Splendeur et réussite du musée de Dijon

On 13 June 2019, by Annick Colonna-Césari

Logée dans le palais des ducs de Bourgogne, l’institution bourguignonne a été entièrement rénovée au terme d’un chantier de plus de dix ans. Retour sur une histoire qui traverse les siècles.

Yan Pei-Ming a installé certains de ses tableaux dans la salle des Gardes, aux côtés des tombeaux des ducs de Bourgogne.
© Musée des beaux-arts de Dijon

C’est l’un des plus anciens musées de France et l’un des plus remarquables, au regard de ses collections riches de 130 000 œuvres, s‘échelonnant de l’Antiquité à nos jours. À l’instar du Louvre, il est logé dans un palais princier, et pas n’importe lequel : celui des États et des ducs de Bourgogne, qui a continué de s’étendre jusqu’au XIXe siècle. Le voici à présent rénové de fond en comble, agrandi, après un chantier de plus de dix ans et un investissement de 60 millions d’euros. Au fil d’une cinquantaine de salles, quelque 1 500 œuvres s’offrent aux visiteurs. On y (re)découvre des trésors médiévaux, tels les cénotaphes des souverains bourguignons Philippe le Hardi et Jean sans Peur, qu’escortent leurs pleurants sculptés dans l’albâtre, ainsi que des pièces maîtresses signées Georges de La Tour, Claude Monet ou Nicolas de Staël, sans oublier Pierre Paul Prud’hon, François Rude ou François Pompon, artistes originaires de la région, et, aujourd’hui, Yan Pei-Ming. Avec «L’Homme qui pleure», le peintre chinois, lui aussi formé à Dijon, inaugure le nouveau cycle des expositions temporaires. C’est tout un symbole, commente David Liot, directeur des musées de la ville, «car il rappelle la place qu’a tenue l’art vivant dans l’histoire du musée». Les origines du musée remontent à la création, en 1766, d’une école de dessin, à l’initiative de l’artiste François Devosge. «Sans elle, il n’aurait sans doute pas pris une telle ampleur», estime David Liot. Et pour cause. Les États de Bourgogne en ont fait un outil de rayonnement. Pour rivaliser avec l’Académie royale de Paris, un prix de Rome a été instauré et les élèves lauréats étaient envoyés parfaire leur formation dans la cité éternelle. En retour, ils réalisaient des copies de statues antiques et de tableaux de maîtres. D’abord destinées à embellir le palais des États, leurs œuvres furent ensuite rassemblées dans deux salles attenantes, le salon Condé et la salle des Statues.
 

Guido Reni (1575-1642), Adam et Ève au Paradis, vers 1620.
Guido Reni (1575-1642), Adam et Ève au Paradis, vers 1620.© Musée des beaux-arts de Dijon/Hugo Maertens


