Un Le Nain inédit

On 29 March 2018, by Caroline Legrand

La nouvelle a fait le tour des médias. Pour la prochaine vente au château d’Artigny, en juin, rien moins qu’une toile des célèbres peintres français du XVIIe siècle, les Frères Le Nain, sera présentée aux enchères.

Frères Le Nain (XVIIe siècle), Jésus enfant en adoration de la Croix, entre 1642 et 1648, toile d’origine, 72 x 59 cm. Château d’Artigny, dimanche 10 juin. Rouillac OVV. Cabinet Turquin.
Estimation : 3/5 M€


Totalement inédit, ce Jésus enfant en adoration de la Croix était jusqu’à aujourd’hui inconnu des spécialistes. Il n’a jamais figuré dans aucune vente aux enchères, ni été exposé, à la différence du Saint Jérôme qui passera en vente à New York le 19 avril prochain, découvert en 2014 dans un mauvais état de conservation et qui figurait à Lens, l’année dernière, dans la rétrospective sur les frères Le Nain organisée par le musée du Louvre. Sur ces dernières années, les découvertes d’un tableau de la fratrie originaire de Laon sont rarissimes. Outre le Saint Jérôme, on peut citer une Déploration sur le Christ mort qui figura dans une petite vente non cataloguée à Drouot, en 2013, estimé à quelques milliers d’euros, mais adjugé 211 202 € ! L’attribution à Mathieu Le Nain avait suivi peu de temps après, et le cuivre était aussi exposé à Lens (n° 41 du catalogue). Cette scène simplement esquissée est toutefois bien loin du Reniement de saint Pierre, une toile qui fit les gros titres des journaux en 2010 au moment de son entrée au musée du Louvre, ce dernier l’ayant acquise de gré à gré, grâce au mécénat de AXA, pour la somme de 11,5 M€. Un record ! Dénichée dans un grenier à Lunéville, la toile provenant des collections privées du cardinal Mazarin était passée en vente à Nancy en mars 2000, chez Me Nicolas Leroy, sous l’attribution «école de Lorraine du XVIIe ». Alors acquise 1,25 M€, elle fut frappée d’une interdiction de sortie de territoire et finalement rachetée par le Louvre. Avec ce Jésus enfant en adoration de la Croix, l’institution est une nouvelle fois en alerte ; elle a jusqu’à la fin du mois d’avril pour donner son feu vert, ou non, à son «passeport».
Toile d’origine et visage retrouvé
Sa propriétaire, depuis les années 1950, le tient de son aïeul nantais, le capitaine Henri Loret (1862-1950). Quand les Rouillac père et fils le virent chez elle, en Vendée, ils furent immédiatement séduits. Cette impression sera bien vite partagée par les experts du Cabinet Turquin. Le nom des frères Le Nain s’est rapidement imposé, sans qu’un prénom ne sorte du lot, Louis, Antoine et Mathieu peignant ensemble dans leur atelier dans un style homogène. «Aucun tableau n’est monogrammé, donc nous n’avons aucune preuve pour une attribution à l’un des frères», explique Stéphane Pinta. Unique par son iconographie  l’enfant Jésus seul en méditation sur son destin , cette toile pourrait bien être une commande privée. Elle se distingue du corpus d’œuvres connues, même si ce dernier se compose de seulement soixante-quinze peintures, alors que les Le Nain en auraient peint des milliers. M. Pinta confirme : «À la mort de Matthieu [le dernier des frères, en 1677], il y avait environ cent cinquante portraits dans son atelier, qui n’étaient pas vendus, alors qu’aujourd’hui il n’en reste aucun.» Si les Le Nain sont aujourd’hui célèbres pour leurs scènes paysannes, ils étaient aussi de grands portraitistes et peintres religieux. Bien que techniquement et stylistiquement inédite, cette œuvre est attribuée sans conteste aux frères Le Nain. Elle a ainsi conservé sa toile d’origine, sur laquelle on perçoit à l’arrière une couche rouge (carbonate de calcium coloré par des oxydes de fer), accompagnée d’une seconde grise, caractéristique du travail préparatoire des Le Nain. Par ailleurs, ce visage de petit garçon âgé de 6 à 8 ans se retrouve dans plusieurs autres œuvres célèbres de la fratrie, pour le garçonnet à droite dans l’Intérieur paysan de la National Gallery of Art de Washington, ou encore dans le joueur de flûte de la Famille paysanne du musée du Louvre. Ce type de jeune garçon au visage doux et aux mèches blondes se répète, comme l’image d’un modèle fétiche. Daté entre 1642 et 1648, notre tableau a fait le voyage au Louvre un jour de fermeture, pour être confronté aux quinze chefs-d’œuvre conservés dans le musée parisien. Et, de l’avis de tous, il soutient la comparaison !

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