Une édition inconnue des contes satiriques de Bonaventure des Périers

On 17 December 2020, by Bertrand Galimard Flavigny

Une édition inconnue d’un ouvrage d’un esprit du XVIe siècle aussi érudit que piquant, Bonaventure des Périers, est récemment apparu en vente. Son sujet ? De courtes anecdotes satiriques traitées à la façon des contes.

Bonaventure Des Périers (1510-1544), Nouvelles récréations et joyeux devis, à Rouen de l’imprimerie de David Du Petit Val, 1615, in-12, relié en maroquin grenat très orné, aux armes du bailli de La Vieuville.
Paris, Drouot, 6 novembre 2020. Beaussant Lefèvre OVV. MM. 
Alain Nicolas, Pierre Gheno.
Adjugé : 1 500 

Il n’est pas certain que Marguerite de Valois-Angoulême, reine de Navarre (1492-1549), possédât un exemplaire de l’édition princeps d’Il Decamerone du Boccace, imprimée en 1471, à Venise, par Christofal Valdafer. Mais on peut imaginer qu’elle a tiré des rayonnages de sa bibliothèque, un exemplaire de la traduction de Laurens du Premierfait, imprimé par Anthoine Verard, sans doute vers 1485 ou 1500, le plus ancien livre publié par cet éditeur parisien, et l’a tendu à son valet de chambre et secrétaire, Bonaventure Des Périers (1510-1544). À cette époque, les lettrés et les gens de cours appréciaient les historiettes un peu lestes, voire grivoises, comme celles composées par Boccace. La grand-mère du futur Henri IV n’était pas en reste, avec son Heptaméron, qui sera publié dix ans après sa mort. La véritable première édition de cet ouvrage fut, en effet, imprimée (in-4°) en 1559 à Paris par Gilles Robinot. Un exemplaire relié en plein vélin à recouvrement, gardes renouvelées, double filet doré en encadrement sur les plats orné d’un semis de fleurs de lys dorées, a été adjugé 8 214 €, à Drouot, le 16 juin 2018 par la maison Aguttes. Dans le même esprit, Bonaventure Des Périers composa 90 contes qui parurent originellement de manière posthume en 1558, sous le titre Nouvelles récréations et joyeux devis. Contenant des courts récits offrant une critique facétieuse de la société du temps, notamment le clergé, ils furent régulièrement réédités et… augmentés d’au moins une quarantaine de pièces apocryphes dans le même esprit. Jean-Charles Brunet, dans son Manuel du libraire, ne cite qu’une édition de 1572 (Nicolas Bonfons, in-16), qui a servi à Bernard de La Monnoye (1641-1728) pour rédiger ses notes d’une édition de 1735 (Amsterdam, 3 volumes in-12), dont un exemplaire relié par Bozérian, en maroquin vert, a été vendu 2 032 € par la maison Binoche et Giquello, assistée par Dominique Courvoisier, le 19 octobre 2016. Il semblait qu’il n’existât pas d’autre édition, avant qu’une inconnue à la BnF et au Catalogue collectif de France n’apparaisse dans une vente de la maison Beaussant Lefèvre, assistée par Alain Nicolas et Pierre Gheno (voir page de droite). Cet exemplaire rouennais de 1615 est intéressant à plusieurs titres : outre le fait qu’il n’a été répertorié nulle part, il est réglé et ses doublures et gardes sont en papier pourpre doré. Il a appartenu à Jean-Baptiste Guyon de Sardière (1674-1759), dont la mère, Jeanne-Marie Bouvier de La Motte, n’était autre que la célèbre mystique madame Guyon. Le livre passa ensuite dans la bibliothèque de Louis-César de La Baume Le Blanc, duc de la Vallière, qui avait acquis en bloc celle de Guyon. Le catalogue de La Vallière n’indique pas les armoiries frappées sur les plats des volumes. Celui-ci est aux armes du bailli de La Vieuville, qui fut notamment ambassadeur de l’ordre de Malte près le roi de France de 1712 à 1714. Il possédait une importante bibliothèque richement reliée, reconnaissable à ses armoiries reposant sur une croix à huit pointes et un chapelet auquel est appendue une croix de Malte. Les volumes de la bibliothèque de son successeur, le bailli de Mesmes (1675-1741), se présentent de la même manière. La Vieuville, qu’estimait Saint-Simon – ce qui était rare –, était donc religieux, en tant que chevalier de Malte, et appréciait Des Périers, qui avait été lié à la Réforme, participant à la première traduction française de la Bible avec Lefèvre d’Étaples et Olivetan. Il fut de ceux que l’on a appelés les «libertins spirituels», pour désigner leur relative indépendance à l’égard du catholicisme. 

Friday 06 November 2020 - 01:30 - Live
Salle 7 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Beaussant Lefèvre
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