Un livre pour des chefs-d’œuvre naturalistes

On 04 November 2016, by Anne Doridou-Heim

L’ouvrage des éditions Citadelles & Mazenod à l’origine de l’exposition au Cabinet d’histoire du Jardin des Plantes, retrace, grâce à ses 830 illustrations, la collection du Muséum national d’histoire naturelle. Unique et beau !

Claude Aubriet, Tortue des Indes (Testudo indica), Perrault, mémoires de l’Académie des Sciences, tome III, page 395, papier, portefeuille 87, folio 5.
© RMN-Tony Querrec

Une fois n’est pas coutume, l’exposition «Précieux vélins. Trois siècles d’illustration naturaliste», qui se tient jusqu’au 2 janvier 2017 au Cabinet d’histoire du Jardin des Plantes, accompagne la sortie de ce très bel ouvrage et non l’inverse ! Compte tenu des contraintes liées au degré de fragilité des parchemins, l’accrochage présentera les vélins par roulement. Ainsi, au moment de la clôture de l’exposition, auront été montrées plus de 120 pièces. Cela peut paraître infime lorsque l’on connaît le nombre de gouaches et d’aquarelles conservées dans les collections du Muséum  près de 7 000 représentant fleurs et animaux… L’ouvrage comblera donc ce sentiment de frustration en permettant au lecteur de consulter 800 planches et même de les caresser. En effet, les éditeurs ont apporté un soin tout particulier au choix du support, un papier de création offset ivoiré qui restitue le velouté du vélin, ce parchemin de grande qualité, très fin, obtenu à partir d’une peau de veau mort-né ou de veau de lait. Quatorze éminents spécialistes, de la technique, des artistes, ou de l’histoire de l’illustration naturaliste, sont venus y apporter leur collaboration en seize textes répartis sur quatre chapitres, «Les débuts de la collection des vélins (1630-1682)», «Les vélins du roi (1682-1780)», «L’âge d’or des vélins et du Muséum (1780-1832)» et «Essor, fin et renaissance de la collection (1832-2000)». La préface, signée de Bruno David, le président de l’institution muséale, raconte une histoire. Il était une fois un prince, Gaston d’Orléans, frère du roi de France Louis XIII, qui possédait dans son château de Blois, un «jardin botanique entretenu à grands frais, tout rempli de plantes rares et de si belles fleurs que le prince, lui-même amateur averti et passionné, voulut les faire peindre avec une rigoureuse fidélité pour en garder toujours le souvenir».
 

 

Entre art et science
La figure de ce «prince-jardinier» est longuement décrite par Michelle Lenoir, directrice honoraire des bibliothèques du Muséum et codirectrice de l’ouvrage avec Pascale Heurtel, conservatrice en chef du Muséum. Cet hommage nécessaire à un homme plutôt connu pour son opposition au pouvoir du roi son frère, permet de découvrir un «modèle accompli de collectionneur et de curieux du XVIIe siècle». La naissance, l’âge d’or et l’essor du précieux patrimoine sont ensuite longuement relatés avec les figures marquantes de Nicolas Robert (1614-1685), premier peintre de la collection des vélins, et des trois «peintres en miniature du roi» qui se succèdent au cours de la période 1685-1780, Jean Joubert (1643-1707), Claude Aubriet (vers 1665-1742) et Madeleine Basseporte (1701-1780)  auteur de plus de 300 vélins, estimée par Buffon, elle introduit dans la collection l’étoile de mer et les coraux. La longévité de leur carrière, exceptionnelle pour l’époque, a facilité la transmission d’un mode de présentation et d’un savoir-faire, qui va perdurer avec Gérard Van Spaendonck (1746-1822) et Pierre-Joseph Redouté (1759-1840), puis tout au long du XIXe siècle. Il faut ensuite oublier un peu l’érudition et simplement admirer au fil des illustrations en couleurs  réalisées lors d’une campagne de numérisation de tout le fonds qui a duré trois ans , la faune et la flore qui s’y épanouissent librement malgré le cadre imposé de la feuille. D’une fraîcheur incomparable que les siècles passés n’ont pas altérée  grâce à leur conservation à l’abri de la lumière , fleurs, fruits, plantes, volatiles, mammifères, reptiles, poissons, insectes, crustacés, coquillages… se dévoilent tout aussi intacts qu’à l’heure de leur création. Cette édition magistrale et sans précédent, qui s’inscrit dans la continuité de l’âge d’or des livres illustrés d’histoire naturelle sous l’Empire, offre désormais une visibilité à la collection des vélins du Muséum et une nouvelle vie aux espèces disparues.

À lire
Les Vélins du Muséum national d’histoire naturelle, collectif sous la direction scientifique de Pascale Heurtel et Michelle Lenoir, collection «Art et nature».
Un ouvrage relié sous jaquette et coffret illustré, 29,2 x 37,7 cm, 624 pages, 830 illustrations couleurs, dont 800 vélins, coédition Citadelles & Mazenod/
Muséum national d’Histoire naturelle, 2016. Prix : 430 €.
Welcome La Drouot Gazette offers you 4 Articles.
You still have 3 article(s) left to read.
I subscribe