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Un tableau-poème de Max Ernst

On 21 October 2021, by Vanessa Schmitz-Grucker

Rattaché au surréalisme et au dadaïsme, le peintre allemand Max Ernst élargit l’expression artistique en déclinant le collage dans des œuvres oniriques marquées par l’inconscient freudien.

Un tableau-poème de Max Ernst
Max Ernst (1891-1976), Sans titre, huile et collage d’une plume et d’un élément de frise de papier décoratif sur panneau de bois, 1962, 22,3 16 cm. 
Estimation : 20 000/30 000 Adjugé : 99 060 €
© Adagp, Paris, 2021

Si ce sont les plumes qui font le plumage, ce n’est pas la colle qui fait le collage » : les mots de Max Ernst, dans son célèbre essai intitulé Au-delà de la peinture, font entrer en jeu les propriétés iconiques, sémantiques et symboliques de l’exercice. Ses recherches dans le domaine du collage suivent un cycle d’œuvres relevant du frottage et du grattage : en s’affranchissant des contraintes techniques et des questions de représentation, le collage, avec Marx Ernst, devient « un procédé poétique, parfaitement opposable dans ses fins au collage cubiste dont l’intention est purement réaliste », selon l’analyse livrée par Louis Aragon dans Les Collages. Le geste ne supplée pas au dessin. C’est un jeu de juxtapositions, d’additions et de soustractions d’éléments hétérogènes puisés dans la banalité du quotidien, invoquant la logique secrète de l’automatisme cher aux surréalistes. Ensemble éminemment poétique, ce collage à la plume et au papier peint s’appuie sur une harmonie chromatique entre le cercle bleu pâle, le jaune sable et l’élément rouge de la frise, socle au bas de l’œuvre, articulation entre tonalités froides et chaudes récurrentes dans les peintures de Max Ernst. La liberté qui dicte l’association d’une plume et d’une frise de papier peint écarte l’insolite au profit d’un lyrisme serein, scène de rêve étrange teinté de merveilleux. Dans la mouvance surréaliste, Ernst fut celui qui transposa avec la plus forte intensité, en peinture, l’idée du collage littéraire mise au point par Lautréamont. En 1962, Ernst est de retour en France depuis presque dix ans. L’intermède new-yorkais, imposé par la Seconde Guerre mondiale, lui a permis d’expérimenter le dripping et de pousser plus loin ses recherches en sculpture. Exclu du mouvement surréaliste après sa consécration à la Biennale de Venise de 1954, il s’installe en Indre-et-Loire où la Touraine influence sa production. Découvrant de vieux rouleaux de papiers peints, il exécute quelques collages. Le nôtre traverse l’Atlantique pour rejoindre le galeriste Alexandre Iolas dont l’étiquette figure encore au dos de l’œuvre. Le collage est porté à son apogée dans La Femme 100 têtes, roman-feuilleton sans texte où seule la succession d’images crée la structure narrative ; Max Ernst y déclinera la pratique sous forme de collage papier collé, collage photographique et collage illustration, créant une nouvelle iconographie ouvrant à la pensée les portes de son émancipation.

Friday 19 November 2021 - 14:00 - Live
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De Baecque et Associés
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