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Un saint Jacques implorant de Philippe de Champaigne

Published on , by Vanessa Schmitz-Grucker

Ce Saint Jacques le Majeur est une parenthèse sensuelle dans l’œuvre de Champaigne, portraitiste plébiscité par la cour, devenu peintre du Nouveau Testament après 1640.

Philippe de Champaigne (1602-1674), Saint Jacques le Majeur huile sur toile, 60,5 x 49,5 cm.... Un saint Jacques implorant de Philippe de Champaigne
Philippe de Champaigne (1602-1674), Saint Jacques le Majeur huile sur toile, 60,5 49,5 cm.
Estimation : 30 000/40 000 € 

Le regard implorant, les joues rougies, la bouche entrouverte, main sur la poitrine, ce Saint Jacques le Majeur est loin du stoïcisme voire de l’austérité qui caractérise les personnages de Philippe de Champaigne. Si la tunique et la carnation du modèle se répondent dans une palette restreinte de gris et de brun, la forte pigmentation des lèvres et la douce lumière berçant son visage rendent la composition exquise. Il se dégage même de ce saint Jacques une étonnante sensualité. Bien que figuré en pèlerin, bourdon à la main et cape sur les épaules, il se présente à nous tête nue. Génie du portrait, adoubé par Marie de Médicis, qui le fait peintre officiel en 1628, Champaigne démontre ici tout son art à saisir la complexité de la nature et de la psychologie humaines. L’homme prend le pas sur le saint, anonymisant presque le premier des apôtres, mortel parmi les mortels, à la souffrance et l’émotion toutes terrestres. On reconnaît bien dans le traitement du frère de Jean le dépouillement du baroque tempéré de l’artiste. Connu comme le portraitiste des rois de France et de ses hauts personnages – notamment Richelieu –, Champaigne se tourne, après le décès de son seul fils, de sa femme et d’une de ses filles, vers la piété et la spiritualité, se mettant au service des paroisses et des ordres religieux. Contrairement à son contemporain Poussin, il peindra essentiellement des scènes du Nouveau Testament, des représentations du Christ et de la Vierge, puis des saints. La provenance de l’œuvre est transparente : l’huile apparaît à l’inventaire après décès de l’artiste, le 17 août 1674, sous le n° 48. On trouve sa trace à Bruxelles, dans des collections privées, jusqu’à la fin du XIXe siècle alors qu’elle arrive à Paris, notamment dans l’immense collection d’un des plus célèbres antiquaires et ébénistes d’alors, Alfred Beurdeley. L’œuvre n’a ainsi pas quitté la capitale depuis plus de cent ans. Elle fut aussi l’une des rares reprises par des graveurs après la mort de son auteur. Alors que ceux-ci avaient, de son vivant, massivement contribué à la diffusion de sa peinture — en privilégiant notamment ses travaux d’illustration —, après son décès, seul Nicolas Bazin (vers 1636-1710) grava cinq nouvelles pièces dont ce Saint Jacques le Majeur. Charles Le Brun, son concurrent en pleine gloire, emporta la préférence des graveurs, et il fallut attendre jusqu’au XIXe siècle pour que Champaigne regagne la faveur des burinistes.

Wednesday 22 June 2022 - 14:00 (CEST) - Live
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