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Un baiser de Bourdelle à tendance symboliste

On 14 October 2021, by Caroline Legrand

Durant les premières années du XXe siècle, Antoine Bourdelle se laisse séduire un court instant par l’esprit art nouveau. Un bronze rare et emblématique d’une époque.

Un baiser de Bourdelle à tendance symboliste
Émile-Antoine Bourdelle (1861-1929), Baiser à la rose ou le Rêve, épreuve en bronze à patine brun nuancé de vert, fonte 1916, signé «Émile Bourdelle», au revers cachet du fondeur «Thiébaut Frères, Fumière et Gavignot, St Paris» et inscription «2e épreuve», h. 31 cm (détail).
Estimation : 15 000/20 000 € Adjugé : 29 040 €

Seuls trois exemplaires de cette œuvre d’Antoine Bourdelle ont été édités, et ce par la fonderie Thiébaut Frères, Fumière et Gavignot. La qualité de la fonte – jugée «exceptionnelle» par l’expert Alexandre Lacroix –, à la patine lisse et aux minutieuses reprises à froid, démontre la maîtrise de l’entreprise qui peut se vanter d’avoir réalisé des œuvres monumentales en bronze parmi les plus importantes des deux derniers siècles — notamment à Paris la fontaine Saint-Michel, d’après un travail de Francisque Duret, ou encore l'imposant groupe du Triomphe de la République de Jules Dalou, érigé place de la Nation. Ce Baiser à la rose a été fondu en 1916, une date confirmée par sa facture d’achat, lequel fut réalisé directement auprès de la fonderie à cette époque. Depuis, l’objet d’art est resté par descendance dans la même famille du pays d’Auch. Une région bien connue d’Antoine Bourdelle, natif de Montauban. Avec cette œuvre, le sculpteur surprend. Nous sommes bien loin de l’Héraclès archer, qui marqua le début du succès après sa présentation au Salon de 1910, ou de sa Pénélope, au style puissant, ordonné et synthétique. Tout n’est que douceur et poésie dans ce Baiser à la rose. Les premières années du XXe siècle sont cruciales et formatrices pour le jeune artiste. Il se détache alors de l’influence d’Auguste Rodin, dans l’atelier duquel il était entré comme praticien en 1893 et qu’il quittera définitivement en 1908. Bourdelle participe en 1900 à l’Exposition universelle de Paris : il y présente une Tête d’Apollon, affirmant déjà l’importance de l’art grec antique dans son travail. Durant quelques années, il cède ensuite également au symbolisme, fortement présent à cette époque où l’art nouveau règne en maître sur Paris. S’il aborde avec cette œuvre deux sujets chers au maître – la figure féminine, souvent accompagnée d’accessoires, ainsi que le thème du Baiser ,  le sentiment de mystère et de rêverie qui en émane n'appartient qu’à sa manière. Tout comme la composition tout à fait étonnante, avec ce visage de femme renversé en arrière, les yeux clos et les lèvres jointes afin d’offrir ou de recevoir un baiser invisible. Faut-il voir dans ce portrait les traits de sa première épouse, Stéphanie Van Parys, ou de son modèle Cléopâtre Sevastos ? Difficile de trancher. Bourdelle a déjà réalisé un marbre intitulé Visage d’amour en 1899, exposé dans un premier temps au Salon national des Beaux-Arts puis, en 1905, à la galerie Hébrard. Débute alors une véritable série thématique, se déclinant en de nombreuses variantes, tantôt en grès, tantôt en biscuit, marbre ou bronze. Ainsi, la version en marbre de ce Baiser à la rose est aujourd’hui conservée au musée Ingres de Montauban. L’artiste multiplie également les titres : Amoureuse, Baiser aux volubilis ou Le Rêve… Autant d’œuvres dans lesquelles la sensualité est personnifiée par ce visage et ce buste tout juste esquissés, au traitement presque impressionniste, et associée à un attribut floral éminemment poétique. S’éloignant d’Auguste Rodin, Bourdelle se rapproche ainsi, un temps, du travail d’un Eugène Carrière ou d’un Medardo Rosso.

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