Mougins, nouveau centre photographique

On 13 July 2021, by Sophie Bernard

Avec un Centre de la photographie dédié aux pratiques contemporaines installé en plein cœur de son village médiéval, Mougins poursuit son ambitieux développement culturel et du même coup, complète une offre départementale essentiellement axée sur l’art moderne.

Isabel Muñoz (née en 1951), Jun Wakabayashi.
© Isabel Muñoz

Qui dit Côte d’Azur dit art moderne… De Nice à Antibes, les musées Chagall, Matisse et Picasso témoignent des riches heures de ces villes devenues terres d’accueil de nombreux peintres et sculpteurs. Certaines de ses communes abritent des trésors, comme la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence ou le musée national Fernand-Léger à Biot, et si le cinéma y a sa capitale avec Cannes, la photographie et l’art contemporain sont plutôt l’apanage d’Arles ou de Marseille, à plus de deux cents kilomètres à l’ouest. Cet état de fait a évidemment pesé dans la balance lorsque Mougins a commencé à réfléchir au devenir de son musée de la Photographie, qui n’était plus aux normes. Né en 1986 d’une donation d’André Villers – praticien et plasticien proche de Picasso –, l’endroit abritait un fonds de quelque trois cents tirages et appareils photo. Celui-ci est en dépôt au Centre de la photographie, qui a ouvert le 3  juillet, mais dans l’immédiat, sa mise en valeur ne fait pas partie de ses missions.
 

Le Centre de la photographie de Mougins.DR  
Le Centre de la photographie de Mougins.
DR

 


Pratiques contemporaines
«La municipalité m’a proposé de réfléchir à un projet qui tienne compte à la fois de l’évolution des pratiques du médium et de ce que la gestion et la conservation d’une collection implique en termes de personnel, et donc d’un point de vue économique», explique François Cheval, directeur artistique du Centre. Contacté en 2017 alors qu’il quittait la direction du musée Nicéphore-Niépce de Chalon-sur-Saône, le conservateur en chef venait de cofonder le premier musée public en Chine consacré à la photographie actuelle (voir Gazette n° 3 de 2018, page 137). «Je me suis posé la question : pourquoi faire un énième musée du genre en France, où l’offre est abondante ? Nous avons donc plutôt opté pour un Centre de la photographie. Tenant compte du contexte local, nous avons choisi de le consacrer aux pratiques contemporaines afin de nous différencier». Dédié à la discipline sous toutes ses formes, de l’argentique au numérique et de l’image fixe à celle animée, le Centre apparaît comme un complément du musée d’Art classique tout près, qui rassemble quelque 700 pièces de l’Antiquité à nos jours, dont des Hubert Robert, Auguste Rodin, Andy Warhol ou Damien Hirst. «Nous allons couvrir les pratiques contemporaines tant de la scène française qu’internationale. Cet axe est un nouveau champ artistique à conquérir dans une région recevant plus de dix millions de touristes par an, dont le potentiel est important», note François Cheval. Et Mougins n’est pas uniquement une destination de villégiature : à quelques kilomètres de là, la technopole Sophia Antipolis rassemble une forte population de cadres supérieurs présents tout au long de l’année. Directrice du Centre, Yasmine Chemali est arrivée en juin 2020 de Beyrouth, où elle était responsable des collections d’art moderne et contemporain du musée Sursock. «La mairie a souhaité installer ce nouvel espace culturel au cœur de son village historique qui reçoit chaque année cent mille visiteurs», explique cette Française d’origine libanaise formée à l’École du Louvre. Ce choix est révélateur des ambitions d’une ville d’à peine vingt mille habitants mais parmi les plus riches de France, qui place la culture au premier plan : un centre d’art devrait également voir le jour d’ici deux ans. À la fois président du FRAC et de la commission culture de la Région Sud, Richard Galy, maire de la municipalité depuis vingt ans, est également à l’initiative de Scène 55, un site culturel de plus de 3 000 mètres carrés inauguré en 2017. Ce bâtiment flambant neuf abrite un théâtre, une école de musique et des ateliers de diverses expressions. Comme l’édile aime à le rappeler, «Mougins est une ville de tradition artistique depuis longtemps. Avec le Centre de la photographie, nous poursuivons cette démarche de développement». L’objectif est de dynamiser la vie locale, mais aussi d’intensifier les échanges avec les structures culturelles des environs – l’Espace de l’Art concret à Mouans-Sartoux, le festival européen du court métrage à Nice (Un festival c’est trop court !), l’Université Côte d’Azur et le Pôle supérieur national de danse Rosella Hightower à Cannes – ou plus lointaines, monégasques ou italiennes. Cette dynamique est déjà à l’œuvre avec le «Grand Arles Express» des Rencontres de la photographie. L’objectif est clair : faire rayonner Mougins dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et au-delà. Ainsi le Centre devrait-il à terme intégrer le réseau Diagonal, rassemblant vingt-cinq structures photographiques françaises (voir Gazette n° 37 de 2019, page 246).

