Sharon Santoni, l’invitée de Chatou

On 10 March 2017, by Valentin Grivet

À travers son blog, ses livres et les «Brocante Tours» qu’elle propose à une clientèle étrangère, cette Britannique se fait l’ambassadrice du savoir-vivre à la française. Rencontre avec une femme de goût, à l’occasion de la 94e foire de Chatou.

Sharon Santoni partage ses trouvailles sur son blog (en anglais) : www.sharonsantoni.com

 

Vous avez publié deux livres, vous tenez un blog et vous êtes très active sur les réseaux sociaux. Comment est venue cette envie de partager avec le plus grand nombre votre goût pour l’art de vivre français ?
C’est une amie américaine qui m’a, un jour, menée vers son blog. Je ne savais même pas ce que c’était. C’était comme m’ouvrir la porte sur une grande fête à laquelle je pouvais participer. Je me suis lancée il y a sept ans, et aujourd’hui je touche deux millions et demi de personnes chaque mois, entre mon blog et Instagram. Plus des deux tiers de mes lecteurs sont américains, mais j’en ai aussi en Australie, au Canada, et même en Mongolie ! Je vends du rêve. Je leur parle de Paris et de la campagne. Je suis anglaise, mais je vis en Normandie depuis longtemps. J’ai du recul, un regard extérieur. Les Français se plaignent beaucoup, mais ils oublient souvent de regarder la beauté de leur patrimoine, de l’architecture et des paysages. Beaucoup d’étrangers les envient.
Vous accompagnez des petits groupes sur les foires et chez les antiquaires, à l’occasion des «Brocante Tours» que vous organisez…
La brocante est en effet l’un des domaines que j’aborde sur mon blog. J’ai commencé à parler de mon goût pour les antiquités en postant des images d’objets que je dénichais dans les «foires à tout» le dimanche. Puis, petit à petit, des gens m’ont demandé de les accompagner, de les guider dans leurs découvertes. J’ai monté ces «Brocante Tours» à destination des étrangers. Nous passons une semaine ensemble pour chiner, en Normandie et en région parisienne, la foire de Chatou étant un incontournable.

Caroline Pons, foire de Chatou.PHOTO SÉBASTIEN SIRAUDEAU
Caroline Pons, foire de Chatou.
PHOTO SÉBASTIEN SIRAUDEAU

Vous connaissez bien cette foire, dont la nouvelle édition a pour thème le «style français». Quels stands retiennent particulièrement votre attention ?
J’apprécie beaucoup la galerie du Crabe, d’Yves Bouget, qui a toujours de merveilleux tableaux. Alicia de Rolland, Caroline Pons et Blandine Mandin proposent de très jolis objets de brocante, élégamment mis en scène. Behzad Ardalan est le spécialiste du kilim ancien, et pour rester dans le textile, le Grenier du Fossard et Terre d’autrefois ont du linge de maison extraordinaire. Pour le XVIIIe siècle, j’aime beaucoup le mobilier et les arts de la table proposés chez Sophie Mortoire, et pour les bijoux anciens, les stands de Geoffray Riondet, Jérôme Golay et Ambre de Chaldée. La foire de Chatou est toujours un moment privilégié. Elle réunit plus de sept cents professionnels, l’offre est extraordinaire. Les vendeurs viennent de partout. Pour moi qui fréquente Chatou depuis très longtemps, c’est toujours une occasion privilégiée de rencontrer de nouveaux marchands, de discuter avec eux, d’échanger, de partager. J’y vais plutôt en semaine, il n’y a pas trop de monde. Les visiteurs flânent, prennent leur temps. L’atmosphère, conviviale et chaleureuse, rappelle celle du marché Paul-Bert, aux puces de Saint-Ouen.
Quelles sont les grandes tendances actuelles ? Quels secteurs ont le vent en poupe, et au contraire, qu’est-ce qui ne séduit plus ?
J’ai l’impression que, pour le mobilier industriel, très apprécié ces dernières années, le pic a été atteint. Il en va de même, me semble-t-il, pour les meubles et les objets de métiers. Avoir une chaise de dentiste ou une pompe à essence, l’idée est amusante, mais une fois chez soi, on se demande parfois ce qu’on va en faire ! Aujourd’hui, l’engouement se porte davantage vers les années 1950 et 1960. Il y en a beaucoup cette année à Chatou. Les seventies reviennent aussi en force. Il y a des cycles, des modes. Mais certaines époques demeurent des valeurs sûres. Le XVIIIe reste le grand siècle du mobilier et des arts décoratifs, en particulier aux yeux des étrangers. Ce qui plaît, c’est aussi l’insolite, la surprise. Une année, à Chatou, un brocanteur avait découpé un petit avion militaire, et à partir des différents éléments, avait créé toute une gamme de mobilier, des fauteuils, un bureau très épuré à partir d’une aile… C’était magnifique.

Blandine Mandin, foire de Chatou.PHOTO SÉBASTIEN SIRAUDEAU
Blandine Mandin, foire de Chatou.
PHOTO SÉBASTIEN SIRAUDEAU

Dans quelle mesure le développement d’Internet et des réseaux sociaux a-t-il bouleversé le marché de l’antiquité et de la brocante, comment celui-ci a-t-il évolué au cours de ces dernières années ?
Aujourd’hui, tout le monde pense pouvoir tout mettre, et tout vendre sur la toile… À n’importe quel prix. Nombre de marchands maudissent le web. Mais on ne peut pas faire comme si cela n’existait pas, et Internet n’est pas forcément le diable. Pour un marchand, Instagram peut être un outil fantastique, une vitrine extraordinaire pour présenter ses objets. Mais à mon avis, cela ne remplace pas la rencontre physique entre un marchand et un client. Il faut pouvoir regarder, toucher, manipuler. Et sur un écran, la photographie peut être trompeuse. L’image doit être là pour encourager la rencontre.
L’achat d’un objet est quelque chose de personnel, de très intime. De quelle manière orientez-vous vos clients, quel type de conseils leur donnez-vous ?
Ce sont, en majorité, des visiteurs très renseignés, qui se sont documentés, qui connaissent l’histoire, les époques, les styles, et qui pour certains, ont des spécialités : les tableaux anciens, le textile, la vaisselle… Ils ont souvent des coups de cœur, sans avoir une idée précise des prix. Je suis une intermédiaire, et fréquemment une interprète, puisque la plupart ne parlent qu’anglais. Je les aide aussi à négocier, cela fait partie du jeu. Lorsque l’on est face à un objet insolite, je leur explique ce dont il s’agit, à quoi il a pu servir. J’attire aussi leur attention sur l’état de conservation. J’essaie d’être une «bonne amie». Je conseille également des professionnels, qui ont des recherches précises. Dans ce cas, je cible l’itinéraire en fonction des adresses qui pourraient les intéresser.

Vous avez récemment innové en proposant My French Stylish Box, des «Brocante Box» vendues par correspondance…
Ce sont des coffrets surprise, dont la thématique accompagne les saisons. C’est un peu un acte de foi de les acheter, car on ne sait pas ce qu’il y aura à l’intérieur. J’inclus des objets de marques françaises que j’aime bien, que je connais depuis longtemps ou que j’ai pu découvrir récemment. Uniquement du made in France, pour une clientèle essentiellement féminine, des femmes qui ont un budget pour elles et pour leur maison. Je leur promets des œuvres originales, et des petits objets de brocante que j’ai chinés.


À VOIR
Foire de Chatou, île des Impressionnistes, 78400 Chatou du 10 au 19 mars 2017.
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