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Renaissance, villages et églises

On 08 February 2018, by Vincent Noce

Avec «François Ier et l’art des Pays-Bas», le Louvre vient de fermer une exposition de référence (voir Gazette 2017, n° 38, page 223), combinant une approche scientifique avec un succès de fréquentation (120 000 visiteurs). En reprenant les découvertes des dernières décennies, entraînées notamment par Michel Laclotte, Cécile…

Renaissance, villages et églises
Maître de Dinteville, La légende de Sainte-Eugénie, Varzy, Mairie
© Conseil départemental de la Nièvre / Emmanuel Darnault

Avec «François Ier et l’art des Pays-Bas», le Louvre vient de fermer une exposition de référence (voir Gazette 2017, n° 38, page 223), combinant une approche scientifique avec un succès de fréquentation (120 000 visiteurs). En reprenant les découvertes des dernières décennies, entraînées notamment par Michel Laclotte, Cécile Scailliérez a fait le point sur l’apport d’artistes aussi remarquables que Noël Bellemare ou un certain Bartholomeus, aussi appelé le maître de Dinteville, du nom d’un évêque commanditaire. Répondant à une politique voulue par Jean-Luc Martinez, le parcours s’illustrait aussi par ses panneaux et cartels explicatifs, prolongés par un catalogue très érudit.  Cette manifestation a aussi le mérite d’avoir mis en lumière un patrimoine sacré insuffisamment connu et apprécié. Bien qu’elle ait constitué l’événement de la saison parisienne, ni Libération, ni Le Monde n’ont cru bon de la mentionner. On ne sait si cette omission serait tout simplement due à la paupérisation des services culturels des rédactions parisiennes, ou bien s’il faudrait y percevoir une appréhension, hélas coutumière, à traiter d’une période mêlant histoire et religion.  Car le Louvre a su à cette occasion nous rappeler la richesse du patrimoine pictural qui reste accroché dans nos églises en dépit des vicissitudes des siècles. Nombre de ces œuvres noircies sont malheureusement enfermées dans la pénombre de chapelles, derrière des grilles cadenassées, sans la moindre indication sur l’artiste et son sujet.

Nombre de ces œuvres noircies sont malheureusement enfermées dans la pénombre de chapelles, derrière des grilles cadenassées, sans la moindre indication sur l’artiste et son sujet.

Qui connaissait ainsi L’Adoration des mages de l’église Notre-Dame, souvent fermée, de Cudot (350 habitants), près de Joigny ? Et qui connaissait même Grégoire Guérard, auteur des majestueux triptyques d’autel d’Autun et de Cuizery, ce dernier étant l’un des rares de ce format encore disposé dans l’église pour laquelle il a été réalisé. Ou, plus au sud, le martyre de sainte Eugénie du triptyque du maître de Dinteville de l’église Saint-Pierre, à Varzy (car l’exposition a aussi porté son regard au-delà du domaine royal, du côté de la Bourgogne et de la Champagne). Ce fut également un bonheur que de redécouvrir le retable de la Passion de Noël Bellemare, de près de deux mètres et demi de haut, venu de l’église parisienne Saint-Gervais-Saint-Protais, où il est difficilement visible sous les reflets et ne se trouve accompagné d’aucun cartel.  Plusieurs de ces œuvres ont été nettoyées, faisant ressortir la sensibilité de l’époque à la couleur. La Lamentation de Guérard, grisaille venue de la basilique de Saint-Quentin, a ainsi bénéficié d’une contribution de la Sauvegarde de l’art français. Ayant porté assistance à trois mille monuments depuis 1921, cette fondation a ouvert il y a quatre ans une campagne d’aide à la restauration des peintures d’église, sous le beau nom du «plus grand musée de France», qui a été lancée par des étudiants avant de gagner désormais les lycées ou des entreprises. Plus de 300 000 € ont pu être consacrés à une quarantaine de tableaux. La Sauvegarde est en passe de créer une association d’amis et de mécènes, dans un pays qui a longtemps considéré comme plus important d’engloutir des milliards dans les rocades et les ronds-points aux décorations villagières que de maintenir en l’état ses églises, leurs statues et leurs tableaux. Certes, ils ne relèvent pas des mêmes budgets, mais ces choix n’en restent pas moins révélateurs d’une société et de la place qu’elle accorde à la beauté.

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