Seif Wanly, un peintre égyptien à Florence

On 08 July 2021, by Caroline Legrand

De l’Égypte à l’Italie en passant par la France ou l’Espagne, Seif Wanly a élaboré un style éminemment personnel mariant sa culture avec les mouvements d’avant-garde picturale européenne. Découverte d’un artiste unique.

Seif Wanly (1906-1979) Florence, 1952, huile sur Isorel, 50 61 cm (détail).
Estimation : 15 000/18 000 

Située dans le quartier de San Frediano, à Florence, sur la rive sud de l’Arno, en face de la célèbre église San Salvatore in Ognissanti aux superbes fresques de Ghirlandaio et Botticelli, la rue d’Onofrio a semble-t-il laissé de vibrants souvenirs à Seif Wanly. Le peintre égyptien retranscrit ses grands murs crépis et colorés et son inclinaison dans une composition à la vertigineuse perspective. Son maître, le peintre italien Ottorino Bicchi (1878-1949), lui a sans doute décrit à maintes reprises les rues de la cité toscane durant son apprentissage à Alexandrie avant qu’il ne les découvre par lui-même quelques années plus tard. Bien que son père soit d’origine turque et sa mère caucasienne, c’est bien en Égypte que Wanly a grandi et passé la majeure partie de sa vie. Il est d’ailleurs l’un des acteurs majeurs de la transition de l’art égyptien vers la modernité. Élevé dans un milieu francophone et aisé, il travaille comme fonctionnaire aux archives douanières quand Bicchi installe son atelier en 1929 à Alexandrie. Il s’inscrit rapidement à ses cours en compagnie de son frère Adham. Durant cinq années, le peintre de Livourne initie les deux jeunes hommes aux avant-gardes picturales, notamment au futurisme – mouvement alors central en Italie – ainsi qu’au cubisme. Seif Wanly réussira, au fil des années, à opérer une synthèse de ces deux styles dans des compositions très personnelles, aux lignes angulaires, aux teintes vives et aux formes colorées et géométriques, le tout s’unissant avec délicatesse et élégance sur fond de culture égyptienne. Créé en 1934 avec son frère, mais aussi Ahmad Fahmi ou encore le cinéaste Mohammed Bayoumi, son atelier devient un lieu incontournable pour tous les artistes et intellectuels du pays. Les années 1950 sont celles des voyages pour le peintre, qui séjourne en Italie, en France, en Yougoslavie, en Pologne, en Russie et en Espagne. Il en rapporte, comme en témoigne cette peinture de 1952, de nombreux paysages, et travaille à des décors de ballets, d’opéras et de théâtre. Nommé professeur en 1957 au sein de la toute nouvelle école des beaux-arts d’Alexandrie, Seif Wanly devient l’une des figures majeures de la peinture de son pays. Il sera même choisi pour recenser le patrimoine de la Nubie antique, avant l’inondation et le déplacement de ses populations dus à la construction du barrage d’Assouan en 1960. Il peindra à cette occasion de superbes toiles décrivant la vie dans ces villages traditionnels et séculaires. La mort de son inséparable frère Adham en 1959, l’année même où il reçoit le premier prix de la Biennale d’Alexandrie, le marque profondément. Cela se perçoit dans son travail à travers l’apparition de couleurs plus sombres. Seif poursuit néanmoins son activité et c’est en Suède, à Stockholm, en 1979, qu’il meurt, alors qu’il prépare une exposition de ses paysages scandinaves. Le souvenir des frères Wanly est resté fortement ancré dans la mémoire des Égyptiens. Un musée leur est dédié, au sein de la villa Mahmoud Saïd à Alexandrie.

Saturday 17 July 2021 - 14:30 - Live
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