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Mystérieux, étonnant et délicieux Michael Sweerts

Published on , by Anne Foster

Une peinture de Sweerts se savoure, tant par son esthétique que par sa portée intellectuelle. Depuis le milieu du XXe siècle, le corpus de l’artiste s’enrichit de nouveaux tableaux, comme ce Toucher qui sera proposé à Drouot.

Michael Sweerts (1618-1664), Le Toucher, huile sur toile, 75 x 60 cm. Estimation :... Mystérieux, étonnant et délicieux Michael Sweerts
Michael Sweerts (1618-1664), Le Toucher, huile sur toile, 75 60 cm.
Estimation : 400 000/600 000 

Le jeune homme semble étonné ou surpris, au point de suspendre la caresse destinée au chat lové dans ses bras. «Ce benêt touche l’oreille du matou, indique Éric Turquin, expert pour les tableaux anciens de cette vente. Prêt à attaquer, ce superbe félin est placé au cœur de la scène à l’instar des autres toiles de la série “Les Cinq sens”, dont cette peinture fait partie.» D’abord attribuée à Théodore Rombouts (1597-1637), peintre flamand influencé par les thèmes et le style du Caravage, cette suite fut vendue en 1911 à Berlin ; Rolf Kultzen a pu la donner à Sweerts, et elle est connue par des reproductions en noir et blanc dans l’ouvrage consacré à l’artiste par ce spécialiste en 1996. «Un seul des tableaux avait été localisé jusqu’à maintenant, L’Odorat (académie de Vienne), poursuit l’expert.» Ravi de la découverte d’une nouvelle œuvre de cet artiste si subtil, il souligne «les sous-entendus que glisse l’artiste dans toutes ses peintures  aussi bien des portraits que des scènes de genre ou tableaux à thème mythologique ou religieux offrent diverses pistes de lecture». On peut en dire autant sur l’enfance et la formation artistique de Sweerts, avant 1646. À cette date, le peintre est mentionné à Rome, dans le recensement effectué chaque année à Pâques, comme un artiste installé dans la paroisse de Santa Maria del Popolo, et comme responsable chargé de réunir les contributions des artistes de l’Europe du Nord pour la fête de saint Luc, dans les archives de l’Académie du même nom. On sait toutefois qu’il fut baptisé le 29 septembre 1618 à Bruxelles, à l’église Saint-Nicolas, et qu’il avait deux sœurs aînées, Marie et Catherine. Il semble que dès son arrivée dans la Ville éternelle, il ait été considéré comme un peintre accompli et bénéficiant d’une renommée certaine auprès d’une clientèle fortunée, reçue dans son atelier à la faveur de leur voyage en Italie.

