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La Gazette Drouot Art et patrimoine - Patrimoine

Nantes retrouve son musée

On 23 June 2017, by Valentin Grivet

Après six ans de travaux, le musée d’Arts de Nantes rouvre ses portes. Rénové et agrandi, il se déploie désormais à la fois dans l’ancien palais des beaux-arts, et sur les quatre étages d’un nouvel édifice, le Cube, dédié à la création contemporaine.

Nantes retrouve son musée
Orazio Gentileschi (1563-1639), Diane chasseresse (détail), huile sur toile, musée d’arts de Nantes.
© Photo Gérard Blot/Agence photographique de la RMN


Que les nostalgiques de l’ancien musée des beaux-arts se rassurent. La peinture ancienne, qui constitue le cœur des collections, règne toujours en maître. Mais la place accordée à l’art contemporain, qui bénéficie désormais de deux mille mètres carrés d’espaces d’exposition, est tout à fait inédite. Le musée d’arts  il faudra s’habituer à ce nouveau nom quelque peu abrupt , rénové et agrandi, s’affirme comme le lieu de rencontre des époques, du XIIIe siècle à nos jours, et de toutes les disciplines, peinture, sculpture, arts graphiques, photographie, vidéo et installations. Engagé par l’ancienne directrice Blandine Chavanne, qui a quitté les lieux en 2015 après de sérieux désaccords avec la municipalité, le projet architectural et muséographique a été confié au cabinet Stanton Williams. «Les architectes se sont glissé dans une histoire, avec respect et sobriété, en se mettant au service des œuvres», explique Sophie Lévy, qui a pris les rênes de l’institution en juillet 2016. L’agence britannique a œuvré sur tous les fronts : restauration du palais, excavation du sous-sol pour y créer des ateliers pédagogiques et un auditorium, rénovation de la chapelle baroque de l’Oratoire et, bien sûr, construction du nouveau bâtiment : le Cube. Sans oublier la scénographie, la signalétique et le réaménagement du parvis, qui ouvre davantage le musée sur la ville, dans ce quartier historique, situé à mi-chemin du jardin des Plantes et de la cathédrale.
 

Jean-Léon Gérôme (1824-1904), Tête de femme coiffée de cornes de bélier, 1853, huile sur toile, musée d’arts de Nantes. © Photo Gérard Blot/Agence pho
Jean-Léon Gérôme (1824-1904), Tête de femme coiffée de cornes de bélier, 1853, huile sur toile, musée d’arts de Nantes.
© Photo Gérard Blot/Agence photographique de la RMN

Respecter les fondamentaux
Si le musée devait se moderniser, il était hors de question de toucher aux fondamentaux et à ce qui fait le charme du palais depuis son inauguration en 1900. Ainsi de l’escalier monumental et du patio. C’est d’ailleurs en cette cour intérieure bordée d’arcades que seront organisées les expositions temporaires. La première, dédiée au caravagesque Nicolas Tournier (1590-1639), ouvrira fin novembre. «C’est un endroit magnifique, idéal pour l’art contemporain, mais compliqué pour y accrocher des tableaux, car il n’y a pas de cimaises, souligne Sophie Lévy, qui réfléchit, pour le futur, à une éventuelle solution alternative. Les espaces modulables du Cube me sembleraient plus appropriés, nous verrons…» Jusqu’à l’automne, le patio accueille la magnifique installation de l’Autrichienne Susanna Fritscher. Rien que de l’air, de la lumière et du temps est un labyrinthe monumental et minimaliste, presque immatériel, constitué de dizaines de milliers de fils de silicone tendus du sol au plafond, qui jouent habilement avec l’architecture sans la masquer. Les collections permanentes d’art ancien et d’art moderne se déploient, comme dans l’ancien musée, dans les doubles galeries qui encadrent, sur deux niveaux, la cour intérieure. «Nous conservons plus de treize mille œuvres, et l’agrandissement du musée permet d’en présenter neuf cents», explique Sophie Lévy. Ce fonds résulte en partie d’envois de l’État, suite au décret Chaptal de 1801, de legs, de donations, mais surtout de la collection du diplomate et homme politique François Cacault (1743-1805), acquise par la ville en 1810. Le parcours historique est chronologique, à l’exception de quelques clins d’œil contemporains signés Martial Raysse, Sigmar Polke ou Maurizio Cattelan, qui viennent ici ou là «réveiller» l’art ancien. Partout, la sobriété est de rigueur, en des salles aux murs blancs, parfois rehaussés de cimaises aux couleurs vives. Un soin particulier est porté à l’éclairage, avec une lumière naturelle zénithale, tamisée et modulée par un système Led dissimulé derrière les verrières.

