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Une esquisse inédite du baron Gros

Published on , by Carole Blumenfeld
Auction on 25 September 2022 - 14:00 (CEST) - 1, rue de la Crouzette - 34170 Montpellier - Castelnau-le-Lez

Disparue depuis la vente après décès du baron Gros, cette esquisse pour la coupole du Panthéon est présentée par une nouvelle étude montpelliéraine.

Antoine-Jean Gros, dit baron Gros (1771-1835), Charlemagne et Hildegarde, esquisse... Une esquisse inédite du baron Gros
Antoine-Jean Gros, dit baron Gros (1771-1835), Charlemagne et Hildegarde, esquisse pour la coupole du Panthéon, 128,5 128 cm.
Estimation : 80 000/120 000 € 

La coupole du Panthéon à Paris est un sujet délicat de l’histoire de l’art, mal compris, mal accepté. Beaucoup ont en tête le jugement sec de Théophile Gautier pour qui «la coupole du baron Gros était plutôt un tableau d’histoire circulaire, avec un plafond par-dessus, que tout autre chose». Delacroix y voyait «hélas ! maigreur, inutilité». Dans Les Souvenirs d’un artiste, Antoine Étex explique que peu après son dévoilement, les honneurs que reçut la coupole déclenchèrent les foudres des confrères de Gros : «Le vieux Broc nous donnait la comédie à nous gamins, qui admirions les peintures de Gros, même lorsque nous l’entendions dire à notre maître : “Ce pathos de Gros ! avez-vous vu sa coupole du Panthéon qui l’a fait baron”. Je retrouvais aussi, à l’atelier Dupaty, mon ancien professeur, M. Péron. Nous répétâmes tous en chœur le calembour de Carle Vernet sur la coupole du Panthéon : “C’est plus Gros que nature.”» Le passage consacré à l’œuvre par Ernest Chesnau en 1862 est bien plus violent : «La coupole est-elle sortie du pinceau de Gérard, de Girodet, de Guérin ? On ne sait. Il faut monter les dix-huit cents ou deux mille marches qui en rapprochent le curieux, pour reconnaître qu’elle est du peintre des Pestiférés.» D’où l’intérêt des esquisses pour mieux comprendre la démarche du peintre. Or, elles ne sont pas nombreuses, et celle découverte par Me Jacques Farran dans une collection catalane devrait obliger les musées parisiens à prendre position.
L’histoire de France en quatre chapitres
Le Panthéon fut rendu au culte catholique en 1806. En août 1811, Gros écrit au ministre de l’Intérieur qu’il s’engage «à peindre la calotte du dôme du Panthéon, et à y représenter, dans la proportion de figures de quatre mètres, une gloire d’anges, emportant au ciel la châsse de sainte Geneviève ; au bas, Clovis et Clotilde, son épouse, fondateurs de la première église ; plus loin, Charlemagne et Saint Louis ; et, à la partie opposée, Sa Majesté l’Empereur et Sa Majesté l’Impératrice consacrant la nouvelle église au culte de cette sainte». Comme l’esquisse conservée au Petit Palais le montre, Gros prit finalement le parti de peindre quatre groupes («J’ai mis l’histoire de France en quatre chapitres») : Clovis et Clotilde, Charlemagne et Hildegarde, Saint Louis et Marguerite, et enfin Napoléon, Marie-Louise et leur fils, soit les quatre dynasties ayant régné en France. Après la chute de l’Empire, Louis XVIII, la duchesse d’Angoulême et le duc de Bordeaux prirent la place du couple impérial et de leur fils, la charte du Code civil et les trophées du premier Empire furent remplacés par ceux plus récents de la campagne d’Espagne. Le projet s’étira, précisément en raison de ces changements politiques. La coupole ne fut dévoilée qu’en 1824. Le Roi Charles X visitant les peintures de Gros au Panthéon le 3 novembre 1824, une toile de Louis Nicolas Lemasle, conservée au château de Versailles, commémore l’événement au cours duquel le roi monta sur l’échafaudage avec le duc d’Angoulême, le préfet de la Seine, l’archevêque de Paris et le curé de Sainte-Geneviève. Charles , prenant la posture de Charles Quint face au Titien ou de François I
er face à Léonard, gratifia Gros du titre de baron et de 50 000 F après lui avoir dit : «Monsieur, il y a plus que du talent dans cette vaste composition, il y a du génie.»
Inspirations mérovingiennes
En réalité, il y avait aussi beaucoup de travail ! Outre les difficultés techniques – pour lesquelles Gros fit appel à deux chimistes pour mettre au point un enduit approprié – mais aussi spatiales, car il devait peindre en grand dans un espace complexe et courbé bien sûr, l’iconographie soulevait un certain nombre de problèmes. Contrairement aux figures de Saint Louis et du couple impérial qui ne posaient aucun problème tant l’exercice était cadré, celles de Clovis, de Charlemagne et de leurs épouses l’obligèrent à composer. Pour le premier, il reprit la figure du soldat français vers lequel l’Empereur se dirige dans Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa (musée du Louvre), qu’il imagina en souverain du Moyen Âge, tandis que pour le deuxième il s’inspira tout à la fois du buste du reliquaire de la cathédrale d’Aachen – en tout cas, l’image en découle – et du sceptre de Charles V où Charlemagne tient le globe, prenant soin d’accompagner les figures d’éléments décoratifs «mérovingiens». Comme il l’expliqua le jour de l’inauguration, il avait «cherché, par l’étendue même du groupe, à rendre et rappeler la grandeur et l’éclat du règne de ce monarque. Charlemagne, prosterné ainsi que son auguste épouse, d’une main élève le globe, symbole de l’Empire, de l’autre maintient les institutions, telles que les capitulaires et l’Université. Il remet sous la protection de la sainte et ses plains, et ses lois, et son empire. L’ange qui porte la table des lois a pour pendant un autre portant une croix qu’il présente aux Saxons nouvellement convertis et amenés par Charlemagne au christianisme. Le trophée rappelle les victoires remportées sur les nations du Nord et de l’Est». Restait à donner une ampleur au personnage, qu’il affectionnait particulièrement. L’iconographie évolua beaucoup de l’esquisse au projet final. Les quelques études connues de la tête de l’empereur montrent d’ailleurs des attitudes différentes. Cette «nouvelle» esquisse, toujours sur sa toile d’origine, révèle un plaisir certain de l’artiste à travailler dans un cadre très circonscrit, lui permettant de jouer de la dimension sculpturale de ses personnages et peut-être aussi «michelangelesque». La coupole, qui déplut tant à partir du milieu du XIX
e siècle, est un exercice quelque peu contraint. Ici, la touche franche et généreuse et les jeux de couleurs offrent une perspective nouvelle du projet.

Sunday 25 September 2022 - 14:00 (CEST) - Live
1, rue de la Crouzette - 34170 Montpellier - Castelnau-le-Lez
Farran Enchères
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