Un manifeste d'Aragon habillé par Paul Bonet

On 17 July 2019, by Anne Foster

Une vague de rêves n’est pas simplement une définition du mouvement. L’exemplaire de la bibliothèque Geneviève et Jean-Paul Kahn accompagne cette invitation au rêve et à la liberté.

Louis Aragon (1897-1982), Une vague de rêves, 1924, exemplaire de l’édition originale du tiré à part de la revue Commerce, avec envoi autographe à Pierre Mac Orlan, in-4o ; reliure en demi-maroquin noir à bandes, plats recouverts chacun d’une photographie originale argentique, à décor doré et mosaïqué à Paul Bonet, 1938.
Estimation : 40 000/50 000 €
© ADAGP, PARIS, 2019

Du creux des mains pointe d’abord une tête, jaillissent ensuite des serpentins se joignant en des visages auréolés d’étoiles. Sublimation de l’enfantement dans la douleur et de l’exubérance du mouvement surréaliste. La reliure réalisée par Paul Bonet se réfère par allusions poétiques au lyrisme du texte d’Aragon. Cette trentaine de pages constitue le premier manifeste du surréalisme, publié quelque temps avant celui plus dogmatique, plus construit d’André Breton ; elles invitent à «d’autres rapports que le réel que l’esprit peut saisir, et qui sont aussi premiers, comme le hasard, l’illusion, le fantastique, le rêve. Ces diverses espèces sont réunies et conciliées dans un genre, qui est la surréalité». En peu de mots, Aragon a résumé sa définition du mouvement, dont il est l’un des pères avec Breton et Soupault. L’adjectif «surréaliste» apparaît en 1919, conjointement à la découverte de l’écriture automatique, aux séances de sommeil parlé, aux souvenirs notés des rêves. Quatre ans plus tard, Aragon propose de revendiquer ce qualificatif ; il fallait, dit-il «fixer le sens du mot. C’est à moi qu’il incomba de la faire». Attaqués par les dadaïstes  dont ils avaient partagé un temps le chemin , les surréalistes sont eux-mêmes en proie à des questionnements existentiels. Breton renonce à l’écriture, Éluard s’éclipse mystérieusement, Aragon est mis à l’écart en raison de ses activités journalistiques et littéraires. Il écrit des romans, genre honni et banni par Breton : seul le roman noir, avec quelques auteurs du roman fantastique comme Pierre Mac Orlan, trouve grâce à ses yeux. Compagnon de la première heure, Aragon s’inscrit par ce «manifeste» dans le mouvement surréaliste. Il en raconte la genèse : «ce qui ouvrira leurs yeux sur ce champ de comètes qu’ils ont labouré par mégarde, c’est l’effet imprévu du surréalisme sur leur vie […] et comme une mer trompeuse, voici que le surréalisme menace de les emporter vers un large où croisent les requins de la folie». Il faut se ressaisir, donner un cadre et une réflexion au mouvement. «Il n’y a pas de pensées sans mots», clame le poète. «1924 […] sous ce nombre orné de désastres, étranges étoiles dans ses cheveux, la contagion du rêve se répand par les quartiers et les campagnes.» Hommage aux écrivains et artistes, Saint-Pol-Roux, Raymond Roussel, Saint-John Perse, Picasso, De Chirico, «les présidents de la République du rêve. Et maintenant les rêveurs», les amis Éluard, Soupault, Man Ray… ceux pour qui «la liberté, ce mot magnifique, voilà le point où il prend pour la première fois un sens : la liberté commence où naît le merveilleux». Des mots qui inspirent à Paul Bonet une reliure fantastique…

Thursday 07 November 2019 - 14:00 - Live
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