Ségolène Royal en son pavillon de porcelaine

On 14 October 2016, by Vincent Noce
  

Le 27 juillet dernier, Ségolène Royal s’est rendue à Versailles pour voir l’exposition d’Olafur Eliasson. À la fin de son passage, elle eut ce petit mot : «Vous ne trouvez pas que Versailles rime avec Royal ?» Comme les personnes présentes prirent un air aussi surpris qu’atterré, elle reprit son bon mot : «Mais si, voyons, Royal cela rimerait bien avec Versailles, n’est-ce pas ?» Il n’en fallut pas plus pour que naquît la rumeur qu’elle guignait le poste de Catherine Pégard. Et tout le monde de remarquer que la ministre de l’Environnement ne ratait pas un vernissage, dès lors que les mots paysage, animaux ou mer y figuraient… sans compter ses visites au Mont-Saint-Michel, où le genre du ministre de la Culture se fait rare. De hauts responsables ont confié qu’elle semblait en effet avoir songé à un séjour au château, mais sans être en tête de liste. Façon pudique d’avouer qu’un tel choix susciterait un beau scandale, même si elle pouvait se targuer du précédent de la nomination de Catherine Pégard, qui n’avait d’autre légitimité à l’époque que d’avoir été journaliste au Point avant de devenir conseillère de Nicolas Sarkozy. Depuis, elle a su s’imposer. Cela n’a pas empêché le gouvernement de passer l’été à chercher des successeurs potentiels, avant de se rendre à la raison. La reconduction de Catherine Pégard aurait même été accélérée de crainte que l’hypothèse d’une candidature de Ségolène ne fût rendue publique, ce qui aurait été du plus bel effet en période pré-électorale. Peut-être la rumeur était-elle exagérée, mais le gouvernement ne peut s’en prendre qu’à lui tant il a passé son temps à recaser ses amis et collaborateurs dans le secteur culturel. On aurait déjà apprécié que Ségolène Royal manifeste davantage son intérêt pour les arts au gouvernement. Quand elle a tenu une communication sur le paysage, elle n’a pas cru bon bon d’associer la Culture et le patrimoine.

Ségolène Royal n’a pas non plus songé à se rapprocher de la Culture quand elle a décrété en août l’interdiction du commerce ou du transport de tout objet en ivoire.

Après une bataille qui a tout de même permis de protéger les secteurs sauvegardés, elle a signé cet été un décret qui permettra un enlaidissement des habitations anciennes, sous prétexte d’isolation thermique. Elle n’a pas non plus songé à se rapprocher de la Culture quand elle a décrété en août l’interdiction du commerce ou du transport de tout objet en ivoire. Cette absence de réflexion sur le fond et de coopération interministérielle s’était déjà manifestée lorsque Michel Sapin, sans consulter la Culture ou l’Élysée, avait fait mine de formuler les mêmes interdictions frappant tout bien culturel syrien ou irakien, quelle que soit sa date d’introduction en France, sans considération pour la loi internationale. Un monde sans les «racines du ciel» serait un monde bien vide. Mais on voit mal le sort de ces grands fauves s’améliorer en dissimulant les ivoires tournés à Nuremberg au XVIe siècle. Prêter, analyser ou restaurer un objet d’art ou un meuble vont devenir un casse-tête. Des «dérogations exceptionnelles» peuvent être demandées aux préfets (qui n’ont sans doute pas assez de travail) ; mais, faute de réponse dans les quatre mois, la demande est considérée comme rejetée. Le piano de la grand-mère assigné à résidence. Les éléphants peuvent dormir tranquilles.

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