Riesener, un ébéniste qui ferme ses coiffeuses en un tour de clé

On 18 February 2021, by Caroline Legrand

Maître du mobilier néoclassique, Riesener a su se distinguer par des meubles mécaniques ingénieux et originaux… fruits de commandes prestigieuses.

Jean-Henri Riesener (1734-1806), coiffeuse à mécanismes d’époque Louis XVI, en acajou et placage d’acajou marqueté de fins filets bicolores, bronzes dorés, 78 98 55 cm (détail). 
Estimation : 10 000/15 000 

Tout le monde en raffolait ! Précieux et ingénieux, les meubles à mécanismes connurent un bel engouement sous les règnes des rois Louis XV et Louis XVI. Portés par ce siècle des Lumières qui vit le développement des sciences, notamment de l’horlogerie, ils prirent place au cœur des commandes les plus prestigieuses passées aux marchands merciers et aux ébénistes. Dans les années 1750, le maître en la matière se nomme Jean-François Oeben. Il réalise tout d’abord une table « à la Bourgogne » pour le petit-fils handicapé de Louis XV, dont le titre de duc de Bourgogne donna son nom à ce type de meuble mécanique ; il invente ensuite le célèbre bureau à cylindre du roi Louis XV de Versailles. Cet ouvrage a nécessité à l’ébéniste et à son apprenti Jean-Henri Riesener neuf années de travail, de 1760 à 1769. Le défi ? La mise au point de son système complexe d’ouverture et de fermeture en un seul tour de clé. Le système totalement invisible et automatique, sans aide manuelle, demanda aux deux hommes moult réflexions et expérimentations… pour un coût de plus de dix mille livres. Eurêka ! Riesener trouve la solution, avec un jeu de poids et de contrepoids… et l’élève dépasse le maître ! Avant son décès, en 1763, Oeben le choisit naturellement pour prendre la suite de son atelier de l’Arsenal. Reçu maître en 1768, Riesener commence alors à apposer sa propre estampille sur ses meubles. Sa réputation grandit et, en 1774, au moment de l’arrivée au pouvoir de Louis XVI, il succède à l’ébéniste du roi Gilles Joubert. Durant dix années, Riesener livrera pour 938 000 livres de meubles au Garde-Meuble de la Couronne. Si madame de Pompadour adore les tables mécaniques de Oeben, la reine Marie-Antoinette, elle, raffole des coiffeuses à combinaisons… S’ouvrant par trois volets sur le dessus pour découvrir sur les parties latérales des compartiments pour les flacons et accessoires de toilette, et par des tiroirs en façade dont un fait office d’écritoire, ce modèle pourrait ainsi être rapproché de deux autres, dits « de campagne », conservés à Versailles : l’un dans le petit appartement de la reine Marie-Antoinette, au rez-de-chaussée sur la cour de marbre (pour lequel il fut livré en 1784), l’autre au Petit Trianon. Ces toilettes, plus simples que d’autres dans leur marqueterie, sont tout aussi élégantes avec leur placage d’acajou, inspiré de la mode anglaise, et leurs bronzes discrets soulignant des lignes épurées. Notre coiffeuse se distingue de ces deux exemples par des caissons plus importants, et surtout par son miroir au mécanisme bien plus complexe. Celui-ci n’est pas simplement apposé sur le volet, mais tenu par un mécanisme métallique à deux barres croisées coulissantes, qui soutiennent une plaque à crémaillères permettant de régler en hauteur le miroir. Une amélioration née de l’ingéniosité de Riesener, qui dessinait et réalisait lui-même ses meubles, mais aussi rendue possible par l’organisation même de son atelier, tout comme Oeben, l’« ébéniste-mécanicien du roi », l’avait voulue avant lui. Évoluant hors du système corporatif, il possédait ainsi dans son atelier une forge pour le fer (serrures, compas, mécanismes secrets…) et un four pour les bronzes. Un meuble d’exception par un créateur d’exception.

Saturday 27 February 2021 - 02:30 - Live
Lyon - Hôtel des ventes, 70, rue Vendôme - 69006
De Baecque et Associés
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