Séraphine, angélique naïveté

On 30 June 2021, by Christophe Provot
 

Une vie pour l’art : telle fut celle de Séraphine Louis-Maillard (1864-1942), figure majeure de l’art naïf, popularisée en 2008 par le film Séraphine de Martin Provost. Expert et auteur des catalogues raisonnés de Charchoune et d’Ozenfant, Pierre Guénégan signe le tout premier consacré à l’œuvre de l’artiste, avec la contribution de plusieurs spécialistes et historiens de l’art. Divisé en quatre parties, l’imposant ouvrage présente un premier volet biographique très complet, retraçant la vie tourmentée de Séraphine Louis, simple servante, et son rapport au sacré : solitaire, considérée comme une « originale » par les Senlisiens, elle disait communiquer avec les anges qui lui inspiraient ses peintures. Sa rencontre avec Wilhelm Uhde, vers 1912-1913, va s’avérer déterminante. Le rôle de ce « marchand d’art allemand », comme il aimait à se désigner lui-même, est ici longuement étudié, dans ses aspects négatifs autant que positifs. Plus scientifique, la deuxième partie s’intéresse à la pathologie dont souffrait Séraphine. Des extraits de la thèse que lui a consacrée le docteur Marie-Amélie Ortas-Peretti en 1964, Séraphine, peintre aliénée, les recherches du professeur Patrick Martin-Mattera, auteur de L’Art pour contrer la folie - Séraphine de Senlis, sans rivâle (sic), et du docteur Olivier Boitard apportent un éclairage particulier sur la personnalité complexe de Séraphine Louis. Inédites, la transcription et la reproduction des lettres, écrites depuis l’asile de Clermont, dans l’Oise, où elle fut internée, complètent ce portrait particulièrement fouillé. Vient enfin le catalogue raisonné lui-même, recensant toutes ses œuvres connues : un peu plus d’une centaine, sur le corpus supposé d’environ quatre cents peintures probablement réalisées par Séraphine. La publication de cet ouvrage permettra peut-être d’en redécouvrir certaines. Richement illustré et documenté, il devrait en tout cas combler non seulement les amateurs de l’œuvre de Séraphine de Senlis, mais tous ceux qui s’intéressent à l’art autodidacte.

Pierre Guénégan, Séraphine, catalogue raisonné de l’œuvre peint, éditions Lanwell & Leeds Ltd, bilingue français-anglais sous coffret, 396 pages, 120 €.
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