Riches et célèbres

On 25 February 2020, by Sylvain Alliod
 

Du journaliste Jean-Gabriel Fredet, on se souvient du livre paru en 2017 sur le marché de l’art contemporain. L’ouvrage arborait un titre décapant, Requins, caniches et autres spéculateurs et, loin d’être un pamphlet, se révélait une véritable enquête, précise et fourmillante d’informations, susceptibles d’en apprendre, même aux mieux informés. L’auteur récidive en restant dans la sphère contemporaine, mais en s’attaquant à deux mégacollectionneurs, concurrents aussi bien en affaires que dans les grandes foires internationales, François Pinault et Bernard Arnault. Leurs biographies sont détaillées et instructives, opposant un autodidacte intuitif, aventureux et jouisseur à un grand bourgeois calculateur, discret et éternellement insatisfait. Le premier a fini par bâtir un empire du luxe, attiré par les marges exceptionnelles que le secteur dégage, le second ayant, après une hasardeuse aventure américaine, d’emblée opté pour ce très lucratif segment, au point d’en faire l’un des hommes les plus riches du monde. Si, du côté du style, tout les oppose, ils se retrouvent, selon l’auteur, sur un point : un amour de l’art non exempt de préoccupations mercantiles, la création contemporaine apparaissant comme l’un des moteurs de leur business, le mariage entre l’art et la mode permettant de vendre toujours mieux. L’ouvrage détaille les circonvolutions qui ont poussé l’un à créer la Pinault Collection – avec un éclairage intéressant sur le faisceau de raisons qui a poussé à l’abandon du projet de l’île Seguin – et l’autre une fondation d’entreprise, outil culturel, autant que promotionnel, et formidable machine à défiscaliser. Point commun de ces deux structures : le flou sur la frontière entre collection personnelle et celle de l’institution… Entre passion, bataille d’ego, stratégie d’acquisition, politique d’image, entregent, noms et rôle des conseillers, disgrâces, coups bas, affaires chipées au nez et à la barbe de l’un ou de l’autre, anecdotes savoureuses, l’ouvrage est riche, intéressant et agréable à lire. Un petit bémol concernant certaines petites imprécisions, à l’instar de la maison de ventes Trajan… Enfin, l’entrée en piste de Patrick Drahi, en toute fin de parcours, laisse augurer d’une possible redistribution des cartes au plus haut niveau.

Jean-Gabriel Fredet, La Guerre secrète des milliardaires de l’art, éditions de L’Observatoire, 352 pages, 21 €.
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