Picabia, avant l’ère des défis

On 24 January 2019, by Anne Foster

Artiste protéiforme du XXe siècle, comme l’a montré la récente exposition au musée Granet d’Aix-en-Provence, le peintre a fait ses gammes avec l’impressionnisme. Les bords du Loing seront ainsi brossés à la lumière des saisons et des jours.

Francis Picabia (1879-1953), Lever du soleil, bords du Loing, 1905, huile sur toile, 66 x 81 cm.
Estimation : 100 000/150 000 €

D’anciens et charmants villages agrémentent les rives boisées du Loing, rivière qui traverse le Gâtinais avant de se jeter dans la Seine, à Saint-Mammès. Ceux de Grez et de Moret en particulier ont attiré les artistes de Barbizon, tout proche, puis les impressionnistes, tels Bazille, Renoir, Monet et Sisley. Ce dernier fait des environs de Moret, où il s’installe en 1882, et de 1889 à 1894, le centre de ses peintures. Cette toile, peinte par Francis Picabia en 1905, en reprend les principaux motifs : la rivière s’écoulant entre des berges abritées de saules pleureurs et de peupliers, et des fabriques s’y reflétant. Le flot paraît rapide et le vert tendre du feuillage semble indiquer le printemps. Une vue très similaire de l’artiste Sunlight on the Banks of the Loing River, Moret (82,2 x 101,8 cm) , datée de la même année, fait partie des collections du musée des Beaux-Arts de Philadelphie (Pennsylvanie). À l’école de Sisley, le jeune homme observe la nature avec sensibilité, et, note George Isarlov dans Picabia peintre (1929), une «attention aigüe à la lumière». Fils unique d’un Espagnol né à Cuba  Francisco Vicente Martinez Picabia et d’une Française  Marie Cécile Davanne , il grandit dans un monde sans femmes en raison de la mort de sa mère, en 1886, et de sa grand-mère, l’année suivante. Il est élevé par son père et son grand-père, Alphonse Davanne, homme d’affaires et photographe amateur. Des anecdotes non prouvées évoquent ses débuts de peintre. Poussé par son père, il expose une œuvre, Vue des Martigues, au Salon de 1894, primée contre toute attente. Inscrit aux Beaux-Arts, il rencontre dans les environs de Barbizon Georges et Rodo, fils de Pissarro, avec lesquels il effectue en 1902 un voyage dans le Midi. Pour l’heure, il met ses pas et ses pinceaux dans ceux de Sisley, adoptant les mêmes points de vue, les mêmes cadrages, la même touche fluide. Sans soucis financiers, Picabia peut se consacrer à la peinture, produisant des centaines de toiles de facture impressionniste, «accueillies avec enthousiasme dans ses expositions personnelles». En 1905, Gustave Danthon, de la galerie Haussmann, lui offre la première de ses trois expositions personnelles dans ce lieu prestigieux et sera l’expert en 1909 d’une vente à Drouot, le lundi 8 mars, sous le ministère de Me Lair-Dubreuil, qui connaîtra un succès certain. À son grand-père, qui lui prédit le triomphe de la photographie sur la peinture, il répond «tu peux photographier un paysage, mais pas les idées que j’ai dans la tête.» La mise en œuvre de celles-ci l’occupe à partir de 1911 : cet impressionniste tardif va révolutionner plusieurs fois l’art du XXe siècle. 

Sunday 17 February 2019 - 02:30 - Live
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