 

Li Lang (né en 1969), A0317. A Long Day of A Certain Year, 2019. © Li Lang
Li Lang (né en 1969), A0317. A Long Day of A Certain Year, 2019.
© Li Lang


Un fil d’Ariane
À grandes ambitions grands moyens. L’établissement est réparti dans quatre bâtiments distincts mais à proximité les uns des autres. D’un montant de 1,9 M€, le coût des travaux a été soutenu par la Région à hauteur de 20 %, tandis que le budget de fonctionnement s’élève à 400 000 €, personnel compris. Chaque lieu a sa fonction, avec les réserves à l’entrée du village et un nouvel édifice en cours de finalisation pour les résidences. Ainsi chaque année, un artiste choisi par un jury s’installera à Mougins pendant deux mois pour travailler sur les thèmes du territoire et des habitants. Mais le but n’est pas de constituer une collection matérialisée : «Les œuvres produites en résidence seront stockées numériquement pour une utilisation future qui se fera en accord avec les photographes. Et il n’y aura pas d’obligation de restitution sous la forme d’une exposition ou d’une publication. Ce sera au cas par cas», précise François Cheval. Parallèlement, l’ancien musée André-Villers a été transformé en un espace de documentation, doublé d’un pôle d’ateliers pédagogiques pour les jeunes publics et de médiation. Enfin, le vaisseau amiral de ce complexe, l’espace d’exposition, est logé dans un ancien presbytère de 300 mètres carrés entièrement réhabilité. «Répartis sur deux niveaux, les deux plateaux de 100 mètres carrés sont entièrement vides, sans poteau ni fenêtre, pour offrir une liberté totale à la scénographie», explique Yasmine Chemali. Si dans les murs, la modernité saute aux yeux, l’Agence Griesmar Architectes de Nice n'a agrémenté la façade que d' d’un sobre ruban métallique, dans le respect de l’architecture d’origine : «Une sorte de fil d’Ariane que l’on retrouve à l’intérieur», commente la directrice. Côté propositions, les trois cycles d’expositions annuels seront accompagnés d’une publication, conçue plus comme une revue culturelle que comme un catalogue. «Nous ne voulons pas nous limiter à la vision du prisme de la photographie, car nous souhaitons proposer un temps de lecture différent de celui de l’exposition», affirme Yasmine Chemali. Le premier exemplaire est consacré au Japon, en écho au thème de la série de l’Espagnole Isabel Muñoz, qui fait l’inauguration. Pour l’occasion, l’équipe a collaboré avec le magazine Tempura, pour une exploration multiculturelle, du butô au chamanisme, en passant par le tatouage. Avec quatre expositions sur cinq consacrées cette année à des femmes, le Centre veut envoyer un signal fort. Hors des sentiers battus, la programmation dénote surtout le parcours professionnel de François Cheval : la Japonaise installée en France Yuki Onodera a été exposée au musée Nicéphore-Niépce en 2011 ; l’Anglaise Natasha Caruana a été lauréate de la Résidence BMW en 2014, lorsqu’il en était le directeur artistique ; Li Lang a été repéré en Chine. Enfin, avec la Suédo-Suisse Jenny Rova, le Centre de la photographie de Mougins entend témoigner d’une vision internationale et diversifiée de la scène contemporaine.

à voir
«Isabel Muñoz»,
Centre de la photographie de Mougins, 43, rue de l’Église, Mougins (06), tél. 
: 04 22 21 52 12.
Jusqu’au 3 octobre 2021.
cpmougins.com
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