Renoir, le plaisir de peindre

On 21 February 2019, by Anne Foster

Tous les sujets procurent une joie intense chez Renoir : portraits, paysages et natures mortes ; ces dernières animant même de grandes compositions comme Le Déjeuner des canotiers. Elles forment également le motif de tableaux de chevalet.

Pierre-Auguste Renoir (1841-1919), Nature morte, fleurs, oranges et citrons, huile sur toile, 54,5 65,5 cm.
Estimation : 400 000/500 000 €

Dès le premier regard, le spectateur participe à la jouissance de l’artiste qui, d’une modeste nature morte, fait un tableau «pour décorer les murs […] le plus riche possible». Il dispose pour notre régal des oranges et des citrons, certains avec leurs feuilles, sur une nappe blanche, elle-même superbe morceau de peinture. Des fleurs jaillissent d’un vase boule, jouxtant harmonieusement une carafe et une bannette en faïence à décor indigo. Cette composition semble intriguer un homme barbu regardant par-dessus son épaule. En fait, cette figure d’Hercule vêtu de la peau du lion de Némée fait partie d’une tapisserie. Cet élément suggère que Renoir nous entraîne chez un des ses riches collectionneurs comme les Charpentier et Bérard. La nature morte est un genre qu’il affectionne depuis ses débuts, en témoigne celle avec un arum et des fleurs, peinte en 1864 et conservée aujourd’hui à Hambourg. Ou le plus automnal bouquet de fleurs, vibrant de couleurs, de 1869 (Museum of Fine Arts, Boston) peint aux côtés de Monet. Il confie quelques années plus tard à Georges Rivière : «Cela me repose la cervelle de peindre des fleurs […] Quand je peins des fleurs, je pose des tons, j’essaye des valeurs hardiment.» Figurant avec de nombreux envois aux expositions impressionnistes des années 1870, Renoir cherche à renouer avec la peinture de genre du XVIIIe siècle ; ainsi, une élégante jeune femme dans son intérieur semble contempler une cage à oiseaux, entourée de fleurs en pots. Durand-Ruel commence à lui acheter des tableaux, l’inclut dans des expositions à l’étranger. Le cercle de ses collectionneurs s’agrandit : Duret, Choquet, Ephrussi… En 1879, il renonce à exposer avec ses amis, admis au salon probablement grâce à l’appui de l’éditeur Georges Charpentier ; le Portrait de Madame Charpentier et de ses enfants y figure en bonne place. La décennie suivante, il voyage en Italie, en Algérie, et sillonne les provinces françaises ; il séjourne fréquemment dans le manoir de style Louis XIII du banquier et diplomate, Paul Bérard (1833-1905), à Wargemont près de Dieppe. Il y peint ses enfants dans un salon où une table, recouverte d’un tapis, est encadrée par des rideaux à décor de rinceaux fleuris, et d’une plante en pot sur le rebord de la fenêtre. Cette nature morte improvisée réchauffe la palette de bleus, blanc et ivoire. Paul Durand-Ruel lui offre en 1892 une importante rétrospective. Le marchand avait acquis le 23 novembre 1898 cette Nature morte, gage de fidélité à un genre où il pouvait exprimer sa joie de peindre. «Pour moi, un tableau, disait-il à Albert André, puisque nous sommes forcés de faire des tableaux de chevalet, doit être une chose aimable, joyeuse et jolie, oui jolie.»

Welcome La Drouot Gazette offers you 4 Articles.
You still have 3 article(s) left to read.
I subscribe