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Patrimoine, l’épreuve de la durée

On 30 September 2021, by Vincent Noce

Patrimoine, l’épreuve de la durée
 

Au lendemain de son élection, Emmanuel Macron avait pris la parole au Louvre, une manière de mettre en valeur une appétence pour la culture qui n’a guère trouvé d’occasion de se manifester depuis. À six mois de l’élection, il se réveille. À l’occasion des journées du patrimoine, il a vanté cette « identité qui n’a pas fini d’être racontée », lors d’une visite à Illiers-Combray, dans cette maison de fiction que l’auteur de La Recherche trouvait « un peu triste » et qui figure en bonne place sur les trois cents monuments et sites ayant profité du Loto. De l’inauguration de l’empaquetage Christo de l’Arc de triomphe, guère convaincant, à la décoration de la verrière de l’Élysée par Daniel Buren (décidément, le rajeunissement attendra…), Emmanuel Macron, comme le souligne Le Monde, essaie de reprendre langue avec un milieu culturel qui ne comprend toujours pas pourquoi il a été relégué pendant le confinement au rang de « denrée non essentielle » et qui en a payé un lourd prix. Les premières annonces budgétaires viennent confirmer cette volonté. Le total de l’engagement de l’État pour le patrimoine atteint un niveau historique, dépassant le milliard d’euros. Au budget en hausse, s’ajoute la manne du plan de relance : le patrimoine y est inscrit, sur au moins deux ans, à hauteur de 614 M€, dont 80 M€ pour un ambitieux plan pour les cathédrales, qui en ont bien besoin. Ce montant doit cependant être relativisé. Plus de la moitié revient à des subventions d’urgence aux grands établissements frappés de plein fouet par la fermeture, ce qui s’approche davantage de la sauvegarde de l’emploi que du concept d’investissement. La deuxième grosse tranche (15 %) revient à sauver un projet présidentiel, celui de la Cité de la francophonie à Villers-Cotterêts. En comparaison, les collectivités et les particuliers, qui forment le tissu patrimonial à travers la France, peuvent se sentir sacrifiés, puisque 40 M€ seulement sont alloués à leurs 44 000 églises et châteaux, sur deux ans.

Faute de renforcer l’expertise des collectivités et de l’État, une partie des crédits pourrait bien ne pas être dépensée

En comparaison, 200 M€ sont rendus disponibles pour le gadget du passe culture jeune (selon le précepte : « allez, tu es adulte maintenant, je te mets 300 € dans la poche, va apprendre ce que c’est la culture »), une somme supérieure à celle investie dans l’éducation artistique. Pour 2022, le budget pour l’entretien et la restauration du patrimoine s’inscrit à 355 M€. Il est en hausse de 6 %, mais il demeure toujours inférieur au niveau des 380 M€ atteints il y a dix ans. Or, les bonnes intentions manifestées en année électorale vont se mesurer à l’aune de la continuité de l’action de l’État. Malheureusement, des chantiers qui s’étalent sur plusieurs années n’ont pas de vision de l’aide de la puissance publique au-delà du très court terme. En cette période de forte demande, ils souffrent d’une pénurie de main-d’œuvre, mais l’embauche et la formation sur plusieurs mois d’un jeune artisan supposent un engagement dans la durée. L’autre grand souci est le déficit d’accompagnement des collectivités et de l’État. Les directions régionales de la Culture (DRAC), en particulier, souffrent d’un affaissement des personnels. Les dossiers prennent six à huit mois de retard avant d’être validés. Faute de renforcer cette expertise, une partie des crédits pourrait bien ne pas être dépensée. Dans son rapport parlementaire sur le budget 2021, Gilles Carrez avait ainsi insisté sur la nécessité « d’accroître dans la durée le niveau de consommation des subventions pour les dizaines de milliers de monuments historiques diffus » sur le territoire. Si le président voulait confirmer son engagement, une loi-programme engageant l’État pour les années à venir signerait une véritable politique de fond en faveur du patrimoine.

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