Meissen. Folies de porcelaine à Genève

On 07 July 2020, by Anna Aznaour
Meissen, vers 1735, bol et soucoupe en porcelaine, émaux polychromes et à filet or, collection Hans-Rudolf Christen-Züst, Bâle, Historisches Museum Basel.
© Maurice Aeschimann


«Les Chinois ont réussi à garder le secret de la porcelaine pendant un millénaire. Les Européens, à peine quelques années et dont cette exposition retrace des rebondissements dignes d’un polar», explique Isabelle Payot Wunderli, la commissaire. Les huit collections de précieux objets – disposés par thématique – racontent l’histoire de la découverte, à Meissen, de la recette de fabrication de ce que l’on appelait à l’époque l’«or blanc». Au cœur de cette histoire se trouve un roi, Auguste le Fort (1694-1733), grand collectionneur qui, obsédé par sa beauté, mais aussi par l’idée d’en faire un commerce lucratif, s’entoura de savants susceptibles d’en percer les mystères. Au programme : intrigues diplomatiques, kidnapping, empoisonnement et trahison, que l’on découvre en déambulant dans le palais édifié par Gustave Revilliod (1817-1890) – mécène genevois d’origine savoyarde – et baptisé «Ariana» en l’honneur de sa mère. C’est donc en un véritable fil d’Ariane que le parcours est construit, mettant en scène les personnages clés de ce XVIIIe siècle auxquels l’Europe doit la création puis la renommée de la porcelaine de Meissen. Parmi les trésors exposés se trouvent des extraits du Schulz-Codex, feuillets de dessins de chinoiseries de Johann Gregorius Höroldt (1696-1775) témoignant de la façon dont on imaginait alors l’empire du Milieu, les figures de douze acteurs de la commedia dell’arte, très en vogue au siècle des Lumières et source d’inspiration pour les modeleurs de la manufacture, ou encore les pièces représentant des personnages en compagnie de carlins. Ces petits chiens étaient un clin d’œil à l’ordre des Mopses («carlin» en allemand), inauguré en 1738 en réaction à l’excommunication des francs-maçons par le pape Clément XII. Enfin, le «Service aux cygnes» témoigne de l’injonction de Louis XIV à sa noblesse de remplacer la sienne – en or et en argent – par une nouvelle en porcelaine, au profit des caisses de l’État. Finalement, les pendules de cheminée rappellent au visiteur le temps qu’il n’a pas vu filer, pris à son tour par cette folie de la porcelaine.

Musée Ariana, parc de l’Ariana,
10, avenue de la Paix, Genève, tél. : + 41 22 418 54 50,
Jusqu’au 6 septembre 2020.
www.institutions.ville-geneve.ch/fr/ariana
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