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Mme Roselyne Bachelot-Narquin s'adresse aux futurs commissaires-priseurs

Published on , by Roselyne Bachelot

Nous reproduisons ici le discours prononcé par la ministre de la Culture à l’occasion de la cérémonie de remise des diplômes des élèves commissaires-priseurs, qui a eu lieu au Centre Pompidou le 23 novembre dernier. 

Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, Laurent Le Bon, président du Centre Pompidou... Mme Roselyne Bachelot-Narquin s'adresse aux futurs commissaires-priseurs
Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, Laurent Le Bon, président du Centre Pompidou et parrain des promotions, Henri Paul, président du Conseil des ventes et Agnès Carlier, vice-présidente des commissaires de Justice,  entourés des diplômés pour une 13e cérémonie exceptionnelle au Centre Pompidou.
© CVV

«Monsieur le Président du Centre Pompidou, [cher Laurent Le Bon,] Madame la Présidente de la section commissaires-priseurs judiciaires de la chambre des commissaires de justice, [chère Agnès Carlier,] Monsieur le Président du Conseil des Ventes, [cher Henri Paul,] Mesdames et Messieurs, chers élèves, je suis particulièrement heureuse d’être parmi vous, pour votre cérémonie de remise des diplômes, qui vient marquer, avec la fin de deux années de formation d’excellence, le début de votre carrière professionnelle de commissaire-priseur. La crise sanitaire n’avait malheureusement pas permis, l’an dernier, la tenue de ce moment symbolique, fort en émotions, non seulement pour les diplômés mais aussi pour leurs familles. Nous avons donc la joie de célébrer, ce soir, les deux promotions 2019 et 2020, dont le parrain, cher Laurent Le Bon, nous fait le plaisir de nous recevoir au Centre Pompidou. Ce musée prestigieux, haut lieu de l’art moderne dans notre pays, est l’endroit idéal pour honorer, à travers vous, l’ensemble de la profession. Depuis le XVIe siècle, les commissaires-priseurs sont des acteurs indispensables du marché de l’art en France, et si le métier a connu des changements profonds ces dernières années, il n’a cessé de remplir une mission essentielle au service du patrimoine et de la création artistique de notre pays. Grâce à leur expertise unique, les commissaires-priseurs permettent aux œuvres d’atteindre leur juste prix, depuis leur estimation rigoureuse jusqu’à la mise en relation directe de l’offre et de la demande en salle de vente. Les connaissances et les compétences humaines et techniques que requière la profession de commissaire-priseur nécessitent une formation particulièrement exigeante. Elle est chapeautée depuis sa création par le Conseil des Ventes Volontaires de meubles aux enchères publiques (CVV), cher Henri Paul, auquel notre ministère est associé, mais aussi la Chambre nationale des commissaires-priseurs judiciaires, chère Agnès Carlier, ainsi que le Conseil national des courtiers assermentés. Je tiens à les remercier pour leur engagement constant au service de la qualité de la formation professionnelle de nos futurs commissaires-priseurs. Après un examen d’entrée difficile, les élèves ont suivi un parcours particulièrement dense, tant sur le plan théorique que pratique, en vue de leur obtention de la qualification requise pour la direction de ventes. Leur cursus allie traditionnellement cours et stages en maisons de ventes, ainsi qu’en études de commissaires-priseurs judiciaires, pour leur permettre de se familiariser avec les différentes facettes de leur futur métier. Les partenariats noués par le Conseil des Ventes avec l’École du Louvre et l’École Supérieure de Commerce de Paris (ESCP), assurent, quant à eux, l’excellence d’une formation irréprochable sur le plan académique, et ouverte sur les enjeux propres à un marché de l’art en évolution constante, toujours plus international. Dans le domaine artistique, le programme a abordé un large spectre historique, avec une attention particulière portée aux domaines de création particulièrement représentés en ventes. De nombreux travaux pratiques ont offert aux élèves l’opportunité de mettre en situation leurs connaissances et de se familiariser avec l’extraordinaire diversité des objets et des œuvres qu’ils seront amenés à rencontrer au cours de leur carrière. Une journée du « matériel industriel » a ainsi été organisée sur le terrain en mai dernier, consacrée à la technique d’inventaire des véhicules d’occasion. Comme chaque année, les élèves ont pu bénéficier de plusieurs mises en situation au mythique Hôtel Drouot, pour s’exercer au « tour de salle » à partir d’objets tirés de sa réserve. Je tiens enfin à souligner l’accent mis sur l’art oratoire, dont on sait combien il est déterminant pour animer une vente et permettre aux enchères de s’envoler, ainsi que le renforcement des cours de langue en ligne, indispensable