez, en 2000. Il n’abandonne cependant pas la fluidité merveilleuse de sa touche, transformant les aplats saturés de couleurs de sa période nabie en une palette de nuances, si séduisantes, si excellemment picturales, que l’on ne peut qu’admirer ces études saisies sur le vif. Celles-ci sont vivement recherchées par les amateurs même dans sa période de l’entre-deux-guerres, plus conforme au goût bourgeois. André Gide le soulignait déjà, en 1905, dans sa chronique de la Gazette des beaux-arts : «Je connais peu d’œuvres où la conversation avec l’auteur soit plus directe. Cela vient, je crois, de ce que son pinceau ne s’affranchit jamais de l’émotion qui le guide, et que le monde extérieur, pour lui, reste toujours prétexte et disponible moyen d’expression.»

Friday 01 July 2016 - 14:00 - Live
Salle 6 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Baron Ribeyre & Associés , Farrando
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