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Rodrigo Basilicati-Cardin, dans les pas du couturier

Published on , by Éric Jansen

A la mort de Pierre Cardin, son petit-neveu a repris les rênes de la société et de ses innombrables activités, tant économiques que culturelles. Il nous livre sa vision pour le futur.

Rodrigo Basilicati-Cardin, dans les pas du couturier
© Pierre Cardin Évolution

Le 29 décembre 2020, Pierre Cardin s’est éteint à l’âge de 98 ans. Si la succession risque de prendre du temps entre la vingtaine d’héritiers, l’avenir de la société est assuré par Rodrigo Basilicati-Cardin. Pour l’instant, l’objectif est de ne rien changer, mais de faire évoluer la marque. Première étape : un défilé hommage le 28 janvier, avec la présentation d’une nouvelle collection. 
On vous présente souvent comme le neveu de Pierre Cardin, mais en fait vous êtes son petit-neveu…
Oui, je suis le fils de sa nièce qui est la fille de son frère Erminio. À l’origine, la fratrie se montait à treize et Pierre Cardin était le dernier. Avec Erminio, ils avaient une dizaine d’années de différence, mais ils étaient restés proches. Un jour, en juin 1995, Pierre a invité mon grand-père à Trévise où il avait été fait citoyen d’honneur et organisait un défilé en remerciement. Mon grand-père vivait à Padoue, à quelques kilomètres de là. Il a accepté l’invitation, mais comme il ne souhaitait pas conduire, il m’a demandé de l’y emmener. À l’époque, j’habitais chez lui. J’avais 25 ans. C’est comme ça que j’ai rencontré pour la première fois mon grand-oncle.
Vous ne vous destiniez pas spécialement à travailler dans la mode ?
Non. Après un baccalauréat scientifique, j’ai suivi des études en ingénierie civile à l’université de Padoue, dont j’étais sorti diplômé quelques années auparavant. Parallèlement, j’avais étudié le piano au conservatoire de musique, puis durant trois ans à l’académie de musique Franz-Liszt de Budapest, et je commençais une carrière de concertiste. Sans renoncer à dessiner du design. Quand je lui ai expliqué tout cela, Pierre a été très intéressé. Rappelez-vous qu’il était également passionné par l’architecture et la musique. Deux ans plus tard, il est venu voir une exposition de dessins que j’avais organisée dans une villa palladienne, à côté de Venise. Il a été séduit par la façon dont j’avais disposé les choses, et m’a dit que je devrais venir à Paris faire de la mise en scène. Je ne savais pas qu’il avait un théâtre. Après quelques mois de réflexion, j’ai accepté sa proposition.
Voyait-il en vous le fils qu’il n’avait pas eu ?
Maintenant que je repense à ces voyages qu’il a faits pour me voir alors qu’il avait tellement de choses à gérer, je me dis qu’il y avait sans doute un attachement. Le lendemain de mon exposition, il m’a proposé d’habiter dans son palais à Venise et, quelques mois plus tard, il y a installé un piano car il ne voulait pas que j’abandonne l’instrument à cause de lui.
Vous a-t-il donné rapidement de vraies responsabilités ?
J’ai commencé par m’occuper d’une source d’eau près de Florence, qui produit l’eau minérale Maxim’s, puis il m’a confié la licence des lunettes. Dès 2000, j’étais administrateur de différentes sociétés du groupe Pierre Cardin, basées en Italie. J’ai également dirigé à l’étranger des productions artistiques issues du théâtre de l’Espace Pierre Cardin, et j’étais présent dès la création du festival de Lacoste. Côté design, j’ai créé une collection de mobilier en 2003, dans le même esprit que les « sculptures utilitaires » initiées par Pierre dans les années 1970. Enfin, en qualité d’ingénieur, j’ai suivi le projet architectural du « Palais Lumière », cette tour de 255 mètres de hauteur que Pierre Cardin voulait construire à Marghera, le port industriel de Venise. On se souvient de la polémique, mais c’était à 9,6 kilomètres de la place Saint-Marc ! Cinq ans de travail. On avait toutes les autorisations et au dernier moment, Rome s’y est opposée.


