Soulages et Senghor, liés par la poésie

On 17 December 2020, by Sophie Reyssat

En 1956, l’année de la rencontre de Pierre Soulages et Léopold Sédar Senghor, cette peinture a scellé l’amitié entre l’artiste abstrait et l’écrivain et homme politique sénégalais.

Pierre Soulages (né en 1919), Peinture 81 x 60 cm, 3 décembre 1956, huile sur toile signée et resignée, datée 12-56-1-57, 81 60 cm.
Estimation : 800 000/1 M€

© Adagp, Paris 2020

À peine l’huile avait-elle séché sur cette toile de Pierre Soulages, que Léopold Sédar Senghor l’enlevait de l’atelier du peintre pour avoir tout loisir de l’admirer. Acquise en 1956, l’œuvre arrive aujourd’hui sur le marché dans le cadre de la succession de Colette Senghor, l’épouse de l’écrivain et premier président de la République du Sénégal. Le coup de foudre ressenti par le futur académicien pour l’art du peintre abstrait tient du choc esthétique. Deux ans plus tard, il l’explicite en ces termes : « Les peintures de Soulages me rappellent toujours les peintures, voire les sculptures négro-africaines. C’est le même mépris de toute vaine élégance, la même évidence qui s’impose, la même saisie du spectateur à la racine de la vie. » On ne sait à quelle occasion les deux hommes se sont rencontrés. Initié à l’art moderne par son ami Georges Pompidou, qui l’emmène à la découverte des œuvres dans les musées et les galeries d’art, Senghor a justement pu voir celles de Soulages lors d’une exposition à la galerie de France, en 1956. Toujours est-il que ses liens avec l’artiste datent de cette année-là. À la faveur de nombreux entretiens, l’écrivain tente de percer à jour la démarche de l’artiste et la nature intime de ses œuvres, arrivant à la conclusion que la « poésie » est le fil conducteur de son travail. Il partage d’ailleurs son analyse dans un article publié en 1960. Plutôt que la pensée, c’est le bras qui guide le pinceau, la brosse, le couteau ou la lame, de Soulages, créant des formes qu’il se charge ensuite d’ordonnancer pour donner différents rythmes à ses tableaux. Ses noirs s’animent ainsi de toute une variété de nuances, dues à leur intensité comme à leur indice de réfraction de la lumière, à leur texture aussi bien qu’à leur épaisseur. Passionné par le travail de son ami, Senghor a été à l’initiative de l’exposition qui lui a rendu hommage en 1974, au Musée dynamique de Dakar. Son tableau y a naturellement figuré en bonne place. On retrouve dans cette œuvre une technique que le peintre a adoptée en 1953, délaissant ses étroites bandes continues pour tracer à la brosse de larges touches rectangulaires, juxtaposées à l’horizontale et à la verticale. Leur densité se concentre en partie haute, alors que de sombres lignes descendantes traversent le fond clair encore bien visible au bas de la composition, comme le faisaient ses brous de noix de 1947. La dynamique de l’œuvre naît de cette opposition, tandis que sa puissance tient dans la force de ses touches. Brique après brique, elles confèrent à l’œuvre l’aplomb d’une architecture.

Saturday 23 January 2021 - 15:00 - Live
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