Classicisme et baroque des années romaines
«Michael Sweerts dessinait les antiques, mais n’en faisait pas les personnages de fables anciennes ou de grandes histoires […] Comme Piraikos, il se bornait à brosser des sujets humbles», raconte Dominique Cordellier, conservateur en chef du Cabinet des dessins du musée du Louvre, dans son roman, Le Peintre disgracié (éd. Le Passage, 2017). L’auteur nous restitue les scènes vivantes de ses tableaux comme des «Sept actes de miséricorde», série peinte vers 1646-1649 qui a appartenu à Joseph Deutz, riche marchand hollandais. Sur des toiles plus ou moins fines, pour lesquelles il adapte sa touche, plus méticuleuse pour les trames très serrées, il place un personnage étonnamment vivant  on dirait aujourd’hui «un être comme vous et moi»  effectuant l’un des actes de miséricorde, sans ostentation, comme la chose la plus naturelle. Il donne à ces héros involontaires une solennité toute classique. Cette tendance est accentuée dans une toile un peu plus tardive, La Peste dans une ville antique (Los Angeles County Museum of Art), inspirée par une œuvre de Poussin brossée en 1630-1631, La Peste d’Asdod, visible aujourd’hui au Louvre. L’œuvre du Flamand dépeint des émotions humaines, universelles, devant une catastrophe qui à l’époque était encore très présente. Oubliée la référence biblique : le décor architectural neutre  que Robert Longhi rapproche de ceux, métaphysiques, de Chirico quelques siècles plus tard  souligne la puissance des sentiments exprimés. Sweerts réalise aussi des portraits de jeunes élégants, des scènes d’auberge et, déjà, des vues d’écoles de dessin et de peinture. Cet intérêt pédagogique se manifestera quelques années plus tard, lors de son retour à Bruxelles.
Entre peinture et foi missionnaire
Le long séjour romain lui a offert nombre de sujets populaires, des bamboccianti selon le terme en vogue à cette époque : des modèles tirés de la rue pour la plupart, peints dans une gamme assez restreinte, des rouges orangés, des ocres rosés «bien reconnaissables, explique l’expert. C’est même cette couleur si particulière à Sweerts qui m’a mis sur la piste. À son entrée au cabinet, le tableau était toujours attribué à Rombouts depuis au moins 1952. La gamme de l’étrange toque est même reprise sur le museau du chat.» Les raisons du retour à Bruxelles restent matière à spéculation. Certains avancent le décès, en janvier 1655, d’Innocent X, qui l’avait honoré en 1651 du titre de cavaliere ; plusieurs mentions de son nom dans les livres de comptes de Camilio Pamphili, neveu du pape, attestent de l’estime qu’il lui portait. Profondément dévot, l’artiste, proche de la Société des missions étrangères, formait-il alors le projet de les rejoindre à Amsterdam pour organiser une mission en terre de Chine ? En 1656, sa présence est attestée à Bruxelles, où il dirige une académie de dessin. Il renoue avec des sujets élus de la peinture flamande, notamment les «trognes» ou têtes d’expression. Dans sa biographie romancée, Dominique Cordellier va plus loin : plaçant la série des «Cinq sens» dans le contexte d’une discussion à connotation religieuse, il fait dialoguer les cinq personnages, tels que portraiturés dans les tableaux. Celui du Toucher, «le quatrième, à qui sa chapska faisait un air un peu fol, répartit du haut de son col tuyauté : […] il n’est pas douteux que la toison des chattes […] est plus douce sous la main que celle de ton chien. La douceur est le bien de l’homme, la Terre est son héritage». Comme dans les autres tableaux de cette suite, «l’animal est au centre de la composition, indique Éric Turquin. Le chat a été peint en premier et donne tout son sens au tableau. Les détails viennent renforcer le message : soyeux de la fourrure, rugosité du drap, velouté du pelage»… Sans omettre l’immense compassion de Sweerts pour ce doux nigaud.

 

Michael Sweerts 
en 6 musées
SÉLECTION D’ŒUVRES


Paris, musée du Louvre
Jeune homme et entremetteuse

Grenoble, musée des beaux-arts
Vieil homme tricotant avec un garçon à ses côtés (acquis en 2018)

Strasbourg, musée des beaux-arts
Hommes se baignant

Amsterdam, Rijksmuseum
Nourrir les affamés, Désaltérer les assoiffés, Vêtir ceux qui sont nus, Visiter les malades, de la série des «Actes de miséricorde», et Les Joueurs de dames

Hartford, Wadsworth Atheneum Museum of Art
Ensevelir les morts, l’un des sept «Actes de miséricorde», et Le Garçon au chapeau

Los Angeles, County Museum of Art
La Peste dans une cité antique
à savoir
Toile de Michael Sweerts ayant fait partie de la collection personnelle de Jean Néger
Vendredi 15 novembre 2019, salle 5. Drouot-Richelieu. Mirabaud - Mercier OVV. Cabinet Turquin.
Friday 15 November 2019 - 14:00 (CET) - Live
Salle 5 - Hôtel Drouot - 75009
Mirabaud - Mercier
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