Un agneau de la Renaissance à consonance biblique

On 18 March 2021, by Anne Doridou-Heim

Sculpté avec beaucoup de naturalisme par un artiste de la Renaissance italienne, cet agneau pourrait bien être un unicum porteur de symboles religieux forts.

Italie, époque Renaissance. Agneau sculpté en marbre blanc, h. 42, l. 36,7 cm (base : 30 27,2 cm).
Estimation : 20 000/30 000 

Il a l’air un peu surpris de se trouver dans ces pages ! Il faut reconnaître que cet agneau sculpté dans le marbre en Italie sous la Renaissance – au XVe ou XVIe siècle, difficile d’être plus précis — n’a pas été conçu pour ça… même si sa raison d’exister n’est pas véritablement connue. Il faut se pencher sur l’histoire religieuse et sur les indices laissés par son auteur, anonyme lui aussi, pour tenter d’en apprendre un peu plus à son sujet. Sa toison blanche est légèrement usée, ce qui laisse penser qu’il s’agit d’un objet de dévotion que les fidèles ont caressé au cours des siècles passés. Une pratique peu courante, même si le doux animal bénéficie d’une haute valeur symbolique dans les religions juive et catholique. On ne présente plus l’agneau pascal. C’est à lui que ce blanc mouton renvoie. On note en effet la reproduction discrète d’une grenade entre ses pattes ; or, le fruit se rapporte à l’union des chrétiens autour d’une même foi. Sculptée dans un seul morceau de pierre et sur toutes ses faces, l’œuvre n’était pas destinée à être placée dans une niche ni à faire partie d’un groupe plus imposant. Elle existait par et en elle-même. On peut alors légitimement émettre l’hypothèse qu’il pourrait s’agir d’une pièce exécutée pour être exposée au moment des célébrations de Pâques, voire participant aux processions de la fête. C’est à cette période de l’année sainte, si essentielle pour les fidèles, que l’agneau prend toute sa place.
Unique à plus d’un titre
L’histoire est longue et relève de l’Ancien Testament, remontant à la nuit de la libération d’Égypte. L’animal constitua le dernier repas pris par les Hébreux avant de fuir ; son sang, tapissé sur les montants au-dessus de la porte de leur maison, permit au Seigneur de les reconnaître et d’épargner leurs nouveaux-nés lors de la dernière plaie. Sa viande prit à ce moment-là le goût de la liberté et son sang se fit la preuve d’un dieu qui aime son peuple. C’est pourquoi chaque année, parvenus en Terre sainte, les enfants d’Israël en feront mémoire. Des centaines d’années plus tard, Jésus est crucifié à la sixième heure, celle justement où, dans le Temple, l’on sacrifiait les agneaux pour la Pâque. La crucifixion prend valeur d’accomplissement de l’agneau pascal, mort pour sauver les hommes et racheter leurs péchés. Dans l’Évangile selon saint Jean, Jean-Baptiste voit Jésus venir vers lui et dit : « Voici l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde », en faisant pour les siècles des siècles le symbole de Pâques. Voici résumé en quelques lignes ce que porte dans sa noble laine ce petit animal innocent et obéissant. C’est pourquoi on le retrouve si souvent dans l’iconographie religieuse, enluminé sur des livres d’Heures, peint sur les tableaux des écoles primitives, porté dans les bras de statues de saint Jean, accompagnant un berger, portant même une croix, sculpté sur une clef de voûte de l’abbaye de Cluny… mais rarement seul, surtout dans cette taille et avec cette qualité d’exécution. Toutes ces indications donnent à penser à l’expert qu’il s’agit d’un unicum. Une raison supplémentaire de méditer l’inscription gravée autour de la sculpture de Cluny : « Au ciel je suis grand, mais ici je suis taillé comme un petit agneau »…

Friday 02 April 2021 - 14:00 - Live
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