Tout ce que vous avez voulu savoir sur la mode !

On 24 June 2016, by Sophie Reyssat

VRAIMENT FUTILE ?
Au-delà de l’esthétique, elle draine pourtant dans son sillage des problématiques sociales, économiques et techniques.
Tout un art !

  

Pour le cinquantième anniversaire de sa collection «L’Art et les grandes civilisations», les éditions Citadelles & Mazenod font dans l’élégance avec cet ouvrage dédié à l’histoire de la mode, le dixième consacré à ce sujet par Catherine Örmen. Du siècle des Lumières à nos jours, elle étudie nos pratiques vestimentaires, confrontant peintures, dessins, gravures et photographies aux tenues parvenues jusqu’à nous. Au fil de 600 illustrations, les vêtements s’affichent ainsi avec un luxe de détails, nombre de ces derniers étant reproduits en pleine page pour mieux faire apprécier la trame d’un tissu, le soyeux d’une étoffe, la minutie d’une broderie, la complexité d’un drapé ou encore la technicité d’une coupe. Un régal pour les yeux ! Comme l’auteur, nous sommes ainsi amenés à nous demander si la mode n’est pas un art stricto sensu plutôt qu’un art appliqué…
LA FRANCE PIONNIÈRE
Depuis des siècles, le goût des parures est l’un des péchés mignons français, qu’aucun édit somptuaire ne parvient réellement à brider. Mettant cette addiction au service de la politique en créant l’étiquette, Louis XIV a donné une impulsion sans précédent à la mode, en quelque sorte institutionnalisée. Un exemple unique en Europe. Parlant chiffons au lieu de comploter, les courtisans  imités par les bourgeois et les domestiques, contribuant à diffuser la mode à toutes les échelles de la société  deviennent ainsi le moteur économique des industries du luxe. Paris développe un savoir-faire inégalé, drainant les matières premières des régions de France et les raretés importées par la Compagnie des Indes, réunissant les meilleurs artisans des corporations et attirant le gratin des commanditaires, de la Russie au Nouveau Monde.

 

  
  

PREMIER EMPLOYEUR PARISIEN
La Révolution réduit en cendres le flamboyant mode de vie aristocratique, dont l’aura survit pourtant, modèle d’élégance et de bon goût pour la nouvelle respectabilité bourgeoise. La cour impériale, les salons parisiens, et bientôt les couturiers, sont les nouveaux prescripteurs des styles, tandis que la révolution industrielle et l’urbanisation contribuent à l’expansion de la mode, commençant à pénétrer les campagnes. En 1847, l’industrie du vêtement est le premier employeur parisien, avec plus de 7 000ouvriers pour 233 confectionneurs. Débutée à la fin du XVIIIe siècle sous l’influence de l’anglomanie et de l’anticomanie, la simplification des formes vestimentaires ne dure qu’un temps. Si les hommes conservent l’uniforme de leur costume sombre, les femmes, un temps libérées de leurs paniers et de leurs corps à baleines, sont de nouveau emprisonnées dans les artifices des crinolines et des corsets sous le second Empire. L’époque voit naître la haute couture, et le luxe de la capitale cosmopolite rayonne bien au-delà des frontières. Presse et photographie relaient la mode, atteignant désormais chaque citoyen, consommateur en puissance. Le règne des grands magasins arrive, et avec lui celui des saisons  printemps-été, automne-hiver  permettant de se démarquer malgré la démocratisation des tenues. Celles-ci évoluent drastiquement à la fin du siècle, les loisirs de plein air à l’anglaise encourageant une allure plus filiforme, et l’ouverture sur le monde favorisant l’exotisme.

PAS MOINS DE 608 PAGES ET PRESQU’AUTANT D’ILLUSTRATIONS POUR ANALYSER QUATRE SIÈCLES DE MODE

SYSTÈME D ET MONDIALISATION
La Première Guerre mondiale libère quant à elle définitivement le corps féminin. Les frivoles garçonnes prennent le contre-pied des codes. Bien que l’esprit cubiste fasse table rase du passé avec sa simplification géométrique, la sophistication revient en force après la crise de 1929, avec une vague de néoclassicisme et de romantisme. Entrant en résistance grâce au système D pendant l’Occupation, la mode relève la tête après-guerre, montrant désormais deux visages : la haute couture ultra-féminine, et le prêt-à-porter mis en avant par la presse. Depuis le milieu des années 1960, la mondialisation a profité à la mode de la rue et à ses «phénomènes» inspirant désormais les couturiers, également soumis au diktat du corps, révélé par des nouveaux textiles extensibles. Jeunes, hédonistes, protéiformes et universels, tels sont désormais les «looks» dans l’air du temps, poussant les créateurs dans leurs retranchements, à la frontière de la performance artistique.

 

   
   


 

À LIRE
L’Art de la mode, par Catherine Örmen.
Un ouvrage relié en toile sous jaquette et coffret illustré, 25,5 x 32 cm, 608 pp.,
éditions Citadelles & Mazenod, 2015.
Prix : 205 €.
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