Seizo Sougawara. Maître laqueur d’Eileen Gray

On 28 November 2019, by Anne Foster
 
Qui était Sougawara (également orthographié Sugawara), nom connu des collectionneurs de meubles et objets créés par Eileen Gray ? Comment est-il arrivé à Paris ? Qu’a-t-il fait après sa collaboration avec la designer irlandaise ? Autant de questions auxquelles répond cette première biographie française signée Alexandra Jaffré, historienne de l’art spécialiste des arts décoratifs du XXe siècle. Se basant sur deux ouvrages récemment publiés au Japon et sur des archives publiques et privées, notamment des correspondances traduites du japonais, l’auteur suit l’itinéraire de ce maître laqueur. Originaire de Sakata, Seizo Sougawara (1884-1937) travaille pour une manufacture de mobilier et d’objets bouddhiques laqués, formation qu’il poursuit, à partir de 1900, dans la section «laque» de l’École des beaux-arts de Tokyo. La pratique de cet art demande un long apprentissage, une maîtrise technique absolue. L’enseignement selon les traditions de cette discipline majeure au Japon lui permet d’accompagner son professeur Nobutaro Tsujimura (1867-1929) à Paris pour se familiariser avec les techniques occidentales auprès de l’orfèvre Lucien Gaillard, avec un échange sur la pratique nippone. La rencontre d’Eileen Gray est décisive. Il devient son professeur de laquage à partir de 1907-1908 et, en juillet 1910, ouvre avec elle un atelier : leur collaboration durera jusqu’en avril 1927. La 8e édition du Salon des artistes décorateurs, au pavillon de Marsan en 1913, marque le début de leur succès, leurs œuvres attirant l’attention et les commandes de Jacques Doucet. La décoration complète de l’appartement de la modiste Juliette Mathieu-Lévy occupe ensuite l’atelier. Des polisseuses sont engagées, dont Marcelle Salvador, qui devient l’épouse du laqueur en 1924. Sougawara réalise également des sculptures exposées à la galerie Jean Désert, fondée par Eileen Gray, ainsi qu’à quelques salons : un rare exemple en était vendu le 8 mars dernier à Drouot par la maison Gros & Delettrez, adjugé 104 000 € (voir l'article Un Japonais peut en cacher un autre de la Gazette no 10 du 15 mars, page 126). On découvre ainsi la vie de la communauté japonaise à Paris, les fêtes, les expositions et les promenades dans la capitale et ses environs. Après la fermeture de la galerie Jean Désert et celle de l’atelier de laque, il sera embauché chez Henri de Rothschild, à Chantilly, où il décédera le 13 avril 1937, à 53 ans.
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