Mézy, deux années d’épanouissement

On 07 June 2018, by Anne Foster
Berthe Morisot loue au printemps 1890 une maison à Mézy- sur-Seine, où elle se fait aménager un atelier dans une grange. Elle multiplie des études pour de grands tableaux comme un saint Jean- Baptiste en pied avec sa croix, œuvre disparue.
Berthe Morisot (1841-1895), Le Petit Saint Jean, 1890, huile sur toile, 55 x 43 cm.
Estimation : 150 000/200 000 €

Berthe Morisot (1841-1895) aime la campagne, sa famille ayant toujours loué des maisons dans les environs de Paris. Elle poursuit en passant au fil des années de longs séjours chez ses sœurs, Yves et Edma. Ces villégiatures lui inspirent nombre de tableaux, parmi les plus réussis : occupations familiales au jardin, dans de grandes pièces lumineuses, en bord de mer… Conseillée par le grand Corot, elle est également soutenue par Édouard Manet, dont elle épouse le frère, Eugène, en 1874. Exposant avec les impressionnistes, elle essuie les mêmes critiques qu’eux, supportant au passage quelques remarques sexistes. Cependant, elle a des admirateurs : non seulement Degas, Manet, Renoir et Whistler, mais aussi Stéphane Mallarmé, qui signe des articles laudatifs. Après avoir passé l’hiver 1888-1889 à la villa Patti, à Cimiez, sur les hauteurs de Nice, l’artiste loue l’année suivante une maison à Mézy, avec un jardin dominant la Seine, et fait aménager un atelier dans une grange. Elle est en quête de nouveaux sujets et se tourne vers de grandes compositions pour lesquelles elle multiplie les œuvres préparatoires, comme Le Cerisier ou un Saint Jean-Baptiste à la croix. De ce dernier ne restent que quelques études, dont un pastel conservé au musée d’Art de Cleveland (Ohio) et cette peinture. On y voit le portrait d’un jeune garçon, blondinet à l’air quelque peu boudeur, comme étonné de se retrouver habillé d’une peau de bête. La carnation nacrée aux ombres portées d’une touche légère, le fond brossé dans un camaïeu de bleu, concentrent le regard sur le visage aux grands yeux bruns. Berthe Morisot faisait poser des enfants du village. Celui-ci se prénommerait Gaston, selon la notice du catalogue raisonné, qui ajoute que «dans un premier temps, l’artiste l’avait représenté au sein d’une composition plus large (en saint Jean-Baptiste en pied avec sa croix).» Délicate et puissante à la fois, cette toile sera gardée par Julie Manet, qui épouse en 1900 Ernest Rouart, fils d’Henri, ami de la famille et soutien des impressionnistes avec lesquels il exposa. Elle passe ensuite dans la collection de Julien Rouart, leur fils. L’œuvre ne fit pas partie des dons successifs des Rouart au musée Marmottan, qui possède ainsi l’une des plus belles collections de peintures de Berthe Morisot. S’étant aperçue que la santé d’Eugène déclinait, elle peignit très peu dans ces années 1890-1892. Selon Stuckey Scott Lindsay, «elle trouvait qu’elle et son mari avaient vieilli prématurément, et elle éprouvait de la nostalgie au spectacle de sa fille et de ses nièces qui apprenaient à dessiner, peindre, jouer de la musique. Berthe sentait venir la fin de sa vie». Eugène Manet décède en 1892, Berthe en 1895.

Wednesday 20 June 2018 - 02:15 - Live
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Beaussant Lefèvre
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