Neuf siècles d’histoire de l’art
Le rez-de-chaussée illustre une longue période, des primitifs italiens au XVIIIe siècle d’Antoine Watteau, Charles-Antoine Coypel et Jean-Baptiste Greuze, en passant par le XVIIe siècle français, avec Simon Vouet et surtout Georges de La Tour, dont l’extraordinaire Songe de Joseph est l’un des plus grands chefs-d’œuvre du musée de Nantes. Conçues comme un cabinet d’amateur, deux salles rendent légitimement hommage à François Cacault, avec un ensemble de sculptures faisant référence à l’antique, de vedute vénitiennes et de grands vases Médicis, qui témoignent du goût du collectionneur pour l’Italie. Centré sur le XIXe siècle  point fort des collections  et la première moitié du XXe siècle, le premier étage s’ouvre avec le portrait de Madame de Senonnes par Jean-Auguste-Dominique Ingres, accompagné d’œuvres de ses élèves, dont la délicate Florentine d’Hippolyte Flandrin. Une immense galerie célèbre ensuite l’art académique et l’art pompier. Si le parti pris scénographique laisse ici pantois  pourquoi avoir placé au centre de la pièce ces cimaises massives qui brisent la perspective et privent les visiteurs de tout recul devant les grands formats ? , cette section ménage de belles surprises. Ainsi d’Adam et Ève et du Paradis perdu de Claude-Marie Dubufe  du Pierre et Gilles avant l’heure !  récemment acquis par le musée, ou du Colonel Howard, un plâtre monumental d’Emmanuel Frémiet retrouvé après des années d’oubli. Restauré, remonté, il est présenté pour la première fois au public. L’orientalisme d’Eugène Delacroix, le naturalisme de l’école de Barbizon et le réalisme de Gustave Courbet, dont les Cribleuses de blé viennent de s’offrir une cure de jouvence, sont ensuite à l’honneur. Et si les collections impressionniste et postimpressionniste peuvent apparaître plus faibles, elles sont compensées par des prêts et des dépôts importants, notamment du musée d’Orsay et du musée Rodin. Les Nymphéas à Giverny que Claude Monet offrit à la ville de Nantes peuvent ainsi dialoguer, pour quelques mois, avec les Trois Ombres de Rodin.

 

Martial Raysse (né en 1936), La Belle Mauve (détail), 1962, plumeau, photographie, peinture sur Isorel, musée d’arts de Nantes. © Photo Gérard Blot/Ag
Martial Raysse (né en 1936), La Belle Mauve (détail), 1962, plumeau, photographie, peinture sur Isorel, musée d’arts de Nantes.
© Photo Gérard Blot/Agence photographique de la RMN

L’art contemporain en majesté
Côté modernes, Raoul Dufy et Albert Marquet ouvrent le bal, suivis par Vassily Kandinsky et les surréalistes Max Ernst, André Masson ou Yves Tanguy. L’ultime salle du palais réunit les peintres abstraits des années 1940-1950, dont Serge Poliakoff et Pierre Soulage à ses débuts, et assure la transition vers le Cube. Relié au bâtiment historique et à la chapelle de l’Oratoire, qui présente actuellement une installation vidéo de Bill Viola, ce monolithe tout en béton brut, verre et acier, est une vraie réussite. Il offre quatre étages d’exposition de cinq cents mètres carrés chacun, des volumes ouverts et épurés qui laissent entrer la lumière grâce à une immense faille qui traverse verticalement l’édifice sur toute sa hauteur. Autrefois relégué en quelques salles du rez-de-chaussée du palais, l’art contemporain trouve aujourd’hui un écrin adapté à l’étendue de la collection, riche de plusieurs milliers de pièces, des années 1960 à nos jours. «Nous renouvellerons régulièrement l’accrochage, autour de thématiques qui permettront de croiser les pratiques et les générations», explique Sophie Lévy, en arpentant les salles du parcours inaugural. Celui-ci est conçu en quatre actes : la peinture abstraite (Geneviève Asse, Cécile Bart, Simon Hantaï…), le territoire, exploré par Joan Mitchell, Philippe Cognée ou Jacques Villeglé, le corps (Eva Hesse, Jean-Luc Moulène, Vito Acconci…), et enfin la mémoire, autour de Christian Boltanski, Sophie Calle, Sarkis et Nan Goldin.

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