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Sortie de crise aux Puces de Saint-Ouen

Published on , by Valentin Grivet

Nouveaux marchands, scénographies soignées, conversion au numérique… Un vent de renouveau souffle aux Puces de Saint-Ouen sur Paul Bert Serpette. Après deux années compliquées, la reprise est encourageante. En attendant le retour des étrangers.

Vue du stand Pradier-Jeauneau au marché Paul Bert. © Jérémy Pradier-Jeauneau  Sortie de crise aux Puces de Saint-Ouen
Vue du stand Pradier-Jeauneau au marché Paul Bert.
© Jérémy Pradier-Jeauneau

Le marché est resté solidaire, et la reprise est là », assure Stéphanie Duplaix, directrice générale du marché Paul Bert Serpette, centre névralgique des puces de Saint-Ouen, véritable écosystème qui compte au total onze marchés, dont Vernaison, Antica, Malassis, Dauphine et Biron… À l’approche du printemps, les allées sont animées, et les marchands, anciens ou nouveaux, semblent confiants. Pendant deux ans, il a fallu composer avec une situation inédite. « Même pendant la Seconde Guerre mondiale, le rideau n’avait pas été baissé, rappelle la directrice. Le premier confinement, puis le second, ont été des moments de stupéfaction. Nous avions un site web qui fonctionnait bien, un service de communication efficace. Nous avons veillé à accompagner nos marchands, à les protéger. Les loyers ont été exonérés à 100 % pendant la période de fermeture au public. ». Racheté en 2014 par Jean-Cyrille Boutmy (PDG du groupe Studyrama), Paul Bert Serpette réunit trois cent cinquante marchands, occupant plus de quatre cents emplacements, répartis entre allées couvertes et extérieures. Résister à la crise est une chose, réussir sa sortie en est une autre. Surtout quand, en temps normal, les étrangers représentent près de 50 % de la clientèle. Les marchands avaient déjà, pour la majorité d’entre eux, pris le pli de la vente dématérialisée. Mais la tendance s’est accentuée. Instagram est devenu un allié indispensable.
Le temps du changement
Le Covid-19 a engendré un boom sans précédent pour les ventes aux enchères en ligne. Il fallait réagir. Depuis mai 2021, les puces de Saint-Ouen ont leur propre maison de ventes aux enchères, créée à l’initiative du commissaire priseur François Bounie et de l’antiquaire Clément Anger, sous la marque Oxio. Elle est installée en face de Paul Bert Serpette. « Cela prend de l’ampleur, et permet aux marchands de vendre et d’acheter sur place », explique Stéphanie Duplaix. Ces deux années de pandémie ont par ailleurs permis de rationnaliser l’occupation des stands. Une douzaine d’antiquaires en ont profité pour partir à la retraite ; certains ont décidé de réduire la voilure, et d’autres, au contraire, de s’agrandir. C’est le cas de David Masolini (galerie GRAM), qui a désormais trois stands, soit deux à Paul Bert et un à Serpette depuis début février. « La clientèle américaine commence à revenir, et je travaille très bien avec les décorateurs », confie-t-il. Il y a une dizaine d’années, on ne comptait plus les boutiques vides. Aujourd’hui, la liste d’attente est longue, avec une équation à respecter. « Nous avons entre trente et quarante marchands qui demandent à entrer. Il faut qu’il y ait un vendeur, que le stand corresponde aux desiderata du candidat, et qu’il existe une complémentarité entre la marchandise qu’il propose et celle de ses voisins », explique Stéphanie Duplaix.

Parmi la clientèle, de nombreux trentenaires et quarantenaires, esthètes, sensibles à l’histoire des objets …

Une quinzaine de nouveaux antiquaires ont fait leur entrée à Paul Bert Serpette après le premier confinement, et une douzaine au lendemain du second, dont Olivier Chopard, et Jean-Marc Hervier, spécialiste du mobilier d’après-guerre. « Plusieurs viennent du centre de Paris, où les loyers sont ahurissants, d’autres du Canada, d’Angleterre, de Hongrie… Ici, pour 800 € par mois, les marchands sont face aux plus grands collectionneurs et décorateurs. C’est unique », poursuit la directrice. Les Puces ont rajeuni, et comptent de nombreux professionnels ayant entre 35 et 55 ans. Louis Lemoine, le plus jeune, a 20 ans. Nans Bouchet, arrivé il y a trois ans, en a 27. Ce sont de vrais entrepreneurs, qui ont monté leur société et possèdent une solide connaissance de ce qu’il vendent. Avec l’envie de partager. Fini le temps des marchands ronchons que l’on avait l’impression de déranger. « La crise nous a poussés à réinterroger notre métier. Il faut être offensif, agile, réactif », résume Aurélien Jeauneau. Installé depuis 2013, celui-ci est spécialisé en mobilier français d’après 1945, et l’auteur d’un ouvrage sur Pierre Guariche. Paul Bert Serpette est une référence, presque une marque, connue dans le monde entier. Mais ses allées étaient jusqu’ici peu fréquentées par les Parisiens. Le Covid a changé la donne. « Au printemps 2021, les musées étaient fermés, et nous étions ouverts. Les Parisiens nous ont redécouverts », souligne Stéphanie Duplaix. Il y a dix ans, les Puces étaient un marché de collectionneurs. Aujourd’hui, elles accueillent surtout une clientèle qui cherche à se meubler « intelligemment ». En son sein, de nombreux trentenaires et quarantenaires, esthètes, sensibles à l’histoire des objets, qui ont des moyens. « Nous avons beaucoup de néophytes, ce qui est très intéressant. On contribue à éduquer leur regard », confie Jérémy Pradier-Jeauneau, qui travaille en duo avec Aurélien Jeauneau. Le XXe siècle a le vent en poupe. Les années 1940-1950 séduisent toujours, mais on assiste aussi à une percée des années 1980 (sur les stands de Nans Bouchet, installé depuis trois ans à Paul Bert, ou de Remix Gallery-80’s Design, où sont proposées des pièces de Philippe Starck, Superstudio, Carlo Forcolini…). À Saint-Ouen, chaque marché a sa personnalité. Vernaison cultive avec brio le style brocante, dans les méandres de ses charmantes ruelles. À Paul Bert Serpette, la tendance est aux marchands scénographes, avec des mises en scène soignées, dignes des plus beaux magazines de déco et de design. Si les dernières semaines ont été encourageantes, les prochaines sont très attendues. Annulé en janvier, le salon Maison & Objet ouvre fin mars, suivi du PAD, début avril. Ces rendez-vous, qui attirent à Paris décorateurs et collectionneurs, devraient contribuer à dynamiser le marché. En attendant le vrai grand retour des étrangers.

à savoir
Puces de Paris Saint-Ouen, marché Paul Bert Serpette
110 rue des Rosiers, Saint-Ouen (93)
www.pucesdeparissaintouen.com
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