Musée d'Orsay : Berthe Morisot, de l’ombre à la lumière

On 09 July 2019, by Annick Colonna-Césari

Oubliée au début du XXe siècle, cette figure clé de l’impressionnisme a été redécouverte dans les années 1970. Le musée d’Orsay lui rend aujourd’hui justice.

Berthe Morisot (1841-1895), Été (Jeune femme près d’une fenêtre), 1879, huile sur toile, Montpellier, musée Fabre,
don de M. 
et Mme Ernest Rouart (Julie Manet).

© PHOTO STUDIO THIERRY JACOB

Impressionniste de la première heure, elle deviendra  aux côtés de Camille Pissarro  la plus fidèle du groupe, participant à sept de ses huit expositions. Modèle et belle-sœur d’Édouard Manet, Berthe Morisot (1841-1895) fut également l’un de ses membres les plus respectés, admirée de ses compagnons et souvent encensée par les critiques, même si ces derniers vantaient davantage le caractère «gracieux» de sa touche que ses réelles qualités artistiques. Pourtant, au début du XXe siècle, alors que le mouvement entrait dans la postérité, l’aura de l’artiste s’est émoussée et sa peinture, étiquetée «féminine», a été reléguée en seconde catégorie. Ce sont les études féministes américaines qui la remirent à l’honneur dans les années 1970. En France, le Palais des beaux-arts de Lille lui avait consacré en 2002 une rétrospective, suivie d’une autre, dix ans plus tard, au musée Marmottan. Mais jamais encore le musée d’Orsay n’avait inscrit son nom en haut de l’affiche. Objectif : lui redonner la place qui lui revient au sein de l’avant-garde impressionniste. L’exposition se concentre sur une facette de sa création : les tableaux de figures et les portraits. Non sans raison : ils constituent près de 70 % de sa production peinte, estimée à quelque quatre cents œuvres. «Ce sont eux qu’elle montrait en priorité et qui ont suscité le plus de commentaires», ajoute la commissaire Sylvie Patry. Ainsi, les soixante-dix huiles sur toile rassemblées au fil d’un parcours thématico-chronologique permettent au spectateur de comprendre son cheminement. Dès ses débuts, Berthe Morisot puise ses sujets dans son entourage, familial ou amical. Et pour cause : sa condition de femme artiste et son milieu bourgeois limitaient sa pratique à la sphère privée. D’où ses nombreuses scènes d’intérieur ou d’intimité, femmes plongées dans leur lecture ou à leur toilette. Contrairement à ses condisciples, elle confronte fréquemment ses personnages à la lumière du plein air. D’escapades champêtres en jeux d’enfant dans un jardin, son pinceau ne semble alors qu’effleurer la toile, pour mieux saisir la fugacité du moment. Le musée d’Orsay a aussi voulu montrer comment son style s’est épanoui à la fin des années 1870. Sa quête d’instantanéité l’amène à adopter une touche encore plus nerveuse et esquissée à la fois. Dans un décor intérieur ou en extérieur, les protagonistes, généralement cadrés de près, se fondent dans leur environnement. Berthe Morisot ose même laisser à nu certaines parties de la toile, mêlant achevé et inachevé. C’est cette singularité que l’exposition entend mettre en avant. En effet, peu de ses confrères ont poussé aussi loin la recherche de la sensation et du mouvement, véritable enjeu de l’impressionnisme. Au fil des cimaises, on découvre ainsi qu’elle est à l’origine d’une œuvre novatrice, à l’opposé des clichés dont on l’a affublée, et ses tableaux se révèlent moins simplistes que ne le suggèrent leurs sujets, d’apparence conventionnelle. Empreints de mélancolie, finalement moins intimistes qu’introspectifs, ils ne constituent pas des images de bonheur familial, mais plutôt une réflexion sur la fuite inexorable du temps. Berthe Morisot, prématurément disparue, était sans conteste une grande artiste.

«Berthe Morisot (1841-1895)», musée d’Orsay,
1, rue de la Légion-d’Honneur, Paris VIIe, tél : 01 40 49 48 14.
Jusqu’au 22 septembre 2019.
www.musee-orsay.fr
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