 

Le Palais Bulles, édifié entre 1979 et 1984 à Théoule-sur-Mer, dans le massif de l’Esterel. © Photo Louis-Philippe Breydel
Le Palais Bulles, édifié entre 1979 et 1984 à Théoule-sur-Mer, dans le massif de l’Esterel.
© Photo Louis-Philippe Breydel

Votre vie bascule véritablement en 2018 ?
Je venais le voir tous les quinze jours, pour régler les affaires en cours. Quand il m’a nommé directeur général du groupe en 2018, c’était une surprise. Il n’y en avait jamais eu auparavant. J’ai alors songé à prendre son nom, qui est celui de ma mère. J’ai demandé à Pierre ce qu’il en pensait. Il m’a dit qu’il en serait très fier. Je suis allé à la mairie de Trévise et j’ai fait toutes les démarches administratives. Je m’appelle officiellement Basilicati-Cardin.
Pierre Cardin meurt le 29 décembre 2020. Une date qui n’est pas anodine pour vous…
Certes, c’était le jour de mes 50 ans ! Le médecin nous a appelés à l’aube pour nous avertir. Je suis arrivé à l’hôpital américain avec d’autres cousins…
On parle d’une vingtaine d’héritiers. Est-ce correct ?
Oui, ce qui complique un peu les choses car je suis le seul aux commandes de la société, mais j’explique régulièrement ce que je souhaite faire. Je me ferai aider pour ça et, avec le temps, ils verront les résultats et ce sera plus simple.
La succession est toujours en cours ?
Il y a eu quelques mois d’inventaire et nous avons finalisé toutes les démarches. On y trouve beaucoup d’immobilier, accumulé en soixante-dix ans par notre oncle. On va continuer à en exploiter une partie.
Allez-vous vendre le Palais Bulles ?
Non, c’est l’image de Cardin, comme le château de Lacoste où je maintiens le festival. En revanche, il y a une cinquantaine de maisons dans les alentours. Pierre adorait acheter et restaurer, on partait tous les week-ends pour des rendez-vous de chantiers. Cela pourrait devenir un hôtel sous forme de hameau.
Et Maxim’s ?
Nous l’avons restauré et nous le relançons avec un nouveau chef, Nicolas Castelet, qui doit redonner au restaurant sa réputation gastronomique. On dit que Cardin a détruit Maxim’s, mais le décor est inscrit à l’inventaire des Monuments historiques depuis 1979. On l’a redécoré avec des objets provenant du musée Art nouveau qui se trouve dans les étages au-dessus. Les banquettes rouges sont aussi revenues, pour la plus grande joie des anciens habitués. Dans un avenir proche, on va également faire revivre L’American bar, au premier étage, afin qu’il devienne un point de chute naturel pour prendre un verre.


 

Les créations de mode et de design du couturier seront bientôt réunies dans un musée avenue de Marigny.
Les créations de mode et de design du couturier seront bientôt réunies dans un musée avenue de Marigny.


Que va devenir le musée Art nouveau ?
Pour l’instant, on ne le touche pas. La collection appartient à la famille. La question de la vendre n’est pas à l’ordre du jour, mais on verra. Pierre aimait l’art nouveau car en 1900 c’était novateur, et il a toujours été passionné par la nouveauté.
Et quid d’un musée Pierre Cardin ?
Nous allons l’installer dans l’immeuble de l’avenue de Marigny. De grands travaux vont commencer. Nous refaisons la boutique et à l’étage se trouvera le musée Pierre-Cardin, avec ses créations depuis 1951. L’entrée se fera rue du Cirque. L’ouverture est prévue pour Noël 2022.
N’y avait-il pas aussi un projet à Houdan ?
Absolument. Pierre était tombé amoureux d’une ancienne laiterie, de plusieurs milliers de mètres carrés, qu’il voulait transformer en centre culturel. L’idée n’est pas abandonnée, mais nous cherchons un partenaire.
Qu'en est-il, enfin, de la mode ?
Je la relance ! J’organise un défilé le 28 janvier à 19 h au musée de l’Air et de l’Espace du Bourget, avec cent cinquante modèles totalement nouveaux, qui réuniront haute couture et prêt-à-porter, femme et homme. Certaines pièces ont été imaginées par Pierre Cardin peu de temps avant sa mort. Les autres ont été dessinées par le studio, qui compte quatre stylistes et moi-même.


À un moment, Pierre Cardin disait qu’il était prêt à vendre si on lui donnait un milliard d’euros… Que vaut aujourd’hui le groupe ? On parle de cinq cents millions ?
Plus qu’on le pense et bien moins qu’on l’imagine, comme il aimait à le dire lui-même…
Les licences sont toujours le nerf de la guerre ?
En effet, nous en avons plus de trois cents, dans une centaine de pays, et nous allons en prospecter de nouvelles.

 

Rodrigo
Basilicati-Cardin

en 5 dates
1995
Première rencontre
avec Pierre Cardin
2000
Dirige sa première société
au sein du groupe
2003
Première exposition de ses meubles
2013
Présentation du projet
Palais Lumière à Venise
2020
Le jour de ses 50 ans,
décès de Pierre Cardin
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