Sous le signe du taureau

On 22 October 2020, by Claire Papon

Livres anciens, gravures… La collection de René Cluzel retrace l’histoire de la corrida, notamment à travers cette affiche évoquant une arène qui n’est pas madrilène mais bien parisienne.

Affiche lithographiée entoilée, Paris, arènes du bois de Boulogne en Plaza de toros (Paris, Maillot), sans éditeur, 1890, 178 129 cm.
Estimation : 800/1 000 

Barbare» ou «sacrée», la corrida suscite un débat vieux comme Louis XIV. À l’époque du Roi-Soleil, c’est une fête de taureaux qui dure toute la journée et s’achève avec un combat où membres de la noblesse et gens à cheval montrent leur courage retour à l’animal. Des voyageurs témoignent de ces divertissements cruels, certains s’apitoyant même sur «la pauvre bête». Au XVIIIe siècle, les choses s’organisent. Un premier traité de tauromachie est publié, signé du Suisse Emmanuel Witz, en 1760. Quatre ans plus tard, une arène est construite à Madrid. Fini les lieux improvisés. Les premières vedettes apparaissent aussi. À commencer par Pedro Romero (1754-1839), dont Francisco Goya fera le portrait. Son grand-père est d’ailleurs considéré par certains comme «l’inventeur» de la corrida pour avoir été le premier à utiliser muleta et épée afin de mettre à mort le taureau. Toutefois, les oppositions demeurent. «Je vivrais mille ans, j’y penserais tous les jours, et jamais je ne pourrais concevoir ce qu’on trouve d’attachant et de superbe à ces affreux combats », écrit le marquis de Langle dans son Voyage de Figaro en Espagne en 1784. Au XIXe siècle, le spectacle est devenu un art et les écrivains romantiques s’enflamment à l’image d’Edgar Quinet – sans doute le premier véritable aficionado français –, Mérimée, Mallarmé ou Théophile Gautier, qui entraîne Gustave Doré aux arènes de Bayonne. On sait aussi combien, au siècle suivant, la tauromachie fut une source d’inspiration pour Picasso, Hemingway ou Montherlant, qui sacralise quasiment le taureau…
Corrida dans l’Ouest parisien
Sans aller jusque-là, les arènes du 58-60, rue Pergolèse, dans le 16e arrondissement de Paris, jouissent d’un beau succès, lié à la curiosité qu’elles suscitent. Comme la tour Eiffel, la Gran Plaza de Toros du bois de Boulogne est inaugurée en 1889. Ce polygone de 300 mètres de circonférence à toiture mobile, financé par une société d’éleveurs espagnols, construit en vingt-huit jours, peut accueillir 22 000 spectateurs et un grand orchestre. Une salle d’exposition présente des costumes de lumières, des objets et documents tauromachiques. Dès le 14 juillet, de grands noms de la spécialité ont franchi les Pyrénées et débarquent en gare des Batignolles avec chevaux, taureaux, et un aréopage de deux cents personnes. Le 10 août, jour de l’inauguration – en présence du ministre de l’Intérieur –, Adolphe Sax dirige un orchestre de 120 musiciens pour accompagner les matadors qui se succèdent. L’euphorie ne dure que quelques mois. Car si les recettes sont belles, les frais sont énormes, entre cachets des toreros et frais d’entretien des animaux. Le préfet interdisant leur mise à mort dans l’arène, ces derniers sont revendus pour quelques centaines de francs à des bouchers. Matadors et spectateurs désertent bientôt le lieu, dont la fermeture intervient le 6 novembre 1892. La société est mise en faillite et le bâtiment détruit. Mais si Paris n’accueille plus de corridas, les cercles taurins sont nombreux en France. Tout comme les aficionados, anonymes ou célèbres… Devenu libraire en 1972, M. Cluzel, qui cède sa collection dédiée à cet «art», en fait assurément partie, tout en se passionnant aussi pour Don Quichotte !

Thursday 31 December 2020 - 14:00 - Live
Salle 15 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Yann Le Mouel
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