Un fonds qui n’a cessé de s’étoffer
Ainsi s’est-il constitué un embryon de musée, accessible dès 1787 à un public restreint, avant de devenir, en 1799, dans le sillage de la Révolution, le musée du département de la Côte-d’Or. Le fonds n’a cessé de s’étoffer. Aux collections des ducs de Bourgogne et aux saisies révolutionnaires se sont ajoutées des centaines de dépôts de l’État, de legs et de donations. Pour les accueillir, une aile a été construite, en 1852, sur l’emplacement de la Sainte Chapelle. Les quatre donations consenties à partir des années 1970 par les époux Granville, composées d’un millier de pièces, notamment de tableaux de l’école de Paris, ont également influé sur le destin du musée. «Elles ont permis de l’ouvrir au XXe siècle», affirme David Liot. François Rebsamen, dès son élection à la mairie de Dijon en 2001, a lancé le projet de sa rénovation, sans imaginer que trois mandats seraient nécessaires pour le mener à bien. Car le chantier, dont le coût a été partagé entre la Ville, l’État, Dijon Métropole et la Région Bourgogne-Franche-Comté, s’est révélé colossal. En 2005, le concours d’architecture était remporté par les ateliers Lion, tandis que la restauration des façades et des espaces historiques du palais était confiée à Éric Pallot, conservateur en chef des Monuments historiques. Mais il fallait aussi libérer des espaces, ce qui a entraîné le déménagement des bureaux de la conservation, du service pédagogique et des réserves. Afin d’éviter une fermeture totale des lieux, les travaux se sont déroulés en deux phases. De 2008 à 2013 ont été rénovés les bâtiments du Moyen Âge et de la Renaissance ainsi que la cour de Bar, primordiale, puisque c’est autour d’elle que se déploie désormais l’institution. Pour abriter des ascenseurs, une partie a été rehaussée, chapeautée d’une toiture bizarroïde en cuivre doré. De 2015 à 2019, l’aile de l’école de dessin et celle du XIXe siècle ont à leur tour été prises en charge. Alors que les planchers, boiseries et huisseries des salles historiques étaient restaurés, les fenêtres, obstruées par des cimaises, retrouvaient la lumière. «L’un des principaux enjeux était d’ouvrir le musée sur la ville, tant pour offrir un panorama que pour aider les visiteurs à se repérer», explique Sandrine Balan, conservatrice en chef. Le bâtiment a fini par gagner 50 % d’espaces supplémentaires. Sur une surface totale de 6 500 m2, les collections en occupent à présent 4 200, dont 300 reviennent aux expositions temporaires. La rénovation a parallèlement fourni l’occasion d’effectuer un audit sur l’ensemble des œuvres. «Près d’un millier ont bénéficié d’une restauration légère ou fondamentale», s’enthousiasme la conservatrice. Certaines, sorties des réserves, sont pour la première fois dévoilées au public. L’entrée s’effectue par le rez-de-chaussée de l’aile du XIXe siècle, située place de la Sainte-Chapelle. Le parcours démarre, en haut de l’escalier d’honneur, par les portraits du «Fayoum», accompagnés d’amulettes et d’un sarcophage. Il déroule ensuite un fil chronologique selon le principe : «Installer les collections, autant que possible, dans les bâtiments correspondant à leur époque de création», détaille Sandrine Balan. De la même façon, les conservateurs ont décidé de faire dialoguer peintures, sculptures et arts décoratifs. Chaque étage réserve ses surprises. La galerie de Bellegarde, précédemment vouée à la peinture italienne, héberge désormais les deux exceptionnels retables réalisés au XIVe siècle pour la chartreuse de Champmol ; la salle des Gardes, attenante, présente les fameux tombeaux des ducs de Bourgogne.

 

Le palais des États et des ducs de Bourgogne depuis la place de la Libération. Le musée des beaux-arts occupe l’aile orientale.
Le palais des États et des ducs de Bourgogne depuis la place de la Libération. Le musée des beaux-arts occupe l’aile orientale.© Ville de Dijon/L. Charron


Un accrochage renouvelé
Dans la galerie des peintures d’histoire, écrin des grands formats des XVIIe et XVIIIe siècles, s’est glissé, aux côtés de Joseph Benoît Suvée et de Pierre Paul Rubens, un nouveau pensionnaire : Louis Jean François Lagrenée. Sa toile Les Deux Veuves d’un chef indien se disputant les honneurs d’un bûcher était jusqu’alors dans les réserves, oubliée… comme une rarissime pendule en marqueterie attribuée à l’ébéniste André Charles Boulle, aujourd’hui mise à l’honneur dans les espaces consacrés à Louis XIV. L’emblématique salle des Statues a également retrouvé sa splendeur initiale, scandée par les hauts-reliefs sculptés par les élèves de l’école. L’Allégorie à la gloire des princes de Condé, toile peinte par Prud’hon d’après le Triomphe de la Divine Providence de Pierre de Cortone (au palais Barberini, à Rome), a regagné son plafond, au terme d’une minutieuse restauration. Au milieu des boiseries du salon Gaulin, vestige d’un hôtel particulier dijonnais du XVIIIe siècle, se mêlent mobilier Louis XVI et tableaux intimistes, qu’incarne la belle endormie brossée par Jean-François Colson, intitulée Le Repos. Le XIXe siècle est introduit par les peintures et les sculptures de Sophie et François Rude. Des tableaux impressionnistes et pointillistes de Claude Monet, Alfred Sisley ou Henri-Edmond Cross sont aussi présentés au public. Tout aussi varié est le parcours du XXe siècle, qui s’ouvre sur les sculptures animalières de François Pompon, avant de décliner toute sa diversité, des tableaux cubistes de Juan Gris, Serge Charchoune ou Roger de La Fresnaye aux toiles de Nicolas de Staël, dont une version de ses célèbres Footballeurs. «Puisque la richesse du musée le permet, nous renouvellerons régulièrement une partie de l’accrochage», promet Sandrine Balan.

à voir
«Yan Pei-Ming. L’homme qui pleure», musée des beaux-arts de Dijon,
palais des États et des ducs de Bourgogne,
place de la Sainte-Chapelle, Dijon, tél. : 03 80 74 52 09, (l’accès aux collections permanentes est gratuit)
Jusqu’au 23 septembre 2019.
beaux-arts.dijon.fr
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