Un monument d’édition pour de formidables vestiges

On 03 February 2017, by Sophie Reyssat

Pompéi est dévoilée aux yeux de tous par les planches de Fausto & Felice Niccolini, au XIXe siècle. Taschen réédite leur œuvre, ayant ouvert de nouvelles perspectives sur le site antique.

Vue du temple d’Isis prise de l’est, pp. 206207.
© Taschen

Depuis les premières fouilles officielles de 1738, Pompéi n’a plus quitté le devant de la scène. Explorée, étudiée et restaurée sans relâche, elle est le théâtre régulier de nouvelles découvertes. Alors que les difficultés de conservation du site et sa renaissance en reconstitution virtuelle ont régulièrement fait les gros titres ces dernières années, Taschen a décidé de rendre hommage à une entreprise ambitieuse, débutée en 1854 : publier «en son entier, la ville de Pompéi, en exploitant toutes les ressources offertes par les arts de notre patrie et les inventions techniques étrangères», selon les termes de Fausto et Felice Niccolini. Plus de quarante ans ont été nécessaires pour achever les Case ed i Monumenti di Pompei, trouvant leur point final après la mort de leurs auteurs, grâce au fils de Felice, Antonio… Cent vingt ans plus tard, l’intégralité des planches  au nombre de 451, recensant plus de mille éléments de décor  est donc rééditée par Taschen dans un luxueux ouvrage trilingue, français, anglais, allemand. Un imposant format relié  cependant bien plus modeste que les volumes initiaux d’environ 60 x 43 centimètres , que d’aucuns laisseront en évidence sur la table de leur salon comme un objet d’art. Ce livre est en effet de ceux auxquels on revient, l’ouvrant au moindre prétexte pour se replonger dans le raffinement de la cité antique, rendu plus sensible encore par son brutal enfouissement pendant plus de 1 600 ans sous les cendres du Vésuve.
 

   
   

La catastrophe est à l’origine de notre émerveillement à retrouver la ville romaine «conservée tout entière, comme si les habitants venaient d’en sortir un quart d’heure auparavant !», comme l’évoquait Chateaubriand en 1804. Une impression renforcée par les lithographies aux vives couleurs des frères Niccolini, ressuscitant la vie antique à la veille de l’éruption de 79 apr. J.-C. Introduisant le projet éditorial des Italiens, les essais de l’archéologue spécialiste de Pompéi Valentin Kockel, et du scientifique et historien d’art Sebastian Schütze, rappellent le contexte dans lequel il a été conçu. Si les premiers commentaires de découvertes, illustrés de gravures, ont été publiés en 1755 par l’Accademia Ercolanese, le royaume de Naples entend garder la mainmise sur les publications et impose une politique restrictive de reproductions. Il faut attendre le début du XIXe siècle et la Restauration bourbonienne pour que fleurissent les ouvrages diffusant les connaissances. À partir de 1822, le Real Museo Borbonico reproduit ainsi les décors antiques déposés pour être conservés à Naples. Le directeur de la Reale Accademia delle Belle Arti est à sa tête : Antonio Niccolini, le père de Fausto et Felice, qui hériteront de la publication et la mèneront à son terme. Avec leurs Case e Monumenti, les frères se lancent dans une série de fascicules digne des plus luxueuses parutions de l’époque, mais les surpassant quant au nombre de planches et à l’importance accordée au texte, ne se contentant pas de décrire l’objet, mais le mettant en relation avec d’autres pièces trouvées lors des fouilles. Destinés aux érudits et aux amateurs d’art, ils sont livrés en moyenne quatre fois par an, chacun apportant sa pierre à l’édifice pompéien des Niccolini. L’influence de leur ami Giuseppe Fiorelli, archéologue en charge du site, grand réformateur et planificateur des fouilles, est sensible dans la publication. Individuellement détaillés, les édifices sont en effet replacés dans leur contexte topographique, des plans permettant de s’orienter. Les deux auteurs Valentin Kockel et Sebastian Schütze ont rédigé les notices qui éclairent le propos initial. Si l’ouvrage n’est pas sans imperfections archéologiques, il témoigne néanmoins d’une approche novatrice, moderne pour l’époque. Il a grandement participé à la diffusion d’un style pompéien resté en vogue jusqu’aux premières décennies du XXe siècle.

À LIRE
Fausto & Felice Niccolini, Houses and Monuments of Pompeii, Valentin Kockel, Sebastian Schütze, 28,5 x 39,5 cm, 648 pp., Taschen, 2016. Prix : 150 €.
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