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La Gazette Drouot Art et patrimoine - Opinion

Rendez à Constantin...

On 08 June 2018, by Vincent Noce

Récemment, à l’Unesco, l’historienne des collections Bénédicte Savoy a plaidé pour des restitutions des œuvres d’art aux pays africains. Avec l’écrivain…

Rendez à Constantin...
Doigt en bronze, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines du musée du Louvre. 
© RMN-Grand Palais, Hervé Lewandowski

Récemment, à l’Unesco, l’historienne des collections Bénédicte Savoy a plaidé pour des restitutions des œuvres d’art aux pays africains. Avec l’écrivain et économiste sénégalais Felwine Sarr, elle a été appelée par Emmanuel Macron, de retour de sa tournée en Afrique de l’Ouest, à ouvrir une réflexion sur cette question, dont elle doit lui rendre compte en novembre.  Parallèlement, dans un rapport sur la restitution des biens provenant de la spoliation nazie (dont on attend toujours la publication), un haut fonctionnaire de la Culture, David Zivie, a recommandé de simplifier la procédure de sorties d’œuvres des collections publiques. Françoise Nyssen a repris ce vœu devant les ministres et délégués africains à l’Unesco.  Profitant de l’incurie et de la désorganisation régnant rue de Valois, le ministère de la Culture sort les sacs de sable. Beaucoup en son sein redoutent l’ouverture d’une boîte de Pandore, allant d’une démultiplication des revendications (que faire du musée chinois de Fontainebleau ?) au retour de la question des cessions d’œuvres superflues des musées. Dans l’atmosphère ouverte par le président de la République, ce débat va inéluctablement s’amplifier. Comme l’a amplement illustrée la tension palpable à l’Unesco, ces disputes se crispent sur des dogmes idéologiques et des arrière-pensées nationalistes, qui risquent d’empêcher d’aborder en profondeur cette histoire commune.

Les disputes sur les restitutions se crispent sur des dogmes idéologiques qui risquent d’empêcher d’aborder en profondeur cette histoire commune.

La très jolie découverte du doigt de l’empereur Constantin dans les réserves du Louvre pourrait-elle contribuer à trouver des solutions plus pacifiques ? Rappelons les faits : Aurelia Azema, qui travaille aujourd’hui au laboratoire de recherche des musées de France, avait émis, dans une thèse de doctorat en cours, l’hypothèse qu’un grand doigt en bronze du Louvre pouvait être l’index manquant de la statue colossale de Constantin. Depuis la fin du XVe siècle, le Capitole possède une tête, une boule ainsi que la main gauche, issus des collections papales, d’une statue en bronze doré de l’empereur, qui devait faire une douzaine de mètres de haut. La longueur du doigt du Louvre correspond à une effigie de cette taille. Grâce à un programme de modélisation qu’il a mis au point, le laboratoire a réalisé une réplique en 3D en résine de l’index, qui a été posé le 17 mai sur la main du musée de Rome. Et elle concorde parfaitement, jusqu’au moindre sillon.  Le doigt, lui, provient de la collection Campana, à laquelle le Louvre prévoit de rendre hommage l’hiver prochain. Ses conservatrices ont demandé à Rome le prêt de la main de la statue. Sera-t-il possible d’aller de l’avant ? Le Louvre ne devrait-il pas trouver le moyen de rendre le doigt à cette main impériale ? Par sa spontanéité et sa générosité, un tel geste aurait d’autant plus de valeur que la plupart des restitutions sont obérées par une origine conflictuelle. La formule juridique resterait à trouver, mais ce serait un beau geste, a contrario du repli nationaliste qui est en train d’infester l’Italie et l’Europe. Dans cette époque de mesquineries et d’acrimonie, les musées devraient être d’autant plus enclins à prendre de la hauteur.

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