pour évoluer dans un marché de l’art qui n’obéit plus, depuis longtemps, au tracé de nos frontières. Si la crise sanitaire a eu bien sûr un effet sur la formation, en limitant notamment les manipulations d’œuvres, la mobilisation de chacune et chacun a permis d’en maintenir toute l’excellence. Je vous en remercie. Le marché de l’art français a connu lui aussi des turbulences, avec un montant total adjugé hors frais, tous secteurs confondus, de 2,9 Md€ pour l’année 2020, contre 3,37 Md€ pour l’année 2019. Sa baisse est néanmoins contenue, au regard du montant de 3 Md€ atteint pour l’année 2018, ce qui illustre l’adaptabilité et la résilience du secteur. Plus des deux tiers des ventes ont ainsi été réalisées en ligne, accentuant la marche d’une évolution déjà constatée les années précédentes. Je souhaite profiter de cette occasion pour faire un état des lieux de la profession, vingt ans après sa réforme, et présenter les principaux chantiers qui l’attendent dans les mois à venir. Avec la fin du monopole des commissaires-priseurs pour les ventes volontaires, entérinée par la loi de 2000, la filière a été transformée par la création des sociétés de ventes volontaires, pouvant s’adosser à une activité judiciaire, ainsi que par l’établissement de frais acheteur libres. Si cette libéralisation a été marquée par la forte montée en puissance des grands acteurs internationaux de la profession sur le territoire national, elle a aussi permis de dynamiser le secteur et de l’ouvrir plus largement à l’international. Dans ce contexte de concurrence accrue, le marché de l’art français peut compter sur l’exceptionnelle richesse de son écosystème. Notre pays compte : — un vivier exceptionnel de professionnels et d’experts, qu’a encore récemment illustré la découverte d’un tableau de Cimabue, oublié de tous dans une cuisine de Compiègne ; — un cadre régulateur particulièrement efficace, sans équivalent à l’étranger, porté par le Conseil des Ventes Volontaires de meubles aux enchères publiques (CVV) ; — des secteurs de pointe, comme les arts premiers, ou le dessin ancien et contemporain ; — ainsi qu’un ensemble de foires à la notoriété mondiale, comme la FIAC, le Salon du dessin, du livre ancien ou encore la Biennale des Antiquaires. Depuis janvier 2019, la Chambre nationale des commissaires de justice a remplacé la Chambre nationale des huissiers de justice ainsi que la Chambre nationale des commissaires-priseurs judiciaires. Conséquences de la loi « Croissance » du 6 août 2015, le début de la fusion des deux professions et la « naissance » des premiers commissaires de justice se profilent pour le mois de juillet prochain, pour un rapprochement définitif à l’horizon 2026. Ce délai de plusieurs années permettra, je l’espère, d’atténuer au fur et à mesure les inquiétudes des différents acteurs de la profession et l’adaptation progressive des deux métiers. À court terme, le Conseil des Ventes Volontaires de meubles aux enchères publiques (CVV) se positionne une fois de plus sur les nouveaux enjeux auxquels est confrontée la filière, et je tiens à remercier l’ensemble de ses membres pour leur action inlassable de régulation et de prospective. Vous avez ainsi souhaité, cher Henri Paul, vous saisir de la question des ventes volontaires aux enchères publiques d’œuvres d’art numériques, selon le protocole des jetons non fongibles (NFT), qui prennent une ampleur croissante. Cyril Barthalois, membre du Conseil et secrétaire général de l’Académie des Beaux-Arts, vous remettra un rapport sur le sujet. Vous avez par ailleurs engagé une réflexion de fond sur la formation et l’accès à la profession, qui permettra de préparer au mieux l’avenir du secteur. Sylvie Maunand, présidente, et Dominique Soinne, membre du groupe de travail formation, ont eu en charge une mission sur la formation initiale. À la suite de la remise de leur rapport, en mai 2021, vous avez mis en place un Comité scientifique de la formation des commissaires-priseurs, qui s’appuiera sur ses conclusions pour donner des suites concrètes à cette nouvelle réforme. Chers élèves, permettez-moi de vous féliciter encore pour votre réussite, que vient symboliser, comme le veut la tradition, une œuvre d’art, cette année cette toile magnifique d’Eduardo Guelfenbein. La carrière qui s’ouvre désormais à vous sera particulièrement exaltante, dans un contexte de mutations constantes du marché de l’art, et une circulation sans cesse accrue des œuvres et des arts à travers le monde. Votre expertise et votre passion sont plus que jamais les moteurs de l’économie de l’art, et donc de la création artistique. C’est au rythme de votre marteau, et au souffle de vos paroles, que nos artistes acquièrent la reconnaissance et le juste fruit de leur talent et de leur travail. Je vous remercie. »

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