Quentin Varin sort de l’ombre

On 26 May 2017, by Carole Blumenfeld

Le musée des beaux-arts de Rennes publie un cahier «Collection» autour des Noces de Cana de Quentin Varin. Guillaume Kazerouni présente à cette occasion le catalogue d’un artiste rare et encore méconnu.
 

Les Noces de Cana, 1618, huile sur toile, 310 x 259 cm, Rennes, musée des beaux-arts.
© Musée des beaux-arts Rennes

Le nom de Quentin Varin (vers 1570/1575-1626) fut presque systématiquement cité dans les biographies anciennes de Nicolas Poussin comme son premier maître aux Andelys ; les grands traits de sa carrière furent esquissés à maintes reprises à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, et le corpus de son œuvre a été sensiblement étoffé grâce aux travaux du conservateur du musée de Rennes sur les églises de Paris. Il présente aujourd’hui une trentaine de tableaux dont plus d’un tiers ont été récemment redécouverts. Ce fils d’un marchand cordonnier de Beauvais, qui aurait été formé par le peintre chanoine de la cathédrale, était présent en Avignon dès 1597, mais Guillaume Kazerouni porte un regard sévère sur les premières œuvres : «C’est un peintre qui ne commence pas très bien. Les tableaux réalisés dans le Comtat Venaissin ne promettent pas un grand artiste, ils sont bizarrement peints et pas très gracieux, mais Varin démontra une grande capacité à apprendre au fur et à mesure de ses pérégrinations». Lorsqu’il arriva à Paris en 1616, le contact avec les travaux des artistes d’Henri IV lui permit de gagner en aisance et de s’imposer comme «un héritier des derniers feux de la Renaissance, et en même temps comme l’un des introducteurs du XVIIe siècle. Il restructura véritablement l’art maniériste en appliquant les principes du concile de Trente, avec la même netteté que les artistes nordiques». Si La Présentation au temple (Paris, église Saint-Joseph-des-Carmes) et La Guérison du paralytique (Fontainebleau, église Saint-Louis) étaient jusqu’alors les œuvres les plus souvent citées, l’historien de l’art a mis en avant la qualité des peintures murales des chapelles de Saint-Nicolas-des-Champs, La Chute des anges rebelles et L’Annonce de la Nativité du Christ, évoquant l’«approche puissante de la figure humaine et un goût prononcé pour les raccourcis», et même une «force michelangelesque des corps masculins» pour le premier. L’attribution inédite du Christ au mont des Oliviers (Québec, musée national des beaux-arts du Québec), saisi à la Révolution et acquis par l’abbé Desjardins, est aussi un bel ajout, tout comme Saint Charles Borromée distribuant les aumônes (Paris, église Saint-Étienne-du-Mont).
La légende « nationaliste »
La surprise du présent volume est surtout la publication par Emmanuelle Loizeau des cinq scènes des Éthiopiques du château de Lésigny. Ce décor, comme celui de l’hôtel de Chevreuse mentionné dans l’inventaire après décès de l’artiste, permet d’élargir l’image du peintre du roi. De nombreuses œuvres pourraient réapparaître dans les prochaines années. La mise au jour de nouveaux dessins, dont quatre sont publiés par Dominique Cordellier, pourrait d’ailleurs permettre de valider, selon les termes de Guillaume Kazerouni, l’«anecdote très nationaliste de l’un de ses premiers biographes, Denis Simon». Lorsque Varin se serait en effet installé dans un «grenier, rue de la Verrerie, chez un marguillier de la chapelle de Saint-Charles-Borromée de l’église Saint-Jacques de la Boucherie», il aurait réalisé un tableau du saint cardinal en extase avec un saint Michel debout. L’intendant de Marie de Médicis, surpris, «l’alla chercher dans son galetas», et l’introduisit auprès de la Reine, «après lui avoir fait tracer un dessin sur l’idée qu’il lui en avait donné, que l’on trouva si juste et de tant d’imagination, qu’ils furent ravis d’avoir trouvé ce que l’on faisait chercher dans les pays étrangers depuis longtemps : on l’arrêta pour travailler à la galerie du nouveau palais du Luxembourg». Or, Varin était «associé» au poète Durant, pendu en raison de ses écrits satiriques, et il aurait été si alarmé qu’il «se cacha si bien […] qu’il ne put pas savoir qu’on le cherchait pour le faire travailler, et qu’on ne put le déterrer», d’où le choix de repli d’un certain Rubens… 

 

À LIRE
Quentin Varin. Les Noces de Cana, suivi d’un catalogue complet de l’œuvre connu de Quentin Varin, par Guillaume Kazerouni, avec les contributions de Dominique Cordellier, Emmanuelle Loizeau et Cécile Scailliérez, éditions du musée des beaux-arts de Rennes, mai